Amis des bouchons et des douanes, bonsoir !

Plus que deux jours en vacances… enfin en Savoie…

Oui, jeune père toujours insouciant, quand tu as 5 punks (ou, Dieu nous garde, plus !), déjà à 3 ou 4 en fait, tu auras des vacances normalement environ 27 ans après la naissance du dernier de tes rejetons… Si tout va bien… Et il faut voir dans quel état tu seras à ce moment-là !!! En règle générale, profite de tes vacances avant d’avoir des punks, c’est la dernière fois avant très longtemps ! Et même après le départ de junior, tu risques encore avoir à garder des punks, enfin des punks²… les punks de tes punks !

Dernier jour avant emballage, préparations diverses et hurlements croissants atteignant un paroxysme anthropique au moment du départ. Nous retournons à la base de loisirs pour aérer une fois de plus les punks et effrayer les batraciens. Dommage qu’on ne puisse pas les lâcher chez les météorologues, j’aurais plaisir à les voir démembrer un ou deux incompétents, ou pour le moins les triturer et les terroriser pendant des longues heures…

Dès l’arrivée, les 3 grands partent chasser le batracien (ceux qui, totalement inconscients, dépressifs ou suicidaires, n’ont pas jugé bon d’émigrer vers une zone de guerre, la forêt amazonienne, dans un banc de piranhas un tantinet nerveux ou tout endroit moins dangereux…). Le temps est un peu plus couvert, il y a un peu plus de vent, mais les punks s’amusent une bonne partie de l’après-midi. Les faire partir n’est pas simple, la faim nous aide à les décoller de l’eau froide sans avoir à sortir d’armes, les pieds quasiment bleus du fait de l’eau froide…

Retour à l’appart, préparation du repas et début de valises (après les quotidiennes négociations quant à l’ordre de lit et de chambre). La soirée est cannibalisée par les punks et quelques engueulées saines, primesautières et joviales.

Le lendemain matin, nous sommes réveillés en douceur par les hurlements de numéro 3 et 2 en train de faire les quiches aux œufs frais… Rien de spécial, ils sont juste en train de jouer et ne peuvent pas concevoir de le faire calmement : ce serait dommage que le village, le département, que dis-je, l’Europe n’en profite pas… Après 5 minutes de patience – un record ! – numéro 2 vient nous dire : j’ai faim, on mange bientôt, il est déjà huit heures, c’est quand que vous vous levez, on peut déjeuner ?

J’ai un bref instant de regret en me disant que je n’ai pas eu la présence d’esprit de garder une godasse de course à relief (pour courir dans la montagne, à défaut de pointes d’athlétisme…) pour pouvoir lui lancer dessus, vu que je n’ai pas encore assez sorti la tête du c… pour l’insulter… On ne peut pas toujours penser à tout !

Je ne sais pas chez vous, mais les punks ont cette faculté incroyable de venir nous voir pour nous dire qu’ils sont affamés, ils meurent de faim, n’ont pas mangé depuis des semaines, voire des années… mais ne mettent pas la table. En plus, lorsque nous finissons par descendre pour les nourrir, ils se mettent à lire ou jouer au lieu de s’asseoir ou de participer !

Quelques tartines décédées plus tard, nous commençons le rangement de l’appart, démontage de lits, préparation de lessives, emballage de valises et autres loisirs entrecoupés de bagarres, foutage sur la tronche et autres joyeusetés pour les plus jeunes et de hurlements et tentatives de recadrages pour les plus anciens… J’emmène les punks au skate parc, histoire que Madame puisse se reposer et se distraire en lavant et finissant de ranger le logement.

A ce stade, futur jeune père, il faut que je fasse une brève digression dans mon récit captivant et dramatique. Je vais, pour une fois, me permettre de plonger dans ta vie privée… Tu es ou seras bientôt un père, ce qui n’est pas rien, mais tu es aussi, avant cela, probablement un mari ou, pour le moins, un amant… Tout petit conseil pour ta vie sentimentale et la paix de ton couple : laisse à Madame des loisirs, un jardin secret… la buanderie ou la cuisine, par exemple… pour qu’elle s’épanouisse pleinement, qu’elle ait des loisirs hormis les punks et toi et que ton couple dure !

Nous retournons à l’appartement et je charge le Bus à ras bord (des courses, comprenant principalement 20 boîtes de Crozets – évite de demander ce que sont des Crozets, lecteur adoré et avide, ce sont des pâtes carrées savoyardes et tu pourrais te faire rayer ta voiture partout dans le monde (par un savoyard extrémiste) par le simple fait de ne pas connaître ce délice – et de quoi nourrir un bataillon de légion étrangère pendant un trimestre, rendent le chargement assez sportif… Spécialiste de Tétris tu dois devenir, jeune padawan, si comme Le Père réussir à remplir le Bus tu veux!) et ajoute les punks au dernier moment.

Ma tante, celle qui est spécialiste en éducation de punks et conseils gratuits (voir chronique précédente), passe faire la bise aux punks avant le départ. Cela nous permet de monter chercher les derniers sacs et valises sans avoir à ligoter les punks ou employer le taser… Une tante peut servir à autre chose qu’à apporter, sans frais, sa science, et c’est tant mieux !

Bon à ce stade, nous nous connaissons trop pour que je te mente, lecteur adoré et innombrable. Il est des moments où tu regrettes tes choix, tes actes, de vivre…

2h15… ça ne semble pas long, quand tu regardes un film d’auteur, à texte (James Bond, Die Hard, Fast & Furious), ou que tu lis une splendide chronique paternelle, tartiné sur ton canapé doublé en varan mauve (la classe ne s’apprend pas !) en sirotant un cocktail et bouffant des chips…

Or, lorsque tu es enfermé dans un espace confiné – le Multiple Purpose Punk Transporter – sans échappatoires, obligé de rester (vu que c’est un peu toi qui conduis), sans possibilité de couper le son, t’ouvrir les veines ou de te concentrer réellement sur la route, avec des hurlements et bagarres quasiment en continue, le trajet est long… Comme dit Lévinas : Nom Dedjeu !!!!

Je tiens, en passant, à remercier chaudement les quelques automobilistes qui sont restés sur la voie de gauche au bouchon du péage… L’idée est louable : empêcher les salauds qui ont un badge ou des salauds de riches (nous étions encore en pays émergent de France, être riche c’est sale ou louche… et là-bas, quand on est au-dessus du SMIC, on est déjà un riche…) de gagner un peu de temps… Perdre 15 minutes de plus avec les punks qui hurlent et se battent, ça fait mal, c’est un peu comme lorsque tu finis de monter ton meuble Ikea, après 4 heures de douleurs et éraflures diverses, et que, tout à la fin, au moment de mettre les dernières vis, tu t’aperçois que tu as inversé deux planches et dois tout redémonter…

Autre énorme souci des transports en véhicule : numéro 4.

Numéro 4 est beau (normal, c’est mon fils), a le bide qui dépasse, ça c’est la classe et il peut se le permettre à son âge, une bouille à faire fondre un iceberg, mais un ou deux minuscules défauts. Tellement minuscules qu’on ne les remarque pas forcément tout de suite… Donc nous sommes en Savoie (je vais faire la blague, pour l’un de mes innombrables lecteurs, il se reconnaîtra : Savoie ou quoi ?!), sur une voie express… Numéro 4 est de travers sur son siège, ce qui irrite sa sœur, pour mieux voir la route et nous poser plus de questions…

A intervalles réguliers, il demande si nous sommes sur l’autoroute… Si nous disons oui, il râle un peu… De la même manière que lorsque nous disons que nous n’y sommes pas il râle… Non, le pire arrive après…

Mon fils, depuis quelque temps, a chopé une terrible allergie… Nous essayons de le faire soigner, mais ce n’est pas facile, il s’agit d’une affection rare, touchant moins d’un enfant sur 317 millions ! Junior est alterautorouteophobe…

A chaque fois que l’autoroute fait mine de se séparer en deux voies distinctes, à chaque fois que nous rejoignons une autre bretelle d’autoroute, il demande invariablement si nous changeons d’autoroute… Quand nous ne pouvons pas lui dire que c’est la même autoroute et que l’autre piste est simplement une sortie, il commence à gémir : « rrrraaaaaahhhhhh noooooon, pas changer d’autoyoute ! ». Si vous connaissez un médecin spécialiste en autoroute, je suis preneur !

Son second défaut, complémentaire au premier, est qu’il est incapable de se taire… Surtout en Bus. On ne peut d’ailleurs qu’admirer sa pugnacité : quand il veut parler, si l’on fait mine de l’ignorer :

  • Papa ?
  • Je ne peux pas te parler, je conduis, je dois me concentrer sur la route ! (Faux cul, certes, mais cela permet un peu de quiétude et que je ne m’arrête pas pour l’abandonner sur une aire d’autoroute…)
  • Maman, je veux te dire queque soze…
  • Maman ? Maman ! Maaaaaaammmmmmaaaaaaaaaannnnnnnn !

Forcément, on finit toujours par répondre, pour qu’il arrête de nous irriter, mais chaque réponse entraîne d’autres questions… Usant !

Plus le voyage avance, plus je me dis que cela ne peut plus durer… Je finis par prendre une résolution qui va probablement changer ma vie, tout en prolongeant celle des punks : au prochain voyage, je mets des boules quiès, dès le départ !

Retour à la base, débarquement des affaires, rangements divers et variés. Migraine et lueur d’espoir : demain ils repartent à l’école !

J’emmène numéro 4 à la petite école le lendemain matin…

« Je suis fâché contre toi ! » « Pourquoi ? » « Je voulais pas aller à la titécole ! »

Pour éviter 17 ans de thérapie coûteuse, futur père, évite de rétorquer à junior : « oui ben nous, ça nous fait des vacances, tu as déjà causé et râlé pendant 2h30 hier dans le Bus, y en a marre ! »… Sauf si – Dieu nous garde ! – toi ou Madame êtes psychiatre ou pédopsy…

Passage à la pharmacie. Après 15 minutes d’attente, je suis chaud patate… L’ébouriffé derrière le guichet ne me regarde même pas en me demandant ce qu’il peut faire pour moi, le regard torve fixé sur son écran… J’élis d’attirer son attention sans hurler, l’invectiver ou lui mettre une chaussure sur la tronche :

« Bonjour, je tousse comme un cacochyme tuberculeux en fin de cancer du poumon. L’un de vos collègues m’avait, en son temps, prescrit dans un cas fort semblable, un onguent expectorant effervescent à prise quotidienne d’efficacité passable. Le nom dudit remède m’échappe présentement, mais je souhaiterais le retrouver. »

Silence, cette fois une lueur blafarde éclaire faiblement le regard du dépressif qui a relevé la tête, marquant une nouvelle victoire retentissante du Père qui est parvenu à attirer son attention sur autre chose que son bête ordinateur :

« ok, vous voulez faire sortir votre toux, il vous faut du Fluimicil ? »

« Ce me semble, mais je ne saurais le garantir ! »

Occupation du moment : changer d’opérateur pour internet à la maison avec l’installation de la fibre dans notre métropole internationale ! Ils viennent 2 fois pour que ce soit installé, font des tests, me disent que tout est bon. Je programme la fin de mon autre contrat, commence à tout brancher… Et… ça ne marche pas !?

Je redébranche, rebranche sur l’ancien opérateur, tout marche… Passage sur le nouvel opérateur… Ca marche pas ! Ok c’est technique, il y a quand-même trois câbles à brancher, mais je crois être apte à ce genre de chose… Je fais marcher le téléphone, la télé… mais pas d’internet !

D’une patience surhumaine, j’appelle mon nouveau fournisseur pour parler au service technique, après une bordée de jurons qui me vaudrait un passage à confesse…

Cher lecteur fan et néanmoins ami, je ne sais pas comment cela se passe pour toi… Mais à chaque fois que j’appelle une hotline, je tombe sur quelqu’un qui :

  1. m’accueille en allemand, bien que j’ai perdu 30 secondes (dans 10 minutes d’attente) pour préciser que je parle français
  2. parle mal le français de toute façon
  3. me prend pour un demeuré : vous avez vérifié que le routeur est bien branché ? Vous l’avez rallumé ?

Comme malheureusement tout ce fait par téléphone, on ne peut que l’insulter en hurlant et non lui mettre une grande baffe, amplement méritée, pour qu’il apprenne que, merde à la fin, c’est la troisième fois que je l’appelle, comme son ordinateur lui fait remarquer, et que j’ai du avoir la même remarque de son con de collègue !

Après maints tests, leurs appareils fonctionnent, quand je me branche en direct dessus, donc selon eux c’est les câbles qui courent dans mes murs qui sont en cause… Sauf que quand je rebranche mon ancien routeur, tout fonctionne, en passant par les susmentionnés murs… Donc ce n’est pas mon installation… Saleté d’informatique !

Je ne vais pas lancer une énième fatwa contre les informaticiens, ils ne sont pas en cause, ce sont les fabricants de hard et software qui complotent pour avoir notre peau… Humiliés d’avoir été des geeks moqués dans leur jeunesse, ils se vengent sur le monde par la suite avec la ténacité de la puce de canard sur la jambe de junior.

Ok, à ce stade, il y a toujours un collègue béat qui me dit avec un large sourire : t’aurais dû prendre un Mac, ça irait tout seul ! Enfin, il y avait… Depuis que collègue a dû repayer toutes ses musiques sur i-tune suite au décès de son Mac et changement de version par rapport à son iphone 12 et qu’il a mis 6 mois pour installer les e-mails de notre collègue sur l’iphone qu’il lui avait recommandé d’acheter (et qui nécessitait plus de RAM sur son vieux Mac de la maison pour faire tourner le nouvel i-tune sur lapin des neiges (ou je ne sais quel OS), RAM qu’elle ne pouvait pas augmenter, nécessitant l’achat d’un nouveau Mac), il est devenu nettement plus humble dans ses accusations et remarques…

L’inconvénient majeur de la dématérialisation vers laquelle nous tendons, est que cela fonctionne comme l’école, les transports et tout le reste : c’est prévu pour la moyenne, la masse, la partie épaisse de la courbe de Gausse des statistiques : si vous sortez, ne serait-ce que légèrement, de ce qui se fait, plus rien n’est prévu pour vous et vous devez vous débrouiller (pour être poli) !

Un copain que j’ai croisé à certaines courses et qui est inscrit à celle du weekend prochain (c’est lui qui m’a proposé de l’y accompagner, je ne la connaissais pas encore) m’envoie un message pour me proposer d’aller courir le dimanche matin… Je viens de rentrer de voyage, n’ayant pas dormi 4 heures entre vendredi et samedi, je me dis tout naturellement que c’est une super idée !

25 km plus tard, naturellement pas à plat, à un rythme trop soutenu pour moi, j’hésite entre rentrer et appeler directement la cardio mobile… Dire que je suis sensé courir 36km le weekend prochain !

Donc, après maintes tentatives pour faire fonctionner mon internet, je me décide à utiliser un joker et appelle 2-3 copains… Pas simple de faire ça à distance et, malgré mes explications brillantes et limpides, ça n’avance pas des masses ! En attendant des jours meilleurs, nous surfons par le biais de nos portables… Numéro 2, en manque de tablette (il va bientôt commencer à trembler, baver et à avoir de la peine à respirer, il a même failli mordre sa soeur…), me demande :

  • Tu as réparé internet ?
  • Non, pas encore !
  • Tu peux me faire voir comment on fait ? Ce sera réparé quand ? Je peux t’aider à réparer ? C’est quoi qui ne marche pas ?
  • Merde ! Je te dirais quand c’est réparé…

Ok, ce n’est pas didactique et il ne pensait pas à mal, mais à la fin ça soulage…

Jusqu’à ce matin ! Un gars du réseau passe pour plomber la prise réseau pour éviter que nous continuions à payer… Je lui parle de mon problème et il me dit : vous avez vérifié vos adresses IP ?

Sur le moment, j’ai envie de l’embrasser et / ou de lui mettre une immense tarte dans la tronche, avant de l’enterrer dans le jardin, à côté de l’architecte et de l’électricien, pour son impudence… Mais je suis tellement content d’avoir une piste pour résoudre mon problème que je lui laisse la vie sauve !

Il descend s’occuper de notre prise, sous le feu des questions de numéro 4 : tu vas où ? tu fais quoi ? pourquoi tu descends ? C’est quoi cet appareil ? Pourquoi tu pars ? T’as fini ?

Le weekend est là, samedi je suis sensé allé courir le Trail de la Pierre à Voir (TPAV pour les intimes), 36 km de bonheur dans les montagnes de Saxon (+2’500m de dénivelé), avec des collègues motivés à s’ébattre dans des torrents de boue (météo pourrie prévue, en révision constante, tout est possible !), pardon on dit avec un sol un peu gras, en langage trail…

Petit conseil pour ceux qui souhaitent prendre part au TPAV : vous pouvez vous habiller en sac poubelle de la tête au pied, courir avec un parapluie ou un poncho… ou simplement accepter que vous allez être trempé, transi de froid et couverts de boue de la tête aux pieds… C’est bon d’avoir des loisirs qui détendent et nous font nous sentir mieux !

Reposez-vous, venez courir à Saxon pour relativiser les moments compliqués avec vos punks et ne lisez pas trop tard : demain les punks se lèveront encore et n’iront pas à l’école !