Ami des chevilles et de la grêle, bonsoir !

Le Père descend, par un dimanche radieux et ensoleillé, du Grammont, sautillant primesautier, tel le chamois jovial épris de liberté avant de prendre un coup de fusil en période de chasse… Son fidèle collègue vient de le dépasser, ils courent en redescendant de cette seconde bosse de la journée… Ok, ça ressemble plus au galop gracile du tricératops fâché en surcharge pondérale, du genre: tu sens le sol vibrer et vois les cercles à la surface de ta gourde, avant de le voir ou de l’entendre…

Malgré sa légèreté – légendaire !? Merci de te moquer, lecteur fidèle mais critique, ça fait toujours plaisir ces sarcasmes ! – Le Père avance en faisant un peu gaffe… Il faut dire que son collègue l’a rejoint à 2h du matin, oui, lecteur affectueux et sympathique, tu as bien lu. Donc quand il redescend du Grammont, il a déjà près de 20km dans les petites pattes arrières et 2’000m de dénivelé… Que le temps passe vite lorsqu’on s’amuse en souffrant !

A 3h15, Le Père et son binôme partent donc de leur voiture à la frontale, accompagnés par un jeune collègue recruté sur le groupe Leman Trail sur Facebook… La montée, avec un jeune qui s’entraîne beaucoup plus que lui, fatigue Le Père qui reste un peu en arrière (jamais plus de 900m, il a un petit rab de fierté tout de même) pour ne pas se cramer tout de suite… Le passage à Taney permet de reremplir les gourdes, réapprendre à respirer et faire baisser le rythme cardiaque dans la zone rouge (et non plus la zone mortelle dans laquelle il est depuis un moment !), et on continue en direction de la première bosse alors que le jour commence à poindre…

Un ou 2 passages un peu raides, on cherche à deviner où est le chemin – la sente ils appellent ça – et à passer par des endroits pas trop dangereux. Bref passage où il faut embrasser la roche et mettre un pied sur un bout de terre, qui a l’air beaucoup trop petit et pas très solide sur le moment, avec beaucoup de vide autour et nous sommes au sommet de la Grande Jumelle… Paysage fantastique et vue grandiose, ça valait presque la peine de souffrir à ce point pour y parvenir ! On voit jusqu’à l’Eiger, le Cervin et tant d’autres que je ne reconnais pas forcément !

On redescend par le même chemin, sur l’autre versant de la montagne. A Taney notre jeune collègue nous quitte : il a rendez-vous à Sierre pour grimper une autre montagne ! Increvable et toujours souriant, le trailer type, si je le rattrape un jour, je lui dirai que je le déteste !

Nous poursuivons à 2 notre programme de la journée avec la montée du Grammont. Nous prenons à gauche pour aller voir la combe et avons une vue sur la bosse dont nous venons juste de redescendre. Petite causerie avec des campeurs (probablement sur un docte sujet palpitant et d’actualité genre l’évolution du contrepet dans la littérature moyenâgeuse… à moins que l’on ne parle de bosses et de bestioles, je ne saurais dire…) qui sont en train d’émerger, sous le regard vide de quelques bouquetins qui paissent non loin. Nous atteignons le sommet et explorons un peu l’arrête. Petite pause et Le Père repart un peu avant son ami et néanmoins coureur qui s’entretient avec une touriste…

Je ne sais pas si c’est la beauté du lieu, la fatigue, une tentative naïve d’accélération, toujours est-il qu’il pose le pied gauche un tantinet trop à gauche et que la motte sur laquelle il prend appui cède lâchement… Il faut dire que le chemin est défoncé et ne se prête pas particulièrement à la course pour toute personne sensée…

Arrêt, jurons divers et variés (dont je te fais grâce, fidèle lecteur épris de culture et de raffinement, afin de ménager tes chastes oreilles), le binôme s’arrête aussi et prend des nouvelles du Père qui essaie de se remettre debout, mais comprend tout de suite qu’il y a quelque chose de pourri au royaume du Valais !

Nous n’allons pas nous voiler la face, Le Père n’est plus certain du décompte exact mais il s’agit de l’entorse no 18 ou 19. La descente se fait plus lentement. De retour à Taney, Le Père décide de terminer le parcours prévu et une nouvelle bosse est rattaquée de plus belle… mais plus lentement : entre la cheville et la chaleur, ça commence à être plus dur et Le Pater déguste…

La Croix de Lé est atteinte, avec une nouvelle vue phénoménale sur le Léman et la région alentour. Tellement beau que Le Père en oublierait presque son entorse… Presque !

La descente est entamée par Le Père pendant que son binôme prend quelques photos. Ca ne va pas vite dans la caillasse et pique dès que le sol est en dévers ou pas plat, ce qui est tout le temps le cas…

Lorsqu’on rejoint la route, mon binôme propose de descendre plus vite et de monter à la rencontre du Père avec la voiture pour lui faire économiser sa cheville sur quelques kilomètres. Le Père descend comme il peut, tantôt courant, tantôt boitillant.

Un pré traversé à la montée est maintenant occupé par des vaches avec leurs veaux… Le Père choisi de ne pas tenter le passage au milieu du troupeau et coupe le pré par la gauche. Sol irrégulier, ça pique à la cheville et franchir le fil électrique présente un risque certain d’incendie ou de mutation instantanée en popcorn pour les noisettes paternelles… Ok, avec déjà 6 punks au compteur, Le Père n’est pas totalement inquiet pour ses cacahuètes, mais la perspective de se faire électrocuter ne fait pas partie de sa conception d’une journée fun avec entorse…

Au lieu convenu du rendez-vous, Le Père enlève déjà sa chaussure et sa chaussette… et ne peut que constater l’ampleur du désastre… Il a une course dans 2 semaines et vu la tronche de sa cheville, et sans vouloir être pessimiste futur jeune père, on n’est pas dans la merde !!!

En rentrant, pause sur une aire d’autoroute pour récupérer no 1 et 3 qui sont rapportés, avec les lunettes de no 4 (trop compliqué, je te raconterai probablement une autre fois !), par le Père²… On ne s’attarde pas, pour éviter plus de reproches : avec le manque de sommeil et la douleur, Le Père pourrait être rapidement grossier envers son paternel… et trop de critiques tue la critique !

La cheville commence à enfler sérieusement dans l’après-midi… Le Père essaie de trouver un peu de temps pour y mettre de la glace et la mettre en hauteur… Pas assez. Sur les conseils de son magicien préféré, il se rend dans un centre médical pour une radio le mardi.

La doctoresse semble scandalisée qu’il ne soit pas déjà immobilisé… La radio n’annonce pas de fracture, mais la doctoresse insiste pour qu’il porte une atèle jour et nuit pendant 3 semaines avant d’aller montrer son organe à un médecin… Il n’est pas censé faire du sport dans l’intervalle, mais elle ne pense pas à le mentionner…

Ne pouvant se rendre chez son magicien (l’hôpital de la Tour a comme défaut d’être à l’autre bout de Genève, et donc du monde, peu pratique lorsqu’on travaille à Morges !?), Le Père essaie de contacter 2-3 spécialistes du sport, mais en vain : l’un propose une consultation en juillet, l’autre n’est simplement pas là cette semaine…

Nous sommes la semaine de son trail et la cheville vient à peine de retrouver une taille normale… Le Père est pris de doute, surtout que, plus la date approche, plus la météo s’annonce pourrie pour le jour de son trail ! Consultation des divers oracles et conseillers qu’il écoute.

Semaine d’avant trail : il commence à préparer ses affaires et se réveille tous les matins un peu plus tôt. Mardi il est le premier au bureau, mercredi aussi, jeudi il se lève à 4h15, ayant prévu un grand tour en vélo… Mais en sortant de la chambre, fatigue ou excitation, il laisse tomber, une fois de plus, son téléphone portable… Dont le dos explose sur le sol du dressing…

Passé les quelques jurons (mal articulés en cette heure trop matinale/nocturne), il allume la lumière, ramasse les morceaux et se prépare. Avant de partir rouler, il prend le temps de finir de détacher tous les morceaux de sa vitre arrière et d’en coller une nouvelle… Il part donc beaucoup trop tard pour pédaler… Le point positif est qu’il fait jour du coup ! Splendide vue le long du lac, il va jusque vers founex et rentre en passant par Trelex et Vich. Les sensations sont bonnes, pas de douleur à la cheville.

Il a congé le vendredi, mais doit attendre la poste et ses atèles qu’il a prévu d’utiliser pour la course pour partir pour Samoëns : il n’est pas sûr de tenir les 91km sans, avec une cheville pas encore totalement remise et en terrain pas plat !

Lorsque la poste finit par passer, il charge la voiture et part en posant no 3 et 4 à l’école. Arrivé à son hôtel, il vérifie qu’il est bien à 5 minutes du départ, s’installe et pose ses bagages avant d’aller chercher son dossard… A plus d’1 kilomètre de là !?!?

Oui, cette course ne part pas là où elle arrive ! Loin s’en faut. Il fait l’aller-retour 2 fois, une pour le dossard et une pour le briefing. La situation n’est pas brillante : il est annoncé de la pluie dès 4h du matin (heure du départ), pluie qui se calme parfois et qui finit en orage à 15h. Le tracé est modifié sur la fin mais on part pour 94 km et 6450m de dénivelé tout de même, donc modifié mais pas raccourci ! Le responsable des soignants de la course prend le micro : « Je vous rappelle qu’il est trop tard pour vous entraîner, mais qu’il est encore temps de renoncer et de faire une bonne grasse matinée au chaud demain matin ! ». Le ton est donné !

Nouveaux doutes du Père : on repart pour une course sous la pluie avec des conditions de merde, de la neige (pas bon pour la cheville !), de la boue (ça non plus !), des cailloux qui glissent (toujours pas bon !) et Le Père garde un cuisant souvenir de 11h de course sous une pluie battante en 2017 sur la Swisspeaks et de son abandon au ravitaillement de Morgins, quasiment en hypothermie, proche du schtroumpf par la couleur et non par la taille…

Long moment de doute, et Le Père décide finalement d’y aller : il est venu jusque-là, il ne va pas craquer à 2m du bol de sangria !? Préparation du matos, des sandwiches, du sac qui l’attendra au ravitaillement de Salvagny (km 51 selon le nouveau tracé), tourne et retourne ses scénarios et finit par se coucher à 1h25 pour se réveiller à 3h15.

Petit déjeuner habituel, remplissage des bidons et il s’équipe avec son pantalon étanche par-dessus et part, à la bourre, pour la ligne de départ, avec sa veste encore à la main… Dehors il fait plutôt bon et il ne pleut pas encore… Il dépose son sac qui va l’attendre à Salvagny et se met dans le sas de départ, quasiment tout à l’arrière vu que les autres coureurs sont déjà en place, eux. Il a les 2 chevilles maintenues par des atèles, pensé à prendre ses « chaînes » dans son sac (des fois qu’il y aurait vraiment de la neige…) et prévu différentes conditions météo, ainsi même qu’un sac poubelle pour les parties sur la neige !

Le départ est donné et l’on entame une petite boucle dans Samoëns, histoire de s’échauffer un peu… Quelques bouchons sur les premiers mètres, puis on court un peu. La plupart des coureurs va assez lentement : on part pour plus de 91km, il ne sert à rien de se cramer dès le début…

Nous entamons la première montée. Le chemin est étroit (ce que l’on appelle du Single, dans le monde du trail) et ça rebouchonne. Nous progressons lentement, il fait frais mais pas froid, les gens causent, bon passage.

Mon binôme étant un champion du roadbook, de la préparation de course et de l’estimation des temps de passage… Il m’a fait tout pour cette course avec estimation des barrières horaires et ravitos… Mon plan de combat est résumé dans la poche de mon sac : j’ai imprimé le profil de la course avec les points importants ainsi que les heures auxquelles je suis sensé passer ou repartir d’un ravito…

Avec les intempéries, le parcours conserve son dénivelé, mais la distance passe à 94km… Les 2 premiers ravitos sont un peu avant ce que prévoit le plan, mais Le Père n’en prend pas ombrage. Ca monte, puis redescend, Le Père quitte le ravitaillement de Golèse en avance, toujours en avance au niveau de Le Crêt, ça se gâte dans la partie neige… Entre les toboggans (glisser sur le derrière en essayant de se freiner comme on peut avant un choc ou une morte certaine) et marcher/courir dans la neige avec une cheville en moins, il perd un peu de temps !

Arrivant en bas d’un toboggan, il trouve un coureur plus âgé qui saigne un peu à la main et peine à se lever… Il l’aide et propose de cyanoliter la blessure… Etonnamment ce dernier refuse et regarde Le Père bizarrement… Le Père repart, il n’a pas trop le temps de discuter littérature ou médecine à ce stade…

Il arrive au refuge de Vogealle, mange un peu, boit, regarde l’oie locale qui essaie de taquiner/bouffer un coureur, et repart rapidement après avoir donné un sachet anti-crampe à un coureur…

La descente jusqu’à Le Pelly est longue, mais passe par un cirque magnifique : le fer à cheval est tapissé de vert et découpé à intervalle régulier de cascades plus belles les unes que les autres… Il fait chaud, le ciel est dégagé, Le Père avance.

Passé le Pelly, des bénévoles contrôlent le sac du Père lorsqu’il repart… Ils doivent vérifier qu’il a tout le matériel demandé sur lui, vu que du très mauvais est encore annoncé… Il se plie à cette contrainte et repart en mangeant son sandwich. Ca monte, mais ce n’est pas grave, une bonne partie de la montée se fait à l’ombre d’une forêt.

Le Père croise un coureur en Fivefingers (les mêmes gants pour pied qu’il emploie parfois !) et il parle un moment avec lui et son père qui l’accompagne… Parler avec les gens t’aide à passer le temps et oublier où tu as mal… Oui, lecteur perspicace, où… De toute façon, après plus de 6h de course tu as mal !

Ravito de Salvagny, ce qu’on appelle normalement une base de vie… Enfin plutôt un camp de vie, vue que c’est sous tente. Le Père mange tel le gorane et va s’assoir dans la zone réservée aux coureurs pour se changer. Il change / rerempli son sac (les « chaînes » sont abandonnées dans le sac et le plein de bouffe est refait), resserre ses atèles et hésite à se changer. Il y renonce, mouillé ou pas la suite sera compliquée et il doit repartir pas trop tard s’il ne veut pas risquer se faire disqualifier en raison d’une barrière horaire !

Il pose la question à un bénévole quant à la météo et l’orage annoncé à 15h (il est 15h10…) et ce dernier lui dit que l’orage est annoncé plus tard et qu’il ne viendrait peut-être pas du tout ! Le Père repart à 15h20, en plein soleil, pour la montée suivante : 1’200m de dénivelé quasiment et de l’autre côté de la montagne, la dernière barrière horaire : la Cascade du Rouget, éloignée de 15 km…

Le Père est plus ou moins seul dans cette montée : il double 2-3 personnes au début, puis tout le monde ralenti… Il propose du sucre de raisin à un coureur en perdition qui dit ne plus pouvoir s’alimenter et à l’air défait, assis sur un rocher. Quelques minutes plus tard, il poursuit son chemin. Ca monte, il y a des passage un peu vertigineux avec vue sur un bout de la rivière dont il est séparé par une petite falaise. C’est beau, mais chaud, il sait que 2-3 coureurs sont en train de gagner sur lui, pas besoin de se tracasser, chacun son rythme…

Vers 16h30, le ciel se couvre. Il fait lourd et les nuages s’amoncellent… Arrive un passage de torrent… Il s’agit de franchir une immense dalle en pierre, en se tenant à une corde qui ne semble pas bien grosse ou solide au Père, sur le moment, probablement en raison du côté aérien de la rivière. Peu d’eau, beaucoup de cailloux et une solide pente, Le Père ne traîne pas !

De l’autre côté, un bénévole de la course est en train de parler au coureur qui précède Le Père et qu’il allait rattraper.

« L’orage arrive, la course est stoppée, montez vite 500m pour vous mettre à l’abri… Vous verrez, vous ne pouvez pas manquer l’abri, il doit d’ailleurs déjà y avoir quelques personnes dessous. On éteint son téléphone et on se dépêche. Une fois à l’abri, habillez-vous chaudement, ça va tomber solidement ! »

Nous sommes 3 à monter de concert, essayant de repérer ce qu’il appelle un abri… OK, Le Père se dit que c’est comme d’habitude en trail : il a dit 500m ce qui veut dire entre 750m et 3.5km… Mais là c’est long ! Notre petite troupe finit par arriver à un gros rocher qui surplombe le bord du chemin et où 6 réfugiés climatiques attendent déjà. Nous les rejoignons et l’attente commence. Les gens s’habillent peu à peu, on commence à causer de course et de la météo…

Bon ce n’est pas pour les défendre, parce qu’ils ont commis le crime, que dis-je, l’hérésie, de ne pas avoir le bouillon (sans pâtes) que Le Père affectionne… Mais merde à la fin ! Les organisateurs avaient exigé couverture de survie et tenue étanche pour le haut… C’EST UN MINIMUM !!!! Tu as le droit d’adapter le matos que tu embarques aux conditions météo sans qu’on te le demande, non ?! Donc, d’aucun se plaignent que l’organisateur n’a pas exigé que l’on prenne tous un pantalon étanche et une couche de plus !!!

Le Père aussi adore se plaindre… Mais là c’est un peu pousser mamie du haut de la falaise avec des orties en bas !? Le Père est équipé et ne finit pas, tel le réfugié climatique victime d’inondation ou le survivant d’attentat, emballé dans sa couverture de survie argentée… Oui, lecteur fidèle et néanmoins cultivé : le doré se met à l’intérieur pour garder le chaud… C’est écrit dessus, il ne faut pas non plus être super doué pour y parvenir tout seul…

Après 15 minutes à se demander si l’officiel de course n’était pas torché au genépi lorsqu’il a écouté la météo la dernière fois, le vent se lève soudain. 5 minutes après, c’est le déluge, puis la grêle et encore le déluge, accompagné par les coups de tonnerre et les éclairs pour l’ambiance conviviale…

Le sol est jonché de grêle, nous avons été rejoint par 2 autres coureurs qui avaient pris les avertissements de l’officiel pour une suggestion et, décident au bon moment, de rebrousser chemin et de se mettre à l’abri avant qu’il ne grêle.

Le sol se pare d’un blanc manteau grêleux, mes collègues et moi commençons à avoir froid, causeries de coureurs entrecoupées de silences contemplatifs. L’un d’entre nous contacte une connaissance qui fait partie de l’organisation et nous apprenons que la course est annulée.

Lorsque les éléments sont à nouveau calmes, que la pluie n’est plus que légère et que les coups de tonnerre ne sont plus audibles que de loin en loin, nous commençons à nous demander comment va se dérouler la suite de la course… ou plutôt le rapatriement !

Il faut dire qu’après une heure de pause dans le froid, mouillés de transpiration puis de pluie, on est moins fit et vif… Au moment où nous allions repartir vers le bas, suivant les instructions de l’officiel de course, un groupe arrive à notre rencontre, avec à sa tête le pimpant organisateur. Je constate une nouvelle fois que, malgré son âge avancé, il pourrait faire mannequin… Si, si, lecteur moqueur, du genre de ceux qui posent avec un sourire édenté sur les paquets de cigarettes ! Il lui manque en tous cas 2 dents devant et l’état et la couleur de celles qui restent ne donnent pas spontanément envie de lui rouler une pelle…

Mais dans ces circonstances, Le Père trouve sa présence presque réconfortante… Les réfugiés climatiques sont informés que le petit pipi traversé sans peine à la montée a pris les proportions des chutes du Rhin, mais en plus raides. Il faut donc monter jusqu’au refuge (environ une heure de marche d’après Marcel la canine brune) où nous pourrons nous abriter et nous réchauffer, puis redescendre par un autre chemin jusqu’au point de rapatriement. Le chemin s’est métamorphosé en ruisseau, c’est frais et boueux, on aurait presque envie de se rouler dedans si l’on ne commençait pas à se les peler menu…

Naturellement, la course étant terminée, nous sommes à la merci de notre guide au sourire édenté : plus de risque permis, nous montons ensemble, en attendant tout le monde. Le défilé de couvertures de survies est sympa, on monte dans un raffut de couvertures alu qui crépitent. Malgré l’altitude et la pause de 1 heure, marcher nous réchauffe un peu et au moins on bouge à nouveau !

Arrivés au refuge, que nous trouvons plein d’autres coureurs, dont l’un est maculé de bleus du fait qu’il n’avait pas d’abri en vue quand la grêle a frappé, nous sommes enfin au chaud. Des secouristes trient les gens et s’occupent des plus refroidis. La gestion est pro et l’encadrement remarquable ! Les gens du chalet vendent quelques consommations, qu’ils soient remerciés de nous avoir recueillis : le sol est une véritable marre de boue et de flaques lorsque nous repartons !

Les réfugiés que nous avons trouvés à notre arrivée repartent dès que nous nous installons. On nous explique la procédure : nous allons descendre en courant par le chemin de caillasses utilisés par les quads et les 4×4 quand ils montent… Les plus fatigués ou refroidis peuvent profiter des 2 places du quad qui va nous accompagner. Un guide devant et le quad derrière, nous redescendons en groupe.

Là, jeune lecteur et néanmoins ami, Le Père doit concéder que ça part assez vite, même s’ils disent que nous allons prendre notre temps… Le Père a toujours une cheville avec laquelle il est vexé depuis moins de 2 semaines, il a dormi moins de 2h et il y a fort longtemps, il décide que ce n’est pas le moment de rajouter une fracture sur son entorse ou se faire une entorse² ! Il va donc doucement et applique le célèbre proverbe chypriote : qui veut courir l’X-Alpine dans 3 semaine ménage ses chevilles !

En bas de l’interminable descente, on arrête de courir et s’installe dans la voiture d’un organisateur. Nous n’avons quasiment pas attendu, une nouvelle fois : merci l’organisation. Nous sommes reconduits à la ligne d’arrivée, au chaud et au sec. Nous apprenons que la foudre est tombée derrière la tente du ravito des cascades du Rouget, fort heureusement sans faire de blessés. C’est à ce moment-là que l’organisation a pris la décision de tout arrêter et de rapatrier tout le monde.

Ne pas finir une course est toujours difficile psychologiquement… Mais cette fois, Le Père le vit bien : il est venu uniquement pour s’entraîner, a quand même couru/marché 65km, avec +4’700m de dénivelé et le temps a été nettement moins pire qu’annoncé… C’est une très bonne expérience, la cheville a tenu et ne lui fait pas mal et il n’est pas totalement détruit.

On blague un peu, remercie l’organisateur / chauffeur se dit qu’on va peut-être se recroiser sur la prochaine course et on se sépare. Le Père entame le douloureux retour de plus d’1 km à son hôtel. En arrivant, sa clé est la seule qui pende encore à la réception. Il se tourne pour aller à l’ascenseur et à un petit rictus de douleur, prolongé d’un tic nerveux qui agite son œil droit… La porte qui mène à l’ascenseur, par le bar, est fermée !!!

Le demi-neurone encore disponible grince en se mettant au travail… 3 étages… Saloperie d’hôtel ! Je m’en fous, je dors à la réception et je me change demain quand l’ascenseur refonctionne ! La douche !!!!!

Le Père finit par opter pour la reptation… Non, je déconne, il a marché 65km, il va jurer mais ça va le faire quand même ! Il prend 10 minutes pour appeler Madame et lui raconter les dernières heures et s’enquiert de l’état de Madame et des punks… Il prend congé pour rejoindre la douche tant méritée et dont il se réjouit d’avance… Il commence à trembler de froid, toujours trempé… Ses habits son rangés en tas par terre, il court sous la douche et commence à faire couler l’eau chaude… enfin l’eau… très froide… qui ne se réchauffe pas vraiment…

NNNNNNOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOONNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNN !!!!!!!!!!!! Pourquoi !!!!! Pas ça !!!!!! Ahhhaaaahhhhhaaaaaaaaaaaaaaa !!!!!

A ce stade, lecteur gracile et délicat, je vais t’épargner le son et juste résumer : en une longue litanie de jurons plus ou moins variés (la fatigue et le froid sont en train de prendre le pas sur la bonne humeur légendaire du Père !), Le Père se douche à l’eau froide… En réfléchissant aux différents Roumains qu’il connait aptes à s’occuper d’incendier cet hôtel dans un délai raisonnable…

Ok ce n’est pas la fin du monde, certes, mais lorsque tu frôles déjà l’hypothermie et que tu te réjouissais de cette douche chaude, ça fait très mal ! Il ressort tremblant de la douche, ça lui rappelle la Swisspeaks 2 ans auparavant, sauf qu’il avait passé 25 minutes sous de l’eau chaude ! Il s’habille de tout ce qu’il trouve et finit par sa veste Mammut d’hiver pour arrêter de trembler et retrouver température humaine.

Son ventre criant famine, il se résout à descendre les 3 étages à pied pour aller cherche du gras dans un resto local… Mais arrivé en bas il constate que même le pauvre vendeur de burger local a déjà fermé la cuisine… Il faut dire qu’il est plus de 22h30 et que nous ne sommes pas vraiment dans une capitale internationale !!!

Il remonte dans sa chambre, mange une soupe et 2-3 biscuits accompagnés d’un fruit. Il est de plus en plus fatigué et se couche après avoir rangé / suspendu son matos.

Le lendemain, par un soleil radieux, il va choisir des fruits et des éclairs au chocolat pour les punks, charge sa mini voiture et reprend la route de la civilisation…

Sa cheville a tenu, il commence à avoir des courbatures, il faut qu’il s’hydrate bien et ça va aller. En arrivant, no 3, 4, 5 et 6 souhaitent aller faire une balade… La larme à l’œil (non, pas l’émotion de revoir les punks, futur jeune père insensible et goujat, juste le début des courbatures !!!), il part pour une balade de quelques kilomètres avec courses régulières pour rattraper no 6 qui est très joueur, comme à son habitude.

Dans 3 semaines, il est censé prendre le départ de l’X-Alpine… Comme disait Confucius : avant on était au bord du gouffre, là on va faire un grand pas en avant !

Repose-toi, lecteur attentif, le weekend est là et dans une semaine il y a l’X-Alpine, je suis sûr que tu te réjouis des vacances prochaines avec tes chers bambins et que tu as déjà préparé tes chaussures pour les courses à venir !

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