Ami des Parisiennes et des satellites, bonsoir !

Lorsque tu es crevé, as la motivation du rasta à cheveux gras défoncé sur son canapé, es en manque patent de sommeil et pas dans une forme olympique, aller faire l’amour à la nuit et à la nature, à la pâle lueur de la frontale, sur une bosse, est une idée qui te tente à peu près autant qu’une longue séance chez un dentiste sado qui est contre les anesthésiants et se la joue médiévale… Mais les échéances approchant, les courses et autres joies se faisant plus concrètes, Le Père se sort les pouces du derrière et se prépare… Départ pas trop tard vers 21h30 du mat et, par chance, il ne pleut même pas ! La montée et une partie de la descente s’effectuent sans surprise, et Le Père, un brin fatigué, commence à s’imaginer à son véhicule, au chaud, changé et sec…

Vers la fin de cette sortie, son collègue et néanmoins ami lui laisse deviner la direction à prendre… Le Père part à gauche, ce qui est naturellement la mauvaise réponse, et constitue une petite rallongeounette. On se retrouve alors à devoir prendre un raccourci là où la main de l’homme n’a jamais mis les pieds pour finir un peu plus vite, puis du mauvais côté d’une rivière…

A force de la longer dans les taillis (la main de l’homme ainsi que les chemins ou même les sentiers ont disparu depuis moult temps, surtout dans la nuit…), on finit par tenter notre chance en sautant pour traverser l’onde et l’on rejoint le chemin menant à la civilisation, les pieds presque secs… Le Père a survécu, une fois de plus, aux 26km, plus de 1’000m de dénivelé et 3h49 de course de cette sortie…

Oui, ce n’est pas des masses, je sais futur jeune père sportif et en forme, mais quand tu pars à 21h30 et que tu n’as pas trop mangé à midi ou le soir, ça paraît vite longuet sur la fin… Enfin surtout les 19-20 derniers km en fait… Le lever le lendemain est assez pathétique, te rappelant soit ton grand âge, soit que nous ne sommes pas vraiment faits pour courir ou, encore plus insultant, qu’en dépit des heures dépensées dans cet espèce de sport à la c.. tu n’es pas du tout en forme…

Madame a pitié et laisse Le Père dormir le plus longtemps possible le lendemain matin, avant de partir pour aller chez Belle-Maman pour re fêter Pâques ! No 2 et 3 ont été livrés au préalable par les parents du Père (moins cher que la Poste, pas de perte des paquets et quasiment pas abîmés), il les (les parents, donc…) croise donc juste quelques instants, la bonne durée pour que cela se passe à peu près bien, toute la famille est à nouveau au complet.

Le repas passé, les punks et leurs cousins jouent dans le jardin, se courent après, grimpent et se chamaillent… No 5 court après sa sœur et sa cousine qui ne veulent pas qu’il les suive naturellement… Passant un portail en courant, La Princesse claque ce dernier au nez de son petit frère… Sans noter la présence du petit pouce de junior au niveau de la charnière…

Le hurlement puissant (et extrêmement aigu !?) intervient rapidement. Sa sœur revient et rouvre le portail pour libérer le doigt. Ca saigne un peu et gonfle rapidement avec de jolies marbrures violettes au niveau de l’ongle. No 5 est pris sur les genoux maternels et, après une rapide analyse, la blessure est classée comme « sérieuse » dans la mesure où il y a soupçon de fracture et plaie…

Il est donc décidé de lui administrer un dafalgan (pas contre sa douleur, surtout pour nos oreilles ! Cesse de faire de la délicatesse déplacée, lecteur douillet !). Le Père part avec son beau-frère, qui habite près de chez Belle-Maman, pour aller chercher le calmant. A son retour, junior étant toujours en larmes, Le Père essaie de le calmer et de l’allonger. Ca finit par se calmer, il commence à préparer junior à l’idée qu’il va probablement falloir aller montrer son doigt rapidos à un docteur.

Beau-frère conduit Le Père et no 5, qui ne pleure plus depuis que le calmant agit, à l’hôpital local… Urgences locales… lundi de Pâques… quelqu’un ?!

OK, 4h30 plus tard, Junior, Le Père et le Beau-Frère ressortent des urgences… Junior a une attelle pour sa fracture, n’a pas trop bronché pendant l’attente, dormant même un peu sur Le Père, bien supporté la radio (Le Père avait demandé un rab d’Algifor quand il a commencé à se plaindre de douleurs) et est désinfecté. Une clowne (c’est juste pour faire croire à mes nombreuses lectrices féministes que je me mets à l’écriture inclusive ! Tu auras bien compris, lecteur fidèle et résigné qu’il n’en est rien !) lui a donné un ballon bleu qu’elle a transformé en mouton (c’est lui qui a décrété qu’il devait être bleu, le mouton…) il regarde son pouce pété mais ne se plaint pas…

Le Père, après un bref point stratégie avec Madame pour établir s’il y avait lieu qu’elle rentre avec les autres punks et que Le Père poursuive seul et descende plus tard, retrouve avec plaisir les personnes croisées aux urgences à la pharmacie de garde à Avenches où il va chercher la longue ordonnance…

Précisions un peu ce tableau idyllique : junior est sensé rester avec no 4 chez Belle-Maman pour quelques jours pour jouer au train… Nous hésitons à le laisser du fait de sa fracture, mais l’abandonnons finalement quand même à son triste sort, comme tout parent indigne qui se respecte…

Nous sentant d’une indignitude absolue, nous rentrons dans le calme et les remors. Les punks restants sont couchés, Le Père se prépare à retrouver son travail le lendemain dans la joie et la bonne humeur.

Le weekend suivant, Le Père part avec son collègue de course pour les Paccots où se déroule une journée test… Ca ouvre à 9h, mais rien n’est prêt lorsque nous nous garons : ils sont encore en train de se battre contre le vent et la pluie pour monter des tentes d’exposition et commencent à sortir la marchandise…

Après une demi-heure de social et d’aide à se peler les parties roustines, il est temps d’aller réchauffer la montagne de notre présence chaleureuse et joviale… Nous partons pour une petite boucle de 8km… A notre retour, ça commence à bouger un peu : les stands sont montés, il ne pleut pas et souffle un peu moins. On est réchauffé par notre balade, même si nous avons croisé de la neige et une légère pluie.

Une autre boucle est entamée assez vite, cette fois pour une dizaine de kilomètres. Dès que nous sommes un peu au-dessus des Paccots, il y a de la neige. Le ciel joue à cache-cache entre brume, nuages, trouées et tout le reste, on voit parfois loin, parfois pas des masses, mais c’est beau et les seules âmes qui vivent que nous voyons sont suffisamment loin pour qu’on se sente seul. Qui dit neige et précipitations dit bas des chemins tout pourri : nous finissons le dernier kilomètre de descente en alternant la boue, les ruisseaux (qui tiennent lieu de chemin) et les champs détrempés…

A notre retour, le temps commence à se réchauffer. Il y a plus de monde, avec un club de trail dont le coach n’a pas trop l’air de rigoler ! Nous repartons pour notre dernière boucle avec une partie un peu plus free-style : passage avec de la neige un peu plus présente, dont l’épaisseur dépasse les 50 cm sur la route par endroit. Il neigeotte, nous suivons à un moment des traces sans savoir si elles sont humaines ou animales et si nous sommes toujours plus ou moins sur un chemin, mais nous finissons par retrouver la civilisation…

Pour éviter que Madame ne doive être seule trop longtemps avec les punks ou ne sorte le rouleau à pâte pour un blâme dû au retard, nous repartons rapidement après un bol de soupe de chalet et un rivella. La journée se solde par 25km, +1’266m de dénivelé et une météo loin d’être désagréable, contrairement à ce qui était annoncé !

La semaine suivante se passe sans encombre : refaire le pansement de junior et lui remettre son attelle, souvent en la scotchant avec un sparadrap (il est un peu douillet et se fâche lorsque Le Père parle de mettre un clou…), pas trop agressif, pour qu’elle reste en place, occupe une partie de notre temps, mais junior ne semble pas trop avoir mal…

Ce qui nous mène à samedi… Le soir venu, Le Père a chargé (non sans force jurons et avec difficulté, en raison d’une incapacité crasse des programmeurs et autres geeks à faire des softwares faciles à utiliser, tas d’incapable antispécistes réactionnaires !?!) la carte de la dernière longue sortie avec son acolyte et se dit que, l’ayant déjà fait une fois, même sans son guide, ça ne doit pas être si compliqué…

Donc il part de nuit, à la frontale, de Givrins où il laisse son véhicule en direction de Genolier. Pour profiter du paysage, il commence à courir après 22h, il y a un peu de vent mais pas de pluie, le froid est soutenable. Il part, pas trop vite, plein d’espoir et d’attente pour une belle sortie !

Le Père, il est trop tard pour se mentir, depuis le temps, lecteur fidèle et néanmoins amical, ne fait pas partie de l’élite du trail ou même de l’avant des pelotons… La réalité fait mal, mais c’est la réalité tout de même et Le Père l’affronte de face, sans peur… Le début se passe bien, mais rapidement il arrive à un premier endroit où il doute… Pour simplifier les choses, son téléphone indique une direction et sa montre l’opposé ! C’est pourquoi, après 2-3 errances et égarements dans la pampa, fautes de navigation dues à la taille de cette saleté de flèche qui indique la position sur les montres Garmin Fenix 3, il atteint tout de même le sommet de son parcours.

Je tiens à faire remarquer à Hans-Ludwig Garmin, créateur de la marque, que l’intérêt d’un curseur ou d’une flèche (ou de toute autre pointeur d’ailleurs), c’est de se repérer par rapport à quelque chose, habituellement sur une carte… Or, si la flèche occupe ¼ du cadran de la montre, on voit bien le curseur, mais l’effet repérage, localisation, n’en ressort pas gagnant ! De là à dire que le but de ce mode est de se repérer et non d’admirer une flèche qui bouge sur un mince chemin, il n’y a qu’un pas que je franchis d’autant plus aisément que cette saleté n’indique pas tout de suite que l’on s’éloigne du « bon » chemin, et indique souvent une direction avant d’en changer après quelques dizaines de mètres… J’espère pour ce bon vieux Hans-Ludwig que la prochaine mouture de cette montre corrigera ce défaut, sans présenter une surface de la taille d’un terrain de basket, sinon il pourrait bien recevoir une visite amicale du Père avec ses bâtons carbones…

Au moment où il s’apprête à descendre, regardant sa montre pour estimer le temps qu’il lui reste, il se trouve assez en avance. C’est cette brève observation de sa montre qui a failli coûter sa vie au Père : un campeur a omis d’attacher son chien qui arrive vers Le Père vivement et avec un air peu engageant. Au moment où Le Père se dit qu’il va peut-être devoir se résoudre à vendre chèrement sa peau, ou à défaut celle de son moule paquet troué à manche longue, et se dégager à coup de bâton, il aperçoit la tente. Le maître du molosse, réveillé par ses aboiements intempestifs, le rappelle et finit par parvenir à le faire revenir vers sa tente sans qu’il y ait eu ablation d’un mollet ou autre partie à laquelle Le Père a fini par s’attacher bêtement… Le Père ne perd pas de temps à lui faire remarquer qu’il serait opportun de l’attacher pour éviter ce genre de désagrément, merde à la fin…

La descente se passe assez bien au début. Le Père s’égare, traverse la route et s’apprête à poursuivre sa descente… lorsqu’un bus lui fait des appels de phares… Il s’arrête et la conductrice, avec des plaques françaises, lui demande si elle est sur la route de Paris…

« Euh…, oui, le GPS vous fait passer par là si vous lui demandez le parcours le plus rapide ou le plus court… »

« Ah, ok… Vous êtes sûr ?! »

« Oui, vous allez rejoindre l’autoroute, n’ayez crainte !

« Mais… c’est sûr ? »

«  … ?! »

« Ben j’ai vu passer une gazelle, je ne risque rien ?! »

Réprimant un fou-rire : « Une biche ou un chamois ? Oui, vous pouvez en voir, mais vous ne risquez rien : ils ont peur de vous ! Bonne soirée et bonne route ! »

Le Père repart en gloussant, réalisant que personne ne pourra croire que, sur la seule partie du parcours sur laquelle il traverse une route, ce qui ne prend pas 2 minutes, à 1h30 du matin, il croise une Parisienne caricaturale spécialiste de la faune, égarée à mille lieux de toute civilisation.

Arrivé sur le bas du parcours, il suit la parole du vieux sage : « gauche – droite – gauche » et retrouve le chemin de la dernière fois. Par défi, il décide de reprendre le même trajet, le long de l’eau, et de trouver le bon passage… Il rigole et hésite à pousser un hurlement de victoire lorsqu’il découvre un sentier qui est à droite du ruisseau !!! Le Père est un Dieu de la navigation : il est du bon côté !!! Directement !!! Du premier coup !!!

Ok, 200m plus loin ses derniers espoirs disparaissent, s’évaporent, telle la plaque de chocolat dans un goûter des punks : il est du mauvais côté de la rivière et le chemin sur lequel il court s’en éloigne même… En jurant une nouvelle fois, il prend un minuscule sentier sur sa droite et rejoint le bord du cours d’eau… Là plus de chemin, il est le long du cours d’eau et cherche une manière de rejoindre l’autre rive, sur laquelle il distingue très nettement le chemin…

« Bon ras le bol, je traverse cette saloperie de rivière ! Je remonte là où j’ai vu la pierre sur le côté et je saute ! »

En remontant pour trouver sa pierre et tenter un improbable saut, qu’il sait extrêmement audacieux (probablement plus de 3m séparent les 2 rives et vu le relief il n’est pas possible de prendre de l’élan…) une sorte de pont attire son regard… Il s’approche.

Le Père a pas mal perdu du poids, depuis une année, bien qu’il ait repris une bonne partie de ce qu’il avait perdu durant sa maladie, merci de le souligner, lecteur indélicat et observateur. En s’approchant de ce qui n’est qu’un léger tas de frêles branches passablement vermoulues et peu avenantes et est fort loin de l’idée que cela forme, pour qui que ce soit, un pont, Le Père regagne confiance…

Là, cher lecteur fidèle, je ne peux te dire si c’est la fatigue de la course, le manque de sommeil, le désespoir ou l’envie de rentrer rapidement… Mais il y a cette voix, dans ta tête, qui dit :

« Vas-y ! Ca tient à l’aise ! Tu pourrais même passer avec ton Bus dessus ! »

« T’es bourré, ça va lâcher au premier pas ! Réveille-toi charogne polyglotte nyctalope ! »

« Finger in ze noze, je te dis ! Un mammouth laineux passerait dessus sans que les branches ne grincent ! »

Tu sais que les lois de la physique, en tous cas dans ce monde-ci, ne vont jamais laisser passer une telle tentative en toute impunité. Tu es abonné à Science et Vie depuis 20 ans, tu sais quand même évaluer une résistance et jauger des probabilités, depuis le temps !?

Mais tu y vas quand-même !

Il faut reconnaître que cela résiste au premier pas… Au second ça plie, mais tu essaies d’y croire encore… C’est au troisième pas qu’un crac net et rapide te ramène à la dure réalité… Pour être exact, c’est la température de l’eau qui arrive jusqu’à ton genou qui te ramène assez vite à la réalité en te réveillant totalement…

Aware en un instant, tu réalises qu’à ce stade, traverser le reste de la rivière ne va pas te mouiller beaucoup plus, et c’est du trail, merde à la fin, c’est pas fait pour être sec, propre, sur des chemins tracés et bien balisés sinon ce serait du jogging !

La sortie de la forêt intervient non loin… Tu es sur une route déserte… Forcément, à 2h10 du matin, force est de reconnaître que la majeure partie des gens dort (et elle a raison) ! Tu cours accompagné d’un chuintement couinant de tes chaussures ou de tes chaussettes, à cette heure-là ta curiosité scientifique et ton besoin jusqu’au-boutiste de tout comprendre t’ont lâchement déserté. Tu glousses bêtement tout seul en regagnant ton véhicule et apprécie d’autant plus d’avoir prévu de conduire pieds nus et d’avoir des habits de rechange secs… pour le haut du corps !

Repose-toi, lecteur attentif, la semaine est encore longue, avant le weekend et son cortège d’activité punkesques et d’invitations diverses !