Ami des cloques et des douleurs aiguës, bonsoir !

Le monde du Trail se divise en 2 catégories : ceux qui ont du talent et ceux qui doivent trimer, s’entraîner, bosser, ramer comme des gitans sans caravane, bouffer du D+ (c’est du dénivelé), courir, faire du fractionné, du gainage, du renforcement musculaire, perdre du poids, … et n’y parviendront jamais vraiment malgré tous ces efforts !

Le Père appartient à la 3ème catégorie…

Ceux qui s’entêtent et font tout à l’arrache, au mental. Ils ne devraient pas faire ce sport, pas courir, pas sur ces distances, mais ils y vont quand-même, par entêtement, ou par refus de se plier à l’évidence que mère nature se charge de leur rappeler constamment, ultime manière de pointer un majeur rageur vers le ciel en disant : « Si, je peux le faire quand-même !!!! » … Bien que tout leur hurle le contraire ! Ce qui est à l’origine de maintes douleurs et déconvenues, de souffrances infâmes et de genoux qui piquent…

La saison traillesque du Père a été folle : pas toujours 2 entraînements par semaine… Si on peut parler d’entraînement : la plupart du temps, il sort le soir après le coucher punkesque et est trop crevé pour prétendre faire du fractionné, accélérer, s’entraîner, simplement avoir une vitesse décente ou une vitesse, tout court…

Ses sorties avec son binôme sont nettement plus productives : le binôme est largement plus rapide, obligeant Le Père à accélérer, simplement pour ne pas se perdre ou le rejoindre de loin en loin lorsqu’il fait une pause… C’est grâce à lui que Le Père trouve régulièrement la motivation pour aller aérer sa couenne sur du dénivelé, dans de sublimes endroits, trop souvent fréquentés de nuit ou trop tôt le matin pour réellement apprécier !

La partie course ne fut pas en reste non plus :

  1. Samoens : malgré une entorse solide de la cheville droite 2 semaines avant, et bien que la météo annoncée soit entre pourrie et cataclysmique, Le Père décide naturellement d’y aller quand même, pour voir s’il n’y a pas moyen de se péter la tronche encore ou simplement de se reblesser ! Cela donna lieu à une chroniquounette joviale et estivale que tu peux retrouver, lecteur distrait, ci-après, mais en résumé la course fut interrompue (pas par Le Père, il n’a pas cette intelligence !) par un orage musclé : https://lepereindigne.blogspot.com/2019/06/110-ultra-tour-du-haut-giffre-course.html

 

  1. X Alpine : Le Père était chaud patate, mais une gestion calamiteuse de la préparation, la chaleur plus importante que prévu, des problèmes de bide et… ben à un moment il n’y avait plus de jus ou de volonté… Donc, arrêt à Bourg St-Pierre, avec les regrets et l’irritation qui vont avec… Là aussi, brillamment conté dans une autre phénoménale chronique : https://lepereindigne.blogspot.com/2019/07/111-x-alpine-dnf.html#more

Donc pour sa 3ème course (dernière de la saison !?) Le Père est chaud comme une baraque à Churros située à EL Azizia (c’est en Libye, pour les moins géographistes de mes millions de fans…) mais quelque peu dubitatif : il n’a pas fini Samoens (l’UTHG pour être plus précis), ne faisant que 65km, n’a pas fini l’X Alpine non plus, abandonnant, lâchement, au 78ème km… Là on ne parle pas de coursinette ou d’échauffement pour boiteux en mal de motivation, c’est vraiment du long, un vrai trail, un Ultra !

Les forces en présence sont en effet incroyables : à droite, une bosse, une colline, ok, une montagne (en même temps, on ne va même pas jusqu’au sommet, ça ne peut pas faire mal, si ?!), il paraît que les gens connaissent mais c’est à se demander : au lieu de lui filer un vrai nom, style UE Peak ou Bosse à Dédé, il l’appelle juste le Montblanc, sous prétexte qu’elle est blanche ! Bravo pour la créativité, on sent que ça a bossé sévère dans les agences de comm ! Après on s’étonne que l’on se moque des montagnards…

De l’autre, la légende du trail, le beau gosse qui fait péter les chronos… Enfin le sien, surtout… Et ses genoux, chevilles, dos… Le combat est inégal, tant la réputation du Père le précède… Mais il doit y avoir confrontation, c’était inévitable… Comment en sommes-nous arrivés là ?!

Comme pour toute confrontation mythique, celle-ci vient de loin… Elle repose sur une légende, une histoire, un vécu…

Après un trail dans la région, il y a quelques années de cela, Le Père voit une publicité pour l’UTMB, l’Ultra Trail du MontBlanc… Il se dit, avec la justesse d’analyse qui le caractérise : tu peux crever, je ne m’y inscrirai jamais, saleté d’autonomiste bigame polymorphe non latéralisé !!!! De toute façon, il n’a pas les points…

Oui, en trail, pour avoir l’autorisation (que dis-je, l’honneur !) de t’inscrire à certaines courses et de payer cher pour courir, tu dois pouvoir prouver que tu as couru un peu dans ta life et dois accumuler des points en courant d’autres courses… Le pire c’est que tu ne dois pas que avoir un certain nombre de points, tu dois les avoir en 3 courses !

Autant te dire, lecteur adoré mais réaliste, que la probabilité que Le Père puisse avoir assez de points lui semblait aussi éloignée, à l’époque, que la probabilité de trouver un acteur de téléréalité au rayon 19ème siècle d’une bibliothèque… et il se sentait à l’abri d’être autorisé, un jour, de s’y inscrire…

Le Père avait enterré l’idée, à côté du projet de construction d’un gite pour Orignal en voyage d’étude dans les forêts de Romandie ou l’idée de tenter les chutes Victoria en canoé kayak…

Lors d’une course, Le Père côtoie un coureur qui l’a faite et en parle avec enthousiasme… Le coureur semble avoir un niveau inférieur au Père (est-ce possible ?! Oui, lecteur acerbe, je fais les blagues de goût douteux avant que tu ne me les serves !) Le Père se souvient alors que, parmi les courses de l’UTMB, la TDS passe par son village natal et qu’au moins une tante y travaille chaque année comme bénévole depuis l’antiquité (ou la création de la course, ce n’est pas très clair…). Le Père poursuit sa course, en bave, finit en rampant et dans l’état de l’intérieur d’une couche de no 6 quand il est malade du bide et qu’il n’aurait vraiment pas dû manger ça ! Il oublie l’UTMB…

C’est un peu plus tard, quand son binôme le convainc de changer l’une de ses courses pour le Montreux Trail Festival, et que l’inscription ne se fait pas, qu’il commence à songer à des alternatives… Samoens est choisie, l’X Alpine avec le binôme, et pour changer de l’Ultraks (déjà fait 5 fois tout de même !), il louche sur l’UTMB quand un pote s’inscrit pour le tirage au sort.

Comme il n’a pas les points et veut passer par son village natal, avant que ses tantes ne soient toutes à la retraite du bénévolat ou plus aptes à le reconnaître, il s’inscrit pour la TDS, pensant que, comme beaucoup, il ne serait pas pris et pourrait retenter sa chance l’année suivante ou en 2021, avec plus de probabilités de son côté (plus tu participes au tirage au sort, plus ta cote augmente dans la loterie, et donc ta probabilité d’être sélectionné). Il remplit le formulaire et l’oublie prestement…

Plusieurs semaines après, il somnole dans un meeting lorsqu’un email d’un pote attire son attention :

  • Alors ?
  • ????
  • T’es pris ?
  • Tu parles de quoi ?!
  • C’était ce matin, le tirage au sort… pour la TDS !!!!
  • Euh… Comment je sais ?
  • T’as reçu un email de confirmation ?

Le Père est soudain beaucoup plus réveillé… Son rythme cardiaque est maintenant au niveau « éveillé et stressé »… Il parcourt ses emails… Rien !

  • Non, rien, je t’avais dit que je ne serais pas pris cette année…
  • T’es vraiment une quiche aux oignons frais ?! Personne ne veut la faire cette course avec le nouveau format, tu es pris presque à tous les coups, va voir dans ton profil de coureur sur le site !!!
  • Suis en meeting, je regarde après…

Le Père revérifie ses emails, rien, il respire plus librement et sa tension redescend dans le orange avant de se normaliser… 2020 peut-être ! Il est vrai que la course a, cette année pour la première fois depuis longtemps, changé de format : de 121km, elle passe à 145km et les 7’000m de dénivelé deviennent… 9’100m !!!

Bon, une fois lancé, on n’est plus à ça prêt, je suppose… Et ce ne sont que des chiffres… Et les maths moi… Enfin bref !

145km… c’est presque 3x l’Ultraks… y compris le dénivelé… en une seule fois… à finir en moins de 42 heures… Dit comme ça, c’est vrai que ça peut paraître un peu débile, non !? Mais non !!!

Le Père finit son meeting, oublie de vérifier son profil et part manger. En milieu d’après-midi, à demi assommé par un repas aussi proche du diététique qu’un Hummer H2 est proche du véhicule écologique, il y repense et se connecte à son profil.

Rien de spécial.

Il parcourt son profil de long en large…

Alors qu’il s’apprête à quitter la page et refermer internet pour se rendormir, il remarque un bouton, au milieu d’un questionnaire, vers le bas, sur lequel figure : « terminer l’inscription »…

Il réalise instantanément que ledit bouton était encore absent la dernière fois qu’il s’était connecté à son compte !?!?

Et là c’est le drame ! Le Père se sent bêtement content, avant de réaliser qu’il va mourir en courant (il y a pire, si on y pense à tête reposée…) et qu’il sait même à quelle date ! Puis il réalise qu’il ne sera jamais prêt, qu’il doit aller courir, faire du dénivelé et vite, très vite, maintenant !

Quelques mois plus tard, donc, fin août… ne se sentant toujours pas prêt, il débarque à Chamonix pour s’installer à l’hôtel… La ville entière est métamorphosée en capitale mondiale du Trail le temps d’une semaine ! Il va chercher son dossard et montrer son sac à dos pour prouver qu’il a le matériel obligatoire…

Malgré qu’il faille prendre rendez-vous, l’absence de contrôle fait que l’on attend beaucoup ! Tout se passe bien et il repart pour son hôtel, après avoir acheté de quoi manger pour le soir et petit-déjeuner pour le lendemain matin… enfin pour pendant la nuit : la navette quitte Chamonix à 2h15, Le Père met ses 2 réveils (on n’est jamais trop prudent !) à 1h30.

Photo prise sur utmbmontblanc.com

Bien qu’ayant essayé de décaler son sommeil, Le Père n’a pas trop envie de dormir. Il prépare 3x tout son matériel : le sac qui l’accompagne jusqu’au départ, le sac qui l’attendra au ravito de Beaufort et son sac à dos de course. Il a 10’000 choses, pour le sac de Beaufort. Nous disposons de 2 sacs poubelle : un bleu pour l’arrivée et un violet pour Beaufort. Ce sont des sacs 30 litres, qui ferment avec une corde… Le Père parvient à tout faire entrer dans son sac, il est déjà plus de 22h, il tire sur les cordes pour le fermer…

Et le sac se déchire le long du pointillé situé juste sous la corde ?!?! Après une série de jurons fort colorés, Le Père passe au plan B : il n’a besoin de rien pour aller au départ et son hôtel est proche de l’arrivée, il vide son sac bleu et met le sac violet dans le bleu qu’il ferme le plus délicatement possible pour qu’il ne se déchire pas à son tour… Note pour la prochaine course, penser à prendre des sacs poubelles, marqueurs indélébiles et un gros rouleau de scotch brun !

Le Père constatera avec soulagement, quelques heures plus tard, qu’il est loin d’être le seul… Nombre de sac sont scotchés, emballés avec des cordes, de la mauvaise couleur…

Après 6 vérifications de plus, il se couche et peine à dormir un peu moins de 2h avant de se réveiller…

Au réveil, il est quand même pris d’un affreux doute… Renonce-t-il pour autant, comme la raison le voudrait ?

JAMAIIIIIIIIIIISSSSSSSSSSS !

Après son petit déjeuner, petit dîner, enfin petit repas en pleine nuit, il s’équipe, prends ses tapes de cheville, car il ne lui reste plus assez de temps pour les faire maintenant et quitte l’hôtel…

La tête au fin fond du leggings, il part dans la direction où il pense trouver la navette… En même temps, lorsque tu croises, à 2h du mat, des zouaves sapés en Trail avec une frontale éteinte (faut économiser l’énergie, c’est de l’écologie !) qui vont tous dans le même sens, ce n’est pas très compliqué de se repérer.

Dans le bus, Le Père est à côté d’un coureur… Pas par choix, mais le bus est blindé de monde ! Le gars lui parle mais il est pris d’un affreux doute quant à la langue de son interlocuteur… Ce n’est pas du français, pas de l’allemand, ça doit être du Belge avec un gigantesque accent de je ne sais quoi, ou une déformation de la cavité buccale…

Ok, il s’avère que c’est un chti… Le Père peine à comprendre la moitié de ce qu’il lui dit !? Ça tue le temps de causer de course et de se dire qu’on n’est pas prêt, mais il ne peut pas dormir pendant les 45 minutes que dure le trajet… Vu l’exiguïté du bus, blindé de coureurs et de sacs, et le format respectif du père, songer à dormir était illusoire de toute manière !

On passe par le tunnel du Montblanc… C’est long ! Et dire qu’il va falloir revenir… Non, en fait, on ne passe pas tout droit, on fait le tour de la montagne pour rentrer, c’est beaucoup plus long !!!!!!

On arrive à Courmayeur. Passage sur la place sur laquelle on doit laisser les sacs… et on repart dans l’autre sens pour se garer à plus d’un kilomètre de là !? J’espère que ça compte dans la distance totale, ce km de plus !? En même temps, à 3h00 du matin… t’as rien de mieux à faire que de marcher dans la nuit froide en direction du départ…

Le Père fait la queue, va au toilette, ressort et trouve un endroit pour s’assoir pour faire ses 2 tapes aux chevilles… Et s’aperçoit à ce moment-là qu’il n’a pris du scotch (tape) que pour une cheville !!! Il réalise que, dans son sac laissé un peu plus tôt à destination de la base de vie, il y a encore tout ce qu’il faut pour son autre membre…

Trop tard, il fait la cheville gauche, celle qui a été blessée le plus récemment, et va prendre place dans le sas de départ… Tout à l’arrière ! Il y a un monde dingue, il a l’impression d’être à nouveau à 1 kilomètre de la ligne de départ…

Oui parce que, Le Père ne l’a pas précisé, lecteur avide et sympathique, mais il ne pense pas finir premier, aussi surprenant que cela puisse paraître… Ni dans la première moitié, d’ailleurs… Non, ce n’est pas vraiment de la fausse modestie ou une humilité soudaine, fruit de sa longue expérience, juste une fugace lueur de réalisme…

Repose-toi bien, lecteur avide et motivé, les nouvelles résolutions commencent maintenant et la suite arrive bientôt !