Ami des montagnes et de la météo, bonsoir !

Tu le sais bien, futur jeune père, ta future paternité va faire peser sur tes chétives épaules d’énormes responsabilités et charges qui, associées à ton travail passionnant, nécessitera des échappatoires… Nous recommandons naturellement de te tourner vers les drogues (c’est prévu pour ça, après tout !), ou de prendre le parti d’un pétage de plombs en règle, de préférence au bureau, sous un prétexte fallacieux, durant lequel tu vas démonter ton bureau, ainsi que ton chef, de préférence au club de golf ou au Morgenstern pour les plus distingués… Il est en revanche possible que ta carrière en pâtisse légèrement, mais on ne fait pas de fondue sans casser des biscottes !

Il existe toutefois une possible voie alternative à ce déferlement de violence ou de substances psychotropes : le sport ! Si tu es jeune père, tu as compris que le sport horizontal comporte beaucoup trop de risques pour que tu t’y adonnes avec une fréquence suffisante pour évacuer ton énergie et agressivité… Reste donc : le wingsuit, si tu as déjà plus de 4 enfants et es donc suicidaire, le twirling bâton, pour que tes voisins te regardent bizarrement, le bowling, le golf et le curling… Quelques personnalités extraverties pourraient être tentées de choisir le triathlon, mais la dureté de ce sport, enfin de ces sports, vu qu’il faut nager, courir et pédaler, calme les ardeurs…

Il peut aussi arriver que d’aucun, par simplicité, manque de temps ou faible budget choisissent la course à pied… pour une raison qui m’échappe !

Courir. C’est facile, tu me diras, tout le monde sait courir ! Fais un test, lâche Brigitte, femme rottweiler sous stéroïdes de 80 kg à la mâchoire conséquente et dont le collier en cuir à clous avec l’inscription « Born to kill » tend à stresser les plus zen, lâche-la donc derrière le quidam moyen et rapidement, il se met à courir avec un temps tout à fait décent…

Augmente la distance, baisse le stimuli (yorkshire en lieu et place de Brigitte) et ajoute la récurrence et courir devient beaucoup plus difficile !

Mais le plus incompréhensible, ce sont ceux qui courent dans les montagnes !!! Déjà marcher dans les montagnes n’est pas évident pour tout le monde et fait souvent mal… La plupart des gens s’abstiennent, ayant bien compris les risques et efforts que cette activité implique d’instinct, sans avoir besoin d’essayer…

Tu l’auras compris lors de brillantes chroniques précédentes et en raison d’un agenda qui laisse peu de place à l’imagination, Le Père court… Oui, je sais ce que tu vas dire : plus de 2m, un peu moins de 100kg (reste poli, lecteur impudent, Le Père a défatté récemment et pourrait mal réagir !), pas le temps pour s’entraîner ou presque, pas forcément idéal pour ce sport. C’est après une longue réflexion que Le Père te répondra : merde !

Comme le veut la saison, Le Père se rend à Grindelwald, une nouvelle fois, pour prendre part à l’Ultra de l’Eiger, sympathique montagne surplombant cette bourgade bernoise sans charme… Naturellement, il est re re inscrit pour le 101 km, bêtement, naturellement, il n’est pas assez entraîné (l’entraînement c’est pour les faibles !), il n’a pas assez dormi (quoi que, une nuit à 8h de sommeil durant la semaine, que demande le peuple !?) et a des genoux… Bref il est fin prêt, une fois de plus !

Donc, vendredi matin, Le Père prépare du matos en quantité suffisant pour équiper toute une unité d’infanterie et part pour Grindelwald… Comme c’est dans le canton de Berne, il vérifie ses vaccins et se prépare au choc culturel et au décalage horaire… Je salue au passage nos lecteurs bernois innombrables et les prie d’envoyer leurs menaces de mort au siège de météo Suisse directement.

Prêt depuis des semaines comme il se doit, Le Père espère que ses compléments alimentaires seront arrivés à son hôtel (commandés la même semaine et naturellement jamais testés en condition de course !), que les pneus d’été changés la veille vont tenir le coup (bien que l’un semble avoir du mal à gérer son incontinence) et qu’il n’a rien oublié de son matos en faisant ses bagages le matin !

3 pauses sont nécessaires au Père pour atteindre Grindelwald… Non, ce n’est pas loin au point de nécessiter 3 pleins, mais le genou droit paternel lui fait un mal de chacal véreux et il doit le détendre ; force est de constater que Jean-Euzèbe Toyota, dans son infini magnanimité asiatique, n’a pas jugé bon de faire des saloperies de voitures adaptées aux personnes de plus de 1.90m, merde à la fin !!!

Arrivée et installation à l’hôtel, il faut vite préparer le sac de course pour aller le montrer au contrôle… L’année passée, un suisse-allemand à l’humour tout germanique voulait vérifier chaque pièce de l’équipement obligatoire, ce qui est aisément compréhensible pour une course de 101km, plus difficile à accepter quand on ne part que pour 51km et que la météo n’annonce pas le moindre risque orageux…

Arrivé au contrôle, une gentille dame m’explique que j’aurais pu prendre un sac Migros au lieu de mon sac de course pour pouvoir tout sortir plus aisément et tout remettre rapidement… Passées mes brèves envies de homicidaires, je repars avec mon matériel vérifié et avec mon dossard, il ne reste plus qu’à dormir (jamais facile, course ou pas) et courir !

Comme c’est veille de course, Le Père prend un plat de pâtes dehors sur une terrasse. L’Eiger est superbe, surplombant, menaçant, la région, impérieux, défiant les coureurs ! Consultation du programme, il y a briefing de course à 18h… Mais en fait le briefing commence par les courses pour les punks ! Le Père prend son mal en douleur et passe en revue ce qu’il pourrait avoir omis avant que les magasins ne soient tous fermés…

Finalement le briefing a lieu… et n’apporte pas de nouvelles ! Le temps sera beau avec des possibilités de pluie en fin de journée le samedi, rien de grave et il va faire chaud donc il faut boire…

Le Père regagne son hôtel, reprépare 12 fois ses sacs : celui pour commencer, celui de rechange qui l’attendra à Burglauenen, base de vie où il prévoit de se changer de la tête au pied, tous les habits de rechange, la paire de chaussures de rechange, les lampes frontales, la boisson énergétique et tout ce qui de près ou de loin pourrait avoir besoin d’être changé… Il prévoit de faire ses sandwiches le matin pour qu’ils soient le plus frais possible et finit par aller se coucher vers 22h…

Pas super bien dormi, 2-3 réveils, et finalement Le Père est debout, peu frais et presque pimpant, vers 2h10. Petit déj en chambre avec ce qu’il a prévu, préparation de sandwiches et de boissons, habillage, crémage de soleil, après 24 vérifications, vers 3h30, il se décide à aller vers la ligne de départ.

On pose le sac qui nous attendra à la mi-course et on rentre dans le sas de départ… Là, même le plus endurci des australopithèques doit le reconnaitre : ça fait quelque chose ! On est plus de 800, il me semble, du fait des inscriptions qui ont foiré lamentablement, mais tout le monde est motivé, on va partir pour 101km, dans la montagne, il y a des gens du monde entier, c’est beau…

Il faudrait éventuellement tuer très lentement le speaker… Oui, Le Père n’est pas du matin… Ni du soir d’ailleurs… Mais là, même si t’es Suisse allemand, il y a des limites ! T’es pas obligé de beugler dans ton micro, les gens ont payé, ils se sont levés à 2h, ils vont partir en courant, pas besoin d’en rajouter comme s’il s’agissait d’un home pour personnes âgées cacochymes sous Diazépam… Trop loin et pas le temps pour un coup de bâton en travers de la tronche et le coup de feu du départ est donné !

Ca part très vite, pour ceux qui sont devant, les élites et les vrais de vrai, ceux qui sont entraînés et sérieux… Le Père est dans le tas, là ou ça part plus lentement, avec des arrêts quand ça devient plus étroit. On sort gentiment du bled, ça commence à monter, le groupe reste un peu compact du fait de quelques rétrécissements, mais les premiers sont déjà loin. On commence à monter, direction Gross Scheidegg, le premier ravito…

Oui, jeune lecteur et néanmoins futur père, j’ai bien peur que tu aies une nouvelle fois raison : le trailer ne pense qu’à boire ou à bouffer, c’est une triste réalité, tu n’as qu’à voir le nombre d’apéros et gueuletons qui jonchent tout trail digne de ce nom… C’est à ce demander s’ils ne viennent pas que pour bouffer d’ailleurs car, hormis ça, quelle raison les pousserait à courir aussi longtemps !?

Le Père parle un moment avec un Français. C’est une autre grande réalité du trail, tu rencontres plein de gens et leur causer peut faire passer le temps un peu et oublier la douleur, la fatigue, la soif, les cloques, la pluie, le vent, le froid, le chaud, la pente, le fait que tu as payé pour faire ça,…

En te retournant, ou devant toi, tu as un immense serpent de petites lumières qui gravit la montagne, tu n’es qu’un petit point dans ce ruban lumineux, c’est assez joli. Il fait frais, pas froid, le jour se lève gentiment et tu commences à voir convenablement les montagnes environnantes, il est temps de faire quelques photos !

Le parcours est plus roulant… C’est un terme technique pour dire qu’il faut te bouger le derrière et courir, ça ne monte plus, tu n’as plus d’excuses, secoue-toi faignasse !

Le Père côtoie un moment un Polonais, venu juste pour cette course et dont la copine court les 16km plus tard dans la journée… Il porte sur lui une bague pour la demander en mariage sur la ligne d’arrivée ! Ca commence à descendre et remonter, il y a un peu moins de monde qu’au début et Le Père n’est pas encore totalement en détresse, il double parfois quelques badauds, se fait doubler dans les montées.

Nous arrivons au ravitaillement auquel on accède par une sympathique passerelle en grille qui surplombe une charmante falaise. Le Père doit se plier en 8 pour passer, les Bernois n’ayant pas jugé bon de penser au grands…

On approche de la partie redoutée par Le Père : Faulhorn… La montée vers le point culminant de la course, avec les coureurs du 51km qui nous rattrapent et nous dépassent, la montée est longue, je dépasse Jean-Baptiste, jeune Français qui peine un peu. Finalement, Le Père se dit qu’il ne va pas si mal. Il ne fait pas plein soleil comme les autres années, Le Père n’est pas à l’article de la mort. C’est lent, mais il monte tout de même, se réjouissant d’avance du bouillon ou du coca qu’il pourra boire au sommet…

A ce stade, lecteur attentif et adoré, tu l’auras compris : le principal avantage d’avoir un loisir où tu en chies ta race est :

1.       D’apprécier ton job, quel qu’il soit

2.       D’apprécier d’être à la maison, même quand les punks ont gastro force 4

3.       De pouvoir apprécier des choses impossibles à imaginer, comme boire du bouillon ou du coca tiède et pas toujours gazeux !

Le ravitaillement est mieux géré qu’il y a 2 ans où Le Père est plus en avance : pas de queue d’1/2 heure au sommet de la montagne.

Autre point… Je sais que tu es réticent à pratiquer une quelconque activité physique, ce que je conçois aisément, lecteur attentif, je ne m’y suis résolu que sous la contrainte ! Mais, et je ne sais pas si c’est fait exprès, depuis Faulhorn, comme depuis la plupart des sommets, tu as une vue… C’est simplement inimaginable ! Le lac de Thoune et de Brienz sont à tes pieds, entourés des montagnes, de petits lacs de montagne aux eaux turquoises ou bleue sombre sont visibles, c’est merveilleux ! Les gens qui courent devraient le faire pour ça en fait !!!!

Bon assez rigolé, passons les considération larmoyantes et l’esthétique de la nature : fini de rire, on va entamer la descente ! Le Père possède de solides inconvénients pour la course, comme il se plaît à le rappeler à l’occasion : sa taille, son poids, son manque de pratique (il n’a commencé la course que sur le tard), son manque d’entraînement, de sommeil, … Il est le seul à pouvoir énumérer ces points sans risque de représailles, méfie-toi jeune lecteur téméraire, d’autres y ont ramassé un solide coup de Morgenstern, et pour moins que ça…

Mais dans les descentes pas trop violentes, ces défauts sont moins problématiques et il a trouvé une sorte de style lui permettant de ne pas trop se faire doubler… C’est donc avec une légèreté à mi-chemin entre le bouquetin et l’hippopotame (non mais celui des montagnes, pas celui qui traîne toute la journée dans la flotte…), mais probablement plus proche du second, qu’il attaque ce tronçon.

A un moment, il se retrouve côte à côte avec un coureur… Un coup d’œil de côté…

« Salut Turbosnail !!! On s’est loupé à Zermatt, on se retrouve sur les pentes ?!

« Papa ?! Eh mais comment ça va !?

Oui, Le Père est une star internationale… Enfin il connait 2-3 trailers réputés croisés sur les réseaux sociaux… Le Père laisse filer le Turbosnail qui finira les 51km en 2-3 heures de moins que Le Père l’année précédente… Face à la montagne, nous ne sommes pas tous égaux et là il se sent plus mollusque que  snail !

Et… non, jeune lecteur, toi, tu ne pourras jamais appeler Le Père « papa », sauf si tu fais du Krav Maga depuis que tu as 8 ans, possèdes plus d’armes médiévales et modernes que Le Père, mesures plus de 2.16m et pèses plus de 129kg de muscles et de haine, avec des tatouages « Born to kill » et « search & destroy » sous tes yeux de tueurs… Non, seuls les punks et quelques êtres hors norme peuvent avoir l’impudence de braver la légende !

La descente se poursuit en direction du ravitaillement de Schynige Platte… Bon on dit descente, là aussi c’est un terme technique qui veut dire qu’entre le départ et l’arrivée, tu as perdu de l’altitude… Ca ne fait naturellement pas que descendre, ça n’aurait pas autant de charme ! En revanche, il fait à nouveau très beau, sans qu’il ne fasse trop chaud, et la vue sur les deux lacs est vraiment splendide… A chaque fois que je prends une photo, je dois redépasser les quelques personnes que je viens de passer, mais c’est le jeu ma pauvre Lucette…

Au ravitaillement, Le Père prend du bouillon… et du coca… Si tu crames 6’000 calories dans la journée, autant profiter un brin et au diable les calories ! Le Père voit deux infirmiers qui n’en branlent pas des masses et les aborde pour qu’ils regardent son genou. L’un d’eux sort des scotchs de couleur rose et commence à faire un tape au Père…

Mettons de côté toute velléité de mode ou de style, les designers des marques sportives œuvrant déjà depuis des années à nous rendre tous le plus effrayant possible… Non, je regarde juste le copinou disposer des scotchs roses, sur une papatte velue comme celle d’un lévrier afghan et luisante de transpiration, et fais une rapide estimation que la probabilité que ça reste en place ne dépasse pas la 15aine de secondes, au mieux. Le Père, telle la fosse, est sceptique !

Le Père doit être extrêmement fatigué pour ne pas prendre le temps d’insulter le samaritain, en allemand, quant à la vacuité connue de son cataplasme miteux… Force est de reconnaître qu’il pense peut-être faire de son mieux, ce qui est encore plus désespérant quant à ses compétences médicales…

La descente se poursuit. Rire gras, 17 secondes plus tard, quand il enlève les scotchs qui pendouillent lamentablement, en se remémorant le samaritain déjà loin.

Le Père a une brève pensée pour feue sa cheville, à l’endroit où il avait fait son entorse 2 ans plus tôt. Pas un panneau pour indiquer l’endroit pour que les fans se recueillent ou viennent en pèlerinage ! Le Père se fait une note pour mentionner cet oubli impardonnable aux organisateurs ! C’est une bonne manière de savoir où il est : à 6 km de la base de vie !

Base de vie, sentiment d’aller presque bien. Tu retrouves le plancher des vaches, sans réaliser alors qu’il va falloir remonter, forcément ! Le Père récupère son sac, dégotte une pièce vide et se change de la tête au pied. Le sac est adapté à la nuit qui va bien finir par arriver une fois, les sandwiches sont sortis, il est presque sec, quasi propre (pour les habits, lui sent le renard mort depuis 5 jours…), il a bu et mangé un peu et est prêt pour repartir…

Comme il s’est changé en face de l’infirmerie, il passe pour demander un peu de frais sur ces genoux. Il ne reconnait pas Le Père !? Le médecin qui l’ausculte est pourtant le même qui a enlevé la puce de son dossard il y a 2 ans ! Oui, celui qui avait soigné l’entorse du Père est toujours en fonction. Il se permet de dire que Le Père n’a pas le format pour courir, en bandant ses genoux pour que les patches imbibés de je ne sais quoi tiennent en place… Bon comme il se croit grand (à peine 1.90m, une honte), il se permet de rajouter, comme s’il était copain du Père et que celui-ci pouvait déjà lui avoir pardonné sa disqualification, que comme lui il courrait et a dû arrêter… A 56 ans ! Le Père prie pour que mère nature soit aussi clémente avec lui !

Ayant donc perdu une heure au total à la base de vie, Le Père repart, en marchant, mangeant ses sandwiches fait le matin même. Ca monte, il fait un peu chaud, les personnes du 51km ont pris une autre route, la vie n’est pas si moche, finalement !

Il rattrape un Asiatique dont l’anglais ne permet pas trop de causer et le dépasse. Le ciel se couvre, ça se rafraichit un peu, mais c’est juste plus agréable, pas froid. Il se dit que la météo a probablement dit vrai et qu’il va pleuvoir un peu vers 17h…

EHEHEHEHEHEHEHEH ! C’est touchant de continuer à croire en quelque chose de si aléatoire et non scientifique que la météo quand, quasiment quotidiennement, la preuve t’est faite qu’ils n’ont pas la moindre idée de ce qu’ils font !

Donc, sandwiches terminés, Le Père se bouge un peu : il a passé la moitié de la course, va plutôt bien, il faut prendre de l’avance pour un peu plus tard et pour avoir fait le max avant la nuit ! Il double une dizaine de personnes, dont un couple texan, et, peu avant d’arriver à Wengen, les premiers coups de tonnerre se font entendre.

Le Père a tout de suite un mauvais pressentiment : souvenir du trail des Paccots arrêté au sommet pour cause de grêle ou Swisspeaks 2017 et ses 11h de pluie… Il se hâte et arrive au ravitaillement de Wengen… Où un officiel de la course lui annonce que la course est stoppée pour le moment !

Et là, c’est le drame !

62km, 4’000m de dénivelé et pour le moment pas de certitude que cela va continuer. Nous sommes entassés dans le sous-sol de l’office du tourisme ; comme tout le monde, Le Père est trempé de transpiration. Difficile de se changer, les affaires sont en route pour Grindelwald, il enfile toutes les couches dont il dispose.

Longue causerie avec 2 Allemands, fatigue, les jambes commencent à accuser le coup. Il fait froid, on ne sait rien.

Après 2h d’attente, on nous annonce que la course reprend… Mais comme nous avons attendu 2h, nous allons être montés en cabine à Männlichen… Autant ça soulage de ne pas avoir à monter les 5km pour +1’000m de dénivelé dans le terrain devenu très boueux, autant cela veut dire que cette course ne sera toujours pas le premier 100km du Père…

En attendant la benne, il fait très froid. Il pleut, des Français annoncent que la météo a tourné et que de la pluie est annoncée toute la nuit ! Le Père sort sa super veste anti pluie. Un Français l’accoste :

« Pffffff, toi aussi tu n’as rien d’étanche ?!

– Ben si, ça c’est du 20’000 !

– Alors oublie, j’ai l’ancienne, si ça reste sec pendant une heure, ce sera un miracle ! »

Le Père se fait une note pour plus tard de passer remercier le vendeur à coup de pelle à neige…

Malgré toutes ses épaisseurs, Le Père se les pèle menu… Arrivée en haut, 1’000m plus haut et donc sensiblement plus froid, les coureurs sont dirigés vers un resto d’altitude, déjà plein de coureurs qui, comme nous, attendent et, comme nous, ne savent rien.

Rencontre de 3 Français qui avaient quasiment fini la montée et se sont vu forcés par un membre du staff de redescendre les 4,6km et 900m de dénivelé pour aller se cailler à Wengen dans le même local que Le Père… Eux ne rient pas, Le Père retrouve le sourire.

1 heure de plus se passe au chaud dans ce restaurant. Le Père boit encore du bouillon, histoire de finir de trembler et essaie de marcher. Ses jambes sont assez proches en consistance du rondin de bois, du genre avec lequel le trappeur canadien construit sa cabane… Il a à peu près autant envie de courir que de se faire opérer de la cataracte à l’Opinel rouillé et se dit qu’il va rester là, au chaud et dormir…

Lorsque, à travers le brouhaha ambiant, il distingue un borborygme… Il s’approcher et quelqu’un est en train de parler. En allemand, puis en anglais, il est annoncé que la course reprend à 20h… Il est 19h56 !?

La course reprend à 20h, on redescend vers Grindelwald plus vite que prévu, pas de remontée à la Klein Scheidegg, en bref, il ne reste que la descente et la dernière montée dans Grindelwald, pour un total de 17km.

Le Père sort, passe la ligne de départ après avoir relancé sa montre et part en courant dans la pluie.

Le Père est suprêmement bon, doué et très modeste… Mais il est lui-même surpris de se sentir relativement bien. Il double beaucoup de monde, fait une pause pour virer son pantalon, une couche et sa veste, et reprend la descente à bon rythme. Pour ne pas avoir froid et que cela ne dure pas trop, il va vite, doublant beaucoup, beaucoup de monde !

Il faut dire que tout le monde est reparti en même temps ! Certains sont arrivés 2h après Le Père, d’autre un peu avant, mais dans l’ensemble, beaucoup auraient été derrière lui de toute façon… Et les descentes pas trop pentues le favorisent même si, sur recommandation du samaritain, il court en fraisant des petits pas.

Le Père cause avec 2 Français, une fois de plus. Ils avancent bien, ce sont des sales jeunes, c’est normal, mais sont un peu fatigués et la pause leur a cassé les jambes. Causer aide à faire passer le temps et motive. On commence à voir les lumières de Grindelwald. Un peu après, on entend l’animation de l’aire d’arrivée… on a l’impression de pouvoir toucher cette arrivée dont on voit les lumières… Et le chemin tourne tout d’un coup et nous partons sur la droite, dans la forêt.

Les organisateurs ont décidé de garder un bout de la partie drôle de la course : nous remontons ! Le Père, bien que parfois rude, sait rester courtois, mais là il faut dire, après 3h de pause, près d’une heure de descente, avec la nuit qui tombe et les jambes qui sont détruites, que Le Père n’est pas hyper motivé à remonter et prolonger la blague…

Toujours encadré par 2 acolytes, nous passons le dernier ravitaillement. C’est interminable, mais c’est dans la tête : nous ne sommes toujours pas à 17 km ! Nous descendons de notre promontoire, sortons de la forêt et marchons / courons en pointillé en direction de la dernière montée. Nous sommes régulièrement doublés par des impudents qui osent, ce qui finit par nous faire presser le pas. La montée est rude et fait mal.

Le Père, qui n’est jamais à court de déconnade, explique sa tradition aux deux jeunes :

« Une ligne d’arrivée, ça se passe sur un brancard ou en courant… Dès le sommet de la pente, on sprinte jusqu’à la ligne ! On va reprendre ceux qui nous ont passés !

– T’es pas frais, je suis détruit… Remarque, le jeune le fait d’habitude, alors pourquoi pas !? »

Et c’est ainsi que Le Père passe la ligne d’arrivée dignement et reçoit son cailloux… Ils doivent avoir de gros soucis de budget ou des Asiatiques sont venus leur piquer tout ce qui est ferreux dans la région : à la place de la médaille pend un bout de la montagne que nous venons de parcourir ! Délicate attention.

Le Père essaie de se remettre de son sprint final, félicite ses 2 accompagnants et va récupérer ses affaires… Alors, tu vas dire que je suis taquin et me plains facilement, lecteur complice… Je ne dis pas non… Mais sérieux !?

On a posé nos sacs à 3 mètres du sas de départ. On doit aller les récupérer au même endroit que là où on a pris les dossards la veille… En descendant plein de marche d’escalier… Tu ne vas pas me dire que l’organisateur n’a pas fait exprès ou qu’il ne sait pas que nous avons couru un peu, non ?!

De retour à son hôtel, sans avoir besoin d’enlever ses chaussures, cette fois, pour regagner son hôtel, Le Père progresse, telle une MST dans un concert de 68ards. De retour à l’hôtel, toujours avec l’envie folle de gerber, Le Père range son merdier et ne peut quasiment rien avaler à part une sorte de bol de légumes à la semoule… Il passe commande, avant de sombrer dans un sommeil réparateur, pour 750 poupées vaudou à l’effigie des gens de météo Suisse !!!! Oui, la plupart des gens sont reconnaissants d’avoir fini la course et oublient rapidement les mauvaises expériences et la rancune… Le Père à la pugnacité du congre de mauvais poil : il ne lâche rien et trop c’est trop !

Si on résume… Le Père est venu il y a 2 ans, s’est fait une entorse au kilomètre 47 et a été arrêté à la base de vie 7km plus loin, l’année dernière, il a été blessé une partie de la saison et a changé son inscription du 101km en 51km… Avec le mauvais temps, force est de constater que Le Père est maudit !!!

Alors, lecteur fidèle et amical, si tu as des poupées vaudou en rab… n’hésite pas, Le Père a besoin de toi !

Reposez-vous, le weekend a été dur et même si l’on n’a pas fait 101 km et 6’700m de dénivelé, les vacances des punks sont encore longues !