Amis des biquettes et des pâturages montagneux, bonsoir !

Une fois de plus, je repars de Zermatt en laissant la ville comme je l’ai trouvée… Dans ce cas, plutôt couverte… On a vu le Cervin transpirant des nuages, on a vu le Cervin dans des trouées, sous la pluie et même à un moment sous la neige ! La région est toujours aussi splendide, mais toujours aussi mal plate !

Mais reprenons depuis le début… J’abandonne les punks et Madame vendredi entre midi et 2… Naturellement, c’est beaucoup trop tard, Le Père est à la bourre, le timing va encore être pourri : récupération du dossard pour l’ultra marathon de Zermatt de samedi, monter à Zermatt (donc poser la bagnole à Täsch et prendre un petit train), aller à l’hôtel, se préparer et aller courir…

Je pars de l’hôtel à plus de 17h15, pour une sortie qui devrait durer en tous cas 2h… Je ne sais pas trop dans quelle direction aller alors je me dis que je vais aller voir Schwarzsee, étape fort sympathique de l’Ultraks. Ca n’a pas l’air loin et de toute façon je suis super prévoyant : j’ai pris un petit sac à dos et ma frontale ! Ahahahaahaaaaaa ! Le Père est rusé tel le fennec à poil ras et ne se laisse pas choper 2 fois par la nuit !

Sortie 3ème âge, avec les bâtons, à la montée, je ne croise pas âme qui vive hormis quelques oiseaux et des moutons proches du sommet (ils vivent en altitude toute l’année et n’ont qu’à bouffer et profiter du paysage, je ne vais pas non plus les plaindre de vivre sur des pentes abruptes !? Surtout qu’ils doivent pouvoir faire un temps canon sur un Ultraks avec cet entraînement…).

La pluie étant en approche (immense cumulonimbus menaçant au-dessus de Schwarzsee) et le soleil étant déjà assez bas (derrière les nuages), je décide de ne pas faire le Jacky et prends le chemin de la descente. Bon, là, sans vouloir jeter des fleurs au Père, c’est la voix de la raison, de la maturité, l’expérience de nombreuses années de plans foireux qui ne passent jamais et finissent en galères sombres et retours piteux qui parle !

Je me fais rattraper et doubler par deux sales jeunes trailer et trailerette, qui bombardent à la même vitesse que le commun des mortels au sprint à plat dans une salle de gym… Je ne parviens même pas à leur en vouloir, tellement ils ont l’air de se marrer ! En course, j’aurais tenté le coup de bâton ou de les pousser côté pente, mais là, pas de raison de le faire… hormis la jalousie !

A un moment, dans cette descente, j’ai la cheville gauche qui dérape et part un peu trop… Je la tords mais me rattrape sans casse à priori. Je poursuis la descente en faisant un peu plus attention, histoire d’être valide le lendemain.

Retour à Zermatt après 20h, c’est toujours un grand succès de croiser les gens habillés pour le vendredi soir, dans une station un peu huppée, alors que tu es tout transpirant, couvert de terre et de boue jusqu’à mi-mollet, avec ta pauvre casquette (avec courbes de niveau correspondant à la transpiration séchée) et tes manchons…

Lavage de la bête, ce n’est pas du luxe, on dirait une voiture du Paris-Dakar qui passerait dans un lavage de caisse après une journée de boue ! Là, je marque une courte pause famille… Jeune futur père qui veut courir, sache que si tu veux être totalement certain de faire ta course dans des conditions neutres, c’est-à-dire sans être trop fatigué, sans être porteur de maladie (exotique ou non), le bon moyen est de quitter la maison 1-2 mois avant ta course…

Donc j’ai la gastro… Cadeau de numéro 4 qui l’a eue cette semaine et que numéro 5 commence à avoir samedi… C’est pas super grave, pour un athlète comme Le Père, mais ça peut peser un peu sur le moral, les performances ou les dessous, à la longue…

Pasta, retour à l’hôtel, carbolevure et préparation pour le lendemain. Avec le réveil à 6h, je n’ai heureusement pas trop dormi (trop de sommeil tue le sommeil et il faut éviter de t’habituer à dormir, futur père ! Tu n’y penses pas !!! Comment tu pourrais vivre après avoir connu le sommeil, avec 3-4 heures par nuit, une fois ta descendance née ?!), m’équipe et descends pour le petit déjeuner.

Je suis au top de la forme : mal dormi, la gastro m’a gardée éveillé jusque vers 1h du mat et fait que je n’ai pas grand-chose dans le bide, donc pas trop de carburant pour cette journée, je commence même à avoir un peu la nausée, je suis au taquet…

Le train est plein comme un jeune valaisan un soir de weekend. Dernier passage au toilette (merci junior) et je vais me mettre dans la zone de départ. Naturellement, et bien qu’étant avec un tas de pelés qui ont des dossards pour l’ultra, le bloc n’est pas le bon, je pars donc 3 minutes plus tard que ce que je devais… Ca fait partie de mes habitudes, je ne me formalise pas, je finirais 2ème au lieu de premier !

Attention, j’ai noté qui rigolait !

Donc on part ! Ca court dans tous les sens, rapidement ça freine dans St-Niklaus qui n’est pas vraiment prévu pour avoir des furieux qui courent en troupeau dans les rues. Je redoute la première partie qui est roulante comme on dit : on doit pas mal courir et étonnamment, j’ai autant envie de courir que de subir une fouille des cavités par un douanier de 143kg à l’œil torve… Suis pas trop préparé cette année et pas top à cause du bide, du manque de préparation, du manque de sommeil… Je trouve un tout petit rythme, mais à la vitesse je vois bien que ça va pas être simple…

Comme d’hab, à chaque rétrécissement du chemin, ça marche, mais cette année cela ne me gène pas trop, et comme d’hab, le peloton s’étend assez vite… Assez vite, on ne se fait plus trop doubler et assez vite, on double et se fait redoubler par les mêmes. Pas totalement plat, pas que de la route, heureusement pas trop chaud ou pas tout le temps, je me dis que je verrai à Zermatt si je poursuis !

La partie basse est longue, mais on finit par arriver à Zermatt… A ce stade, Le Père est fatigué, mais toujours plus ou moins vivant. On va jusqu’au bout de Zermatt et on revient pour entamer la montée… Le Père est sec, ou plus ou moins… Je rattrape une dame du cru qui pousse son vélo en rentrant de courses… Je commence à pousser son vélo par le porte-bagage. Elle sursaute, regarde son vélo comme s’il avançait tout seul et finit par éclater de rire quand elle réalise que c’est moi qui le pousse (probablement plus logique que le vélo qui se met à monter la pente tout seul, mais pas le temps de phisolopher !)… Elle rigole tellement qu’elle doit encore en parler à ses copines, du grand Welch qui lui a fait un Witz !

En attendant, j’en bave. Ca monte, il fait chaud, marcher, courir, marcher… J’ai parfois un peu mal à la cheville, mais ça doit être la fatigue ! Je tombe sur un Allemand en perdition et essaie de l’encourager… Il repart mais ne va pas très vite. Causer un peu avec lui m’a remis un peu sur pied et je finis par le distancer…

Je sais, ça doit signifier qu’il avance à la vitesse de la moraine d’un glacier, un peu facile de se moquer quand on est peinard devant internet à siroter un coca au lieu de courir ou de marcher !

Malgré le temps couvert, la région est toujours aussi belle ! Les bénévoles sont sympas d’être là car, sans courir ou marcher, il commence à faire froid à cette altitude !

Pour le moment, hormis des douleurs de chevilles et la gastro, je suis juste fatigué mais n’ai pas trop de douleurs aux jambes… Me serais-je remis du Trail de la Pierre à Voir ?! Surprenant… Petit bouillon au ravito avec vue sur le Cervin, ça monte toujours !

Quelques parties descendent, c’est tant mieux Le Père étant plus à l’aise quand ça descend – si ce n’est pas trop pentu ! – et la cheville commence à piquer… Le Père met cela sur le dos des restes d’entorses diverses et variées qu’il a eues et trimbale gaillardement depuis sa période basket… De toute façon, il est déjà beaucoup trop loin de Zermatt pour abandonner !

Je rattrape un Américain dans la montée qui longe la voie ferrée montant au Gornergrat… Il a couru un marathon (à plat, donc) aux USA, s’est un peu préparé, toujours à plat et commence à trouver la Suisse nettement moins drôle ! Nous passons quelques kilomètres ensemble, puis il repart avant moi d’un ravitaillement.

Nous sommes près de l’arrivée du marathon : encore quelques mètres de montée, 200m à plat sur la gauche et la ligne quand je retombe sur Donald, mon Américain… Ok, il ne s’appelle probablement pas Donald, mais je ne connais pas son prénom et me vois mal l’appeler Foulques ou Jérôme. Il est livide, assis sur un caillou… Je lui souris (oui, Le Père trouve la force de sourire, c’est ça le trail, même décédé depuis 22 kilomètres, tu trouves encore la force au fond de je ne sais où… c’est magique !) et lui demande ce qu’il fait…

Il me dit qu’il s’arrête, il n’en peut plus, il laisse tomber… Je lui tends la main et lui dis que je ne pars pas sans lui, qu’il est arrivé, plus que 100m !!!! Je le relève et, une fois debout, passés les premiers mètres, il me remercie et se remet à courir… Les USA finissent leur Marathon de Zermatt et sauvent la face à Riffelberg !

Bon, à moi de finir maintenant… Plus que 3,4 km, ça ne peut pas faire mal, non ?! Et bien si, justement !!! Au-delà de la distance symbolique, même si Le Père court déjà depuis un bon moment et commence à en avoir un peu plein le dos, c’est surtout la partie dénivelée qui pique : + 504m… Là aussi, ce n’est pas des masses, mais les deux combinés et après 42,195km… Ca lance !

Nouvelle pensée pour les bénévoles : tous les 2-300m, même moins, il y a un bénévole ou un secouriste… Il fait froid, nous sommes au-dessus de 2’585m, le temps est souvent couvert, il y a du vent, ils sont courageux de rester pour les quelques pelés qui s’entêtent et n’ont pas encore fini !

On est 4-5 à être assez proche depuis le dernier ravitaillement. Un jeune est parti beaucoup plus vite que moi sur cette partie, il explose à moins d’un kilomètre du sommet et se pose sur un rocher. Je lui propose de l’aide mais il me dit qu’il va repartir dans un moment…

Ca n’en finit pas, mais on voit les plus hauts sommets de Suisse, la vue est moins belle du fait du temps, mais c’est épatant quand même. Je sens les jambes et la cheville, j’ai le bide qui fait des nœuds, mais on ne va pas craquer à 2m du bol de sangria, merde à la fin !!!

Je bois un peu, prend un shot de magnésium (je ne sais pas si ça sert, mais ça a plutôt bon goût et je ne sais plus quoi bouffer pour me donner de l’énergie !) et continue pour les derniers 1’000 m. Le Père arrive à la passerelle qui enjambe le train et ce sont les derniers mètres de montée ! Je dépasse un gars qui marche et parviens à courir la rampe constituant les derniers mètres de la course !

Mes jambes sont mortes, le reste est proche, il neige un peu (hein !? de la neige ?! Ah oui, on est à 3’089 m tout de même…), médaille et je rentre au chaud attendre le train et recevoir mon maillot.

Dans le train qui redescend, des coureurs mêlés à de rares touristes (malgré le temps, il y en a toujours). Ok, on a tous couru 45,5 km, mais est-ce vraiment une raison pour rester assis quand des vieilles dames montent dans le train ? Les trailers n’ont pas tous l’esprit trail, il me semble, ou il y a quelques coups de bâton qui se perdent (et au prix du Black Diamond, ça me ferait mal de le casser sur le derrière d’un collègue de course mal poli…)!

Retour Zermattesque. Le Père se douche, ce qui lui rappelle le nettoyage au kärcher des hippopotames au zoo de Mumbaï, en un peu plus sales… Repas sommaire et coucher rapide.

Je ne sais pas pour les autres, mais pour Le Père, la douche et la nuit suivant un trail font partie des grands moments de l’année ! Et plus la course et longue et dure, plus ces moments sont agréables… A se demander s’il n’y a pas un lien entre l’effort et la qualité du repos…

En théorie, Le Père devrait aller courir le lendemain aussi… Il a déjà couru une quinzaine de kilomètres la veille, avec +1’000 m de dénivelé, ce serait bien de refaire un peu, comme l’année dernière, en préparation de l’Eiger… Une année avant, il était simplement remonté au Gornergrat par un parcours proche de celui de la partie haute de l’Ultra Marathon… Là je laisse tomber ! La gastro et l’état général sont à un stade de délabrement qui fait qu’il est plus sage d’arrêter temporairement les conneries et de rentrer calmement… Une nouvelle fois, c’est la maturité qui parle… Oui, lecteur insouciant et téméraire, c’est peut-être l’âge, je le concède…

Donc Le Père plie bagage, reprend le train, puis sa petite bagnole, et enfin la route de la civilisation… En partant de Täsch, on longe le bas du parcours de l’Ultra Marathon couru la veille et qui semble déjà loin… Après une pause pour acheter des abricots valaisans, il rentre à la maison où les punks l’attendent de pied ferme : ils exigent une balade !

Le dimanche va être long, la cheville pique un peu, le bide aussi, mais Le Père a enfin passé une super nuit. Oui, jeune futur père, c’est la triste réalité qui t’attend les bras ouverts, il faut prendre les rares plaisirs là où ils sont, une fois que tu es devenu père ! Une bonne journée est une journée durant laquelle tu souffres moins, pas durant laquelle tout va bien ! C’est fini ça !

Reposez-vous, de nouvelles aventures pourraient arriver bientôt et les vacances ne sont pas finies pour les punks !