Amis des courbatures et des cloques, bonsoir !

Les comptes-rendus fleurissant déjà sur la facebookosphère, il était tant qu’un professionnel du trail et du compte-rendu rende au Père ce qui est à César !

Suite à son énorme prestation lors de l’Ultraks, Le Père avait promis que la saison était finie, par manque de genoux, qu’il n’irait pas à la Swisspeaks, se retirerait dans un couvent avec des bonzes oranges et rasés et cesserait le sport pour se laisser pousser le bide… Ce qui illustre bien qu’il ne faut jamais prendre une décision à chaud, enfin à froid mais juste après une course…

Donc dimanche, après un réveil en sursaut : « Hein ! Non, c’est pas moi, je ne dormais pas ! Numéro 4, pose cette perceuse ! Numéro, 5 recrache cette méduse ! » Le Père petit-déjeune et traîne sa couenne jusqu’à la gare de Zermatt, après avoir fait ses bagages dans la précipitation (naturellement, il faut rendre la chambre à 11h et il est à la bourre)… Enfin, “fait ses bagages”…

Tassé dans sacs et valise tout ce qui peut y tenir dans le plus bref délai en veillant à ne rien oublier serait plus exact… On doit le manque de blessé à la simple solidité hors norme des bagages du Père : aucune explosion, avec éjection de fermeture éclair à 28m/s, point de déchirure latérale avec bâton qui s’échappe, nulle roue ou poignée perdue. Le bagage du Père ressemble, en général, à l’anaconda de 9m qui a voulu se la péter devant les potes et a bouffé un hippopotame… Il n’y reste même plus de place pour un habit de Beyonce.

Il faut reprendre le train, en jurant en raison des naissantes courbatures… Le Père sait que les jours qui viennent vont être pénibles et qu’il va prendre extrêmement cher : courir tel le fennec à poil ras dans une descente en faisant le mariole est une chose… Poursuivre cet exercice sur une distance de 49 km finit invariablement par se payer !

Donc après avoir songé démissionner le lundi en arrivant devant son travail (3 étages sans ascenseur !), Le Père pense naïvement aux punks avant de songer à son bien-être et va quand même travailler !

Je sais, futur jeune père, nous vivons des heures particulièrement sombres : non seulement Le Père est allé et revenu de Zermatt en train, moyen de transport en commun du peuple, mais en plus il doit travailler pour subsister… Le monde est définitivement une place hostile et sans pitié, je te le concède…

Donc, après 2 jours, un copain le contacte pour lui demander comment il se sent après sa course… Il emploie l’expression anglaise « I feel like shit! » pour lui signifier que tout va bien et qu’il tient une forme d’enfer ! La question peut sembler anodine, dans la bouche du copain, mais il s’agit de savoir comment il se prépare pour la Swisspeaks…

Le Père explique son Ultraks, les douleurs et lui dit qu’il ne pense pas être en état… Son pote lui répond :

« OK, tu fais comme tu veux, moi je ne suis pas trop prêt, je vais y aller tout doucement, en mode rando ! »

Là, toute personne qui court sait que c’est la porte ouverte à toutes les fenêtres ! C’est toujours quand on te dit ça que tu fais les plus grosses erreurs, que tu t’engages pour des trucs sans savoir pourquoi, mais pourquoi tu fais ça !?

Le Père lui répond tout naturellement qu’il va se reposer et réfléchir avant de se désinscrire ou pas.

Naturellement, lecteur attentif et attendri, tu sais… Ca sert à rien de se leurrer, tu sais très bien que, même en 2 semaines, même s’il voulait et essayait vraiment, Le Père ne se reposera pas pendant ces 2 semaines… Néanmoins, il fait semblant d’y croire.

Passé les crampes et autres petits bobos, Le Père finit par se dire que, finalement, il n’est pas si mal que ça et pourrait bien se pointer à la Swisspeaks… Bon OK, il a toujours les genoux foutus, mais vu d’ici, ça devrait tenir, et de toute façon, on n’a pas besoin de genoux, sinon ils nous en auraient foutu plein ! Comme les cheveux ou les oreilles…

Donc la semaine de la Swisspeaks arrive assez vite… Le Père a fait une fois du vélo depuis l’Ultraks, ne veut pas recourir pour ne pas plus user ses membres inférieurs (c’est les jambes, lecteur à l’esprit pervers !), et doit voir son physio pour une dernière séance avant décision… Naturellement, le praticien lui suggère de faire de la natation, du vélo ou du mini-golf (sans plier les genoux) et Le Père lui promet de faire attention et de ménager ses genoux !

Plus rien ne s’opposant donc à ce qu’il court, Le Père décide d’y aller, se promettant de ne pas pousser et de laisser tomber si ça ne se passe pas bien… Il commence à réfléchir à ce qu’il faut emmener, se gardant bien de préparer quoi que ce soit à l’avance !

Afin d’être certain de ne pas partir trop en forme, il décide de ne pas se rapprocher de la ligne de départ (+1h30 pour le Bouveret, +1h30 pour le trajet Le Bouveret-Finhaut), ne pas préparer ses sacs en avance et surtout ne pas décaler son sommeil (ce qui aide à ce coucher tôt la veille de la course…). En contrepartie, il n’a pas couru depuis l’Ultraks, mais tout de même fait 2 fois du vélo. N’a pas fait gaffe à la bouffe et plutôt mal dormi cette semaine-là : fin prêt quoi !

On a tous nos grigris, nos méthodes et trucs secrets… Le Père essaie de faire au moins une bonne nuit, 2 nuits avant la course… De cette manière, il part avec les batteries plus ou moins pleines… enfin normalement pas totalement à plat… Pas cette fois !

Il te souvient, lecteur attentif et polyptique, que Le Père n’a pas décalé son sommeil… Eh bien jeudi soir, conformément au plan, il se couche tôt, vers 22h… et des poussières, pour une longue nuit de 8h… Et n’arrive pas à s’endormir avant quasiment 1h du mat !? Décidément, s’il y a un Dieu du trail, il n’aime décidément pas Le Père !

Donc arrive le vendredi, Le Père s’est promis de rentrer tôt pour faire ses sacs et se coucher le moins tard possible… Un collègue coureur et néanmoins ami passe à son bureau, en route pour Finhaut où il prévoit de dormir… Sa réservation ayant merdé, il se retrouve avec un pote dans le dortoir avec d’autres coureurs et s’attend à une nuit pas top… En revanche il sera sur place et est tout prêt d’un point de vu matos, lui ! Tu penses tout naturellement, lecteur plein de bonne volonté, que le collègue est passé juste pour voir Le Père, ce qui serait bien normal ! Il y a de ça. Le fait que ce soit aussi le conjoint d’une collègue semble avoir aussi un peu pesé dans la balance…

Le Père rentre donc comme d’habitude, plus ou moins 5 minutes (un grand merci aux CFF pour la merde qu’ils font depuis des semaines : cette semaine Le Père n’a pas eu un seul soir sans retard, de 7 à 45 minutes… Oui, je sais, lecteur bien-pensant, au Tadjikistan les trains ont jusqu’à 8h de retard… Certes mais, sans vouloir faire le râleur, ils ne paient pas plus de CHF 6’000.- par an pour l’abonnement !!!!! Merde à la fin quoi !), couche les punks et commence rapidement à se mettre à faire son sac.

Quelques échanges messagesques avec un autre complice de course lui permettent de se rassurer et de finir de décider ce dont il va avoir besoin… Il lui manque une veste que l’organisateur peut exiger au moment du contrôle du sac, mais sinon il a tout le matos nécessaire… reste plus qu’à tout faire tenir dans : son sac de course, son sac de rechange et le petit sac que l’organisation autorise et que l’on retrouve normalement à la mi-course pour se changer si l’on veut, avoir une autre lampe frontale pour attaquer la nuit, des vêtements plus chauds,…

Repas vers 21h, comme d’habitude et Le Père se plonge dans ses affaires. Le temps passe vite, il ne faut rien omettre, tout prévoir et savoir le temps qu’il va faire pour s’adapter. Finalement il opte pour partir léger, sa seconde paire de chaussures ayant quelques difficultés à rentrer dans le sac qu’il doit retrouver à la mi-course… Eh… On a des féministes, des anti racistes, des véganes qui militent… Tu en as déjà entendu qui essaient de se battre pour les vrais problèmes des gens ?! Là, Le Père est face à une inégalité criante, hurlante même, et personne n’y prête plus de considération qu’à la prochaine dévaluation du malaysian ringit !

Je t’explique, lecteur non sportif… Nous avons tous droit à un sac de 25 litres (je n’ai pas vérifié, je suis sûr que ce sont plutôt des décilitres, mais passons) que nous allons retrouver avec émotion à Morgins. Oui mais non ! Là je ne suis pas d’accord !!!! Jean-Euzèbe, sympathique coureur d’1.62m, souriant et jovial, qui chausse du 26 et est donc condamné à courir en chaussures flash Mcqueen vu qu’ils ne font pas sa taille en chaussures homme, n’a pas besoin du même volume que Le Père qui, en chaussure de sport, frôle le 50 ! De plus, ce cher Jean-Euzèbe et son copain Foulque-Kevin, lui aussi sous les 1.70m, n’ont pas des habits très grands et volumineux… Au nom de quelle égalité Le Père doit-il comprimer ses habits, chaussettes et slip rose en piétinant son sac pendant 10 minutes pour que tout rentre !?

Le Père songe à saisir la Cour Européenne des droits de l’homme pour qu’elle s’occupe enfin de problème sérieux et de discriminations crasses !

C’est donc à plus de 00h30 que Le Père va se coucher enfin… Quand il programme sa montre et un téléphone pour le réveiller 3h plus tard, il est pris d’un petit doute tout de même :

  • – Tu vas dormir 3h et aller courir 90 km, saloperie !?
  • – T’occupe, dors, ça ira tout seul : on ne doit courir que la moitié !

Il s’endort rassuré…

Bon, le réveil n’a jamais été le fort du Père… Mais là ça pique un peu… Pas le temps de réfléchir, il enchaîne le scénario habituel : petit déjeuner, check rapide qu’il a tout pris et dernier sac dans la voiture avec les gourdes pleines la tenue de course et… ses tongs au pied !

Arrivée au Bouveret sans histoire : étonnamment cette portion d’autoroute, capitale locale du bouchon et de l’embouteillage, est fort agréable à cette heure nocturne… Le Père prend soin d’enfreindre le plus d’articles de la loi sur la circulation routière possibles. Ca le distrait et le maintient éveillé, et c’est déjà pas mal !

Il arrive à Bouveret city, se gare n’importe où, s’acquitte de CHF 5.- pour 24h et rigole en pensant que s’il merde sa course, ça lui coûtera en plus une prune de stationnement ! Il prend ses 3 sacs et se dépêche d’aller à la gare prendre le train pour Finhaut !

Là, hormis tout ce qu’il n’a pas encore dit à propos des organisateurs, il trouve que marcher déjà presque 1 km du parking au train, c’est abusé ! Ca compte même pas dans la course en plus ! Mais passons, Le Père est debout, il est trop tard pour rentrer se coucher en maugréant…

Une nouvelle fois, Le Père a dit par le passé beaucoup de bien des CFF quand il y avait encore une lueur d’espoir… Maintenant qu’ils ont décidé de faire un service de merde, il se fait une joie de le souligner dès qu’il le peut !

Que pendant la journée, les CFF cherchent maintes excuses pour ne pas être à l’heure du style : accident de personne (oui, dire “suicide” c’est mal… En disant “accident de personne”, c’est plus joli et ça permet de sortir ces « accidents » des statistiques de suicide… Pour éviter que les CFF soient la 2ème cause de mort volontaire en Suisse… Oui, bien qu’extrêmement efficaces, les CFF sont loin derrière Dignitas et Exit… Mais quand on paie, on ne compte pas !), problème d’exploitation, un train arrêté,… Alors, quand notre train part avec près de 30 minutes de retard, Le Père ne trouve pas ça très drôle… Pas qu’il aurait pu dormir 30 minutes de plus, mais juste que les branleurs n’en ont vraiment rien à faire et qu’ils mériteraient que leur banque leurs disent le 25 :

« En raison d’une panne informatique, votre salaire a un retard indéterminé, nous vous remercions de votre compréhension »

Le jour où Le Père a une banque, ce qui ne saurait tarder, il veillera à faire régulièrement le coup aux employés des CFF, par vengeance basse et vile.

Donc, le départ de la course 90 km est repoussé de 30 minutes. Le Père troque ses tongs pour ses chaussures de course, fait écrire à même son sac son numéro de dossard pour qu’il ne se perde pas, le tout en faisant la queue pour aller aux toilettes…

Ah, les toilettes, en trail ! Tu pourrais penser, futur jeune père curieux et sportif, que depuis le temps que des courses de trail sont organisées, les gens savent qu’il n’y a pas assez de toilettes… Là ,nous faisons tous la queue pendant plus de 20 minutes pour réaliser que sur les 2 toilettes disponibles, seul un est ouvert !

C’est un peu plus tard que Le Père remarque que, dans l’école jouxtant la ligne de départ, 3 toilettes vides sont disponibles ! La vie est une saloperie et ne manque pas de te le faire remarquer !

Les différents copains sont trouvés, nous finissons de nous préparer et attendons le coup de départ. Marrant de croiser dans la vraie vie des gens avec qui on a parlé par clavier interposé.

Ca part. Le Père se colle à son collègue qui parlait de faire la course en mode randonnée, donc tout doucement… Avant de rapidement constater que ça va beaucoup trop vite pour lui. Il est rattrapé par un autre copain et ils poursuivent la première montée : la course commence par +1’200m de montée, il fait encore assez frais et c’est pas désagréable, malgré le monde.

Dans cette montée, Le Père rattrape un coureur qui porte un dossard de la course 360 km ! Il regarde le nom et reconnaît une connaissance de Facebook qui avait annoncé abandonner à la prochaine base de vie ?! Il l’encourage et poursuit sur sa lancée : ça monte, mais il ne veut pas commencer à traîner dans les premiers kilomètres…

Il fait super beau, un peu trop chaud pour Le Père, mais le paysage est fantastique ! Nous passons le col et la vue est encore plus spectaculaire ! A peine le temps de faire une photo, Le Père repart à la descente, laissant à son collègue le soin de le rattraper un peu après. La descente pique au niveau des genoux, mais se passe bien. Il en faut pas trop se prendre au jeu et bombarder : si l’on va trop vite dans les premiers kilomètres, il est fort à parier que l’on ne finira pas !

Arrivée au barrage et premier ravito à Salanfe, c’est une désillusion… Ok, on n’est pas là pour bouffer tel le Romain en orgie, mais là nous avons une pauvre tablée, assez dégarnie, le bouillon est « do it yourself » et il n’y a pas trop de trucs… Pas grave, nous sommes tous grands et avons notre bouffe, ou devrions l’avoir. Pit stop de plus de 10 minutes, mon collègue s’échappe, je refais mon breuvage magique et me remet en route… Au loin j’aperçois mon collègue et néanmoins ami qui a déjà fait la moitié du lac !

Je trottine et passe rapidos le lac. Recommence la montée. Je me souviens être passé il y a 1 année ou 2, un temps brumeux et frais, avec un peu de pluie et une longue journée autour des Dents du Midi… Le chemin est parfois assez vertical avec 2-3 endroits où il vaut mieux ne pas tomber… Je parle un moment avec un Australien, de passage en Europe pour quelques mois et en Suisse pour quelques jours. Ca aide le temps à passer plus vite…

Le Père sent plusieurs orteils et se demande s’il n’a pas de cloques… Lui qui a réussi à se débarrasser de ce fléau n’y croit pas ! Ca fait un peu mal, mais c’est gérable et ça pique moins que les genoux…

Nous redescendons sur la cabane de Susanfe. Ravito encore avec coca et bouillon, le duo gagnant ! Nous avons parcouru 21km, je repars dans une descente comme je les aime : pas mal de caillasse, chemins défoncés avec des cailloux, ça bombarde en oubliant les genoux. Direction la première base de vie et un gros ravito : Champéry.

Sauf qu’il ne faut pas oublier la partie chaînes et petits passages verticaux dans la descente… On va doucement et on fait gaffe de ne pas se vautrer. L’organisation est étrangement absente hormis aux ravito (juste des bénévoles), ce que je trouve un peu osé : des coureurs en sont à plus de 110km, respectivement 300km et il y a des passages un peu délicats… Dans la descente, je double 3 concurrents qui sont sur la 170km… Je félicite tout le monde avec une attention spéciale pour celui qui court en Vibram Five Fingers !!!! Sur 170 km, du minimaliste avec une semelle de 1mm et des poussières : respect !

La descente est longue, nous faisons un détour par des hauts lieux :

Ici, numéro 3 est tombé sur le fil de fer barbelé, la cicatrice commençait à 1 cm de son joli œil tout bleu… Là, nous avions fait de l’accro branche à 1 et 2 et ma nana était restée bloquée du fait de la hauteur pas adaptée à son âge… Avant de faire 2 autres tours toute seule ! Pas mal de bons souvenirs d’une journée de détente punkesque.

Ravitaillement de Champéry, je demande si le doc a quelque chose contre les crampes… Non ? OK, contre les douleurs de genou ? Non plus… OK, tu sers à quoi ?!

Le Père se sustente un peu… Et boit du coca et du bouillon ! Il reremplit ses gourdes et repère une tête connue, déjà repérée au bord du chemin plus tôt ! La sœur du parrain de la princesse est là pour soutenir son jules… qui était sur la 170km mais a abandonné… Rapide échange et il faut déjà repartir avec collègue qui est chaud.

La montée suivante nous voit passer de 1’031m à 1’931m… Par un petit sentier d’arrête fort aérien : on n’a pas la place de planter les bâtons car le vide est des deux côtés du chemin… Il faut parfois grimper à l’aide de chaines, c’est rude mais la vue sur les Dents du Midi est tellement belle dans ce soleil d’automne descendant !!!

Nous arrivons au ravito de Chaux-Palin, Chaud-Lapin pour les dyslexiques et les maladroits. Ravito sympathique et je repars avec deux Français de la région d’Annecy. Le couple va pas mal et me permet de tenir pour la montée aux Mossettes. Je les abandonne lâchement pour bombarder dans la descente sur Morgins. Bon rythme et chemins idéaux pour Le Père : caillasse et pas trop pentu !

A Morgins, Le Père retrouve un gymnase connu, celui-là même où son collègue et lui-même ont abandonné l’année passée, après 11h de pluie battante… Il faut dire que l’ambiance y est tout autre ! Bien plus confortable !

Changement complet pour Le Père, sauf les godasses (qui ne rentraient pas dans le sac, trop exigu je le crains fort, cher lecteur). On mange et on s’habille plus chaud. Sur la pression de son collègue, Le Père se laisse bêtement influencer et prend un peu trop d’habits pour la nuit… Il va falloir porter tout ça jusqu’à l’arrivée !

Le Père songe un bref instant à faire traiter ses cloques… Puis y renonce pour ne pas trop faire attendre son collègue… Et ce ne sont que 2-3 cloques !

Mon collègue étant prêt, nous repartons du ravitaillement… Petit moment de flou, nous suivons une mauvaise route, devons revenir sur nos pas… Perdons quelques minutes et tout espoir d’un podium s’envole !!!

OK, jeune futur père naïf et enthousiaste, tu l’as bien compris, c’est de l’humour ! Le premier semble avoir terminé en 11h les 90km de notre parcours, avec 10h de plus je ne suis pas à 2-3 minutes près !?

Ca monte, sur de la route, nous mangeons nos sandwiches en marchant le plus vite possible, le jour se couche rapidement. Le calme descend sur la vallée, perturbé seulement par le bruit d’un troupeau de 4 British qui hurlent comme 28. Le Père et son collègue se font passer pendant qu’ils mangent encore, puis les doublent dans la montée suivante…

Après le Bec du Corbeau, la descente est trop pentue pour Le Père. Il morfle des genoux et ralentit en jurant régulièrement. Il parvient tout de même au ravito Chalet Neuf avec son collègue. Il a mal aux cloques, aux genoux et au dos, la nuit est bien là, ça fait mal et on a envie de rester dedans…

Les cloques se font plus sentir, les genoux aussi. Certains dorment sur leurs bras ou la tête posée sur la table, tous ne sont pas des coureurs de la 360km ou de la 170km. On finit de bien se ravitailler et on se remet en marche avec mon collègue. Passé la première montée, durant laquelle Le Père souffre, une descente assez raide… C’est celle de trop pour Le Père : trop pentue, il ne peut pas courir, du fait des genoux. Il crie à son collègue de poursuivre et continue à son rythme.

Les heures passent, la descente fait mal aux cloques aussi, ça change des genoux. Le ciel est plein d’étoiles, quand il le peut, Le Père coupe brièvement sa lampe pour les admirer… Avant de rapidement rallumer : oui il y a plein d’étoiles, mais pas beaucoup plus de lumière que ça, en fait, et la nyctalopie n’est pas la première qualité du Père !

C’est à ce stade que l’on peut avoir une pensée émue pour Pierre-François Petzl, l’inventeur de la lampe frontale éponyme, le saint des trailers de nuit ! En parlant de Petzl… Mes frontales sont sympas, hyper testées, performantes et fonctionnent du feu de Dieu…

En revanche… Que tu prévois un petit signal, avant que la lampounette n’ait plus de batterie, je trouve ça plutôt louable… Mais que ce signal consiste en 3 clignements, sans égard pour le terrain sur lequel tu te trouves ou la pente… Là je dis stop ! Si on fait n’importe quoi, c’est la porte ouverte à toute les fermetures ! Donc tu cours, tu oublies tes genoux, ton dos et tes cloques, le terrain est propice : caillasse à se flinguer les chevilles rien qu’en regardant, pente mais pas trop et pas un pelé ou un poil de lumière à l’horizon… Et là : nuit totale : on n’y voit pas plus que Ray Charles pendant une fraction de seconde, puis re lumière et directement une autre coupure… 3 fois de suite !

Le Père sauve par miracle ses chevilles et une majeure partie de son anatomie, parvenant à rester sur le chemin et évitant de se vautrer comme une immense bouse… Il baisse tout de suite l’intensité de sa lampe et part du principe que le changement d’accus attendra Torgon qu’il aperçoit déjà.

En arrivant à Torgon, Le Père est soulagé : un ravito et un banc pour mourir ! Il s’assoit, enlève son sac et croise son collègue qui va repartir. Il l’encourage, rapide échange et début d’alimentation. Il n’a plus envie de manger, mais il faut… Sans conviction : fromage, bouillon, coca, quelques noix. Il refait encore le plein de ses bidons, arrêtant le mélange magique dont il se lasse.

Il souffle un peu et repère… Son autre copain parti beaucoup plus vite !!! Il va le voir pour comprendre. A sa tête, il comprend que ça ne va pas et pense qu’il ne pourra pas repartir. Il est malade du bide, a l’air vert, est déjà là depuis longtemps. Il dit au Père de partir et dit qu’il va attendre jusqu’au dernier moment, juste avant la barrière horaire, pour décider ou non de poursuivre. Il a l’air détruit. Ca fait mal au cœur au Père : il était en forme et allait bien, avec plus de 30 minutes d’avance sur lui…

Le Père se rééquipe et repart, tout seul, dans la nuit. Les bénévoles, toujours souriants malgré les 1h du matin et le froid, lui indiquent le chemin : tu passes sur la passerelle suspendue et c’est tout droit… 500m de dénivelé en montée, 500m en descente, 350m d’ascension et tu es au dernier ravito avant la descente…

Malgré la solitude et la peur de se faire violer par un bouquetin ou enlever par un gang de marmottes, Le Père poursuit. Seul et dans la nuit, il va mieux que quand il est accompagné… Il passe la montée assez bien, sans trop souffrir compte tenu des kilomètres déjà parcourus et de l’état de décrépitude de sa carcasse rongée…

La descente est assez sympa, quand elle n’est pas trop raide et il y a des passages assez jouissifs de bombardement sauvage. Il ne fait plus attention à la douleur depuis longtemps, décidé de finir et de payer après !

Au moment où il rejoint la route de Tannay, il jure ! On monte de 350m sur moins de 600m, ça pique. Il râle et se plaint avec un concurrent rattrapé à cet endroit… Ils arrivent au dernier ravito.

Une concurrente du 360km dort sur une chaise sous une couverture, plusieurs concurrents du 90km sont assis. Il reconnait une jeunette qui raconte comment elle avait été secourue par l’organisation l’année précédente et Le Père reconnaît la jeune qui tremblait sur une chaise avec un gars qui lui demandait comment elle allait… Il avait suggéré de la couvrir d’une couverture ou de la mettre sous une douche chaude et était parti…

Dernier bouillon, dernier coca, Le Père regarde sa montre et se dit qu’en se pressan,t il pourrait passer sous la barre des 21h… C’est d’habitude comme ça, surtout après 77,9km, qu’on fait les plus belles conneries et qu’on a des courbatures pendant des jours… Fort de son expérience, et en dépit de tout bon sens, Le Père trottine au plat, avance vite dans le raidillon et commence à bombarder dans la descente…

Il y a des passages un peu trop difficiles et ça n’avance pas assez… Il est fatigué, un peu quand même, il court depuis plus de 20h, en ayant dormi moins de 3h dans un semaine à 26h30 de sommeil, pas idéal pour la performance… Mais il continue, il descend, croise 1-2 autres coureurs.

Arrive le bas de la descente, on sort de la forêt. Il reste un peu plus d’1 km à plat… Le Père court, ne veut pas s’arrêter avant la ligne… Dernier tournant, petite ligne droite et Le Père passe sous l’arche d’arrivée !!! Mais contrairement à l’Ultra de l’Eiger, à l’Ultraks ou à d’autres courses, il ne se passe rien… Pas de photographe, quasiment personne, même pas le bip des cellules chronométriques…

Sur la droite un stand tenu par 2 jeunes… Le Père s’approche, donne son numéro de dossard et on lui demande quelle taille il veut… Le cadeau étant une paire de crocs ! Non, c’est une sorte de paire de godasses pour aller à la piscine, mi tong, mi crocs, aussi sexy qu’une paire de charentaises d’époques, Le Père demande les plus petites possibles… Songeant aux punks, il ne mettra jamais ça, par peur que des lecteurs se suicident en pensant qu’il a décidé de tourner le dos à sa classe naturelle…

J’exagère, il n’y a pas qu’une paire de sabot en plastiques, il y a aussi une bière !? En terme de ravito d’arrivée, c’est pauvre, il ne fait pas très chaud, il n’y a ni tee-shirt finisher, ni médaille, la misère sombre !

Le Père se dépêche d’aller chercher ses sacs et débute les 12 kilomètres le séparant des douches… Non, sérieusement, il n’y a pas 12 km, mais c’est loin, très loin, et à 5h30 du mat, après avoir couru 90 km, tu es moins frais et pimpant qu’à l’accoutumée, force nous est de le reconnaître, jeune futur père, et la classe couplée à l’odeur fait probablement peine à voir !

Heureusement, l’heure matinale (qui se lève volontairement, même pour aller applaudir Le Père, un dimanche matin à 5h ou avant ?!) évite au Père la honte d’être reconnu ou photographié. Il finit par atteindre les vestiaires et…

Un rat est en train de finir de ronger le cadavre d’un concurrent imprudent… Non, je force peut-être un tantinet le trait, mais l’état des 3 douches ! J’ai connu des toilettes publics, dans la banlieue de Bichkek, qui semblaient beaucoup plus propres et semblaient plus classes…

Je me dis que finalement les sabots avaient une vraie utilité : tu les mets pour le vestiaire et la douche et tu les brûles devant la porte en partant… Sauf si tu as dû les jeter à des rats pour les faire fuir au péril de ta vie…

Le Père est un peu fatigué, il décide en toute conscience d’aller se changer dans sa voiture… Enfin la voiture de sa mère, Le Père aura une voiture quand il aura les moyens de s’en acheter une vraie, selon ses critères ! Donc Le Père se change dans une voiture qui possède le volume approximatif d’une des boîtes de chaussures dans lesquelles Le Père reçoit ses fantastiques pompes de course…

A ce stade, et malgré une certaine fatigue, je ne peux pas te mentir, cher lecteur fidèle et perspicace… Ce n’est pas beau à voir ! Le Père hésite à ouvrir les fenêtres pour laisser dépasser quand un bras, quand une jambe, en se changeant… Il est sur un parking sombre, personne à la ronde, il n’y a pas techniquement exhibition…

Il finit par être changé, dans des habits propres et secs, avec une couche pour le réchauffer, sans se blesser et en moins de 10 minutes de jurons intenses… Il doit à un miracle le fait de ne pas être décédé de crampes en se tortillant : faire le clown après 90km peut vite se payer cher ! Tas dans le coffre, petit coup de boisson et Le Père repart.

Sur l’autoroute, la tension de la course retombant, Le Père commence sérieusement à fatiguer… Il s’arrête à la première ère de repos et parvient assez facilement à dormir une heure, malgré le format de cet échantillon de voiture. La fatigue est plus grande que la douleur aux genoux !

Le Père rentre à temps pour le repas des fauves : les punks déjeunent et Le Père essaie d’aider jusqu’au départ de Madame avec eux pour la Bénichon. Le Père range ses affaires, mettant à sécher ce qui le doit, prend une rapide douche et s’effondre sur son lit. 3h de sieste plus tard, il renaît, pas vraiment intact mais plus ou moins en vie… 3 de ses orteils sont remplacés par des cloques… Il ne prend pas le temps de les soigner à ce stade, ce n’est pas vraiment la priorité… On n’est toujours sous les 100km, mais Le Père est quand-même content de marcher encore presque sans grimace…

Allez vite vous coucher, le weekend va passer vite et lundi il faut retourner bosser !