Amis des urgences et des marabouts, bonsoir !

Mon lecteur attendri et fidèle sait en quelle haute estime je tiens la gent médicale… Madame n’a pas de médecin attitré hormis sa gynéco, qui fait quasiment partie de la famille pour des raisons évidentes, depuis le temps, car elle est peu malade… Un pote dirait : c’est du solide, c’est allemand ! Eh ben, même pas…

Or, Le Père est en vadrouille, avec un programme délirant dont lui seul a le secret : rendez-vous et lunch à Zoug, puis rendez-vous suivant en Valais à Sion… Il y avait aussi l’Australie, à la place de Sion, mais c’était moins drôle et exotique…

Donc Le Père est à Zoug lorsqu’il reçoit un message de Madame : j’ai 36,4°C, je suis malade… Madame, comme tout animal à sang froid, à une température corporelle très basse et les chiffres sont à considérer avec ce filtre… Comme toutes les féministes, elle se moque des hommes qui sont faibles, à l’article de la mort à la moindre maladie ou pour un rhume, alors qu’elles supportent des accouchements, elles !

Je m’empresse de lui répondre : tu veux que je rentre en urgence ? Accompagné de force smiley soulignant le caractère caustique de ma remarque humoristique. Je suis à Sion quand un autre message me fait savoir que Madame a 38°C et va se coucher. Je ne me moque plus et lui souhaite une bonne nuit.

Le lendemain, Le Père s’occupe plus ou moins des punks et laisse Madame essayer de se reposer. A la fièvre s’ajoutent des douleurs bidales. Madame, comme toute scientifique, s’adresse à ses amies de Facebook pour avoir leurs idées sur son état !?!?!

Alors, sans vouloir dénigrer personne, autant FB peut avoir de temps à autre une utilité marginal pour trouver un tuto sur la meilleure manière de ravoir un slip sale ou de déboucher un évier par une méthode à la con… autant il y a des sujets pour lesquels je suis plus circonspect ! Oui, il y a des années, on lisait dans le sang d’une poule égorgée ou dans du marc de café pour trouver les maladies des gens, avec un succès discutable, ce n’est pas une raison pour ne pas rétablir un peu d’aléatoire dans une profession qui procède principalement par essai et défaut : le patient a survécu, j’ai dû faire juste, à moins que ce n’était pas ce que je pensais ou pas grave !

Madame étant résistante, je décide de procéder par méthode ancestrale : Le Père met les 4 plus grands punks devant un DVD, charge les deux plus jeunes dans le MPPT et assomme Madame avant de la traîner par les cheveux chez le médecin de garde (on est samedi soir)…

Comme attendu, celui-ci ne sait pas de quoi il s’agit mais suggère à Madame des examens complémentaires à l’hôpital… Comme elle n’est pas motivée, Madame parle d’y aller lundi !

Le Père explique qu’avec les enfants à l’école, ce ne sera pas plus simple lundi, réassomme Madame et la retraîne par les cheveux à l’hôpital de Nyon… Pas par choix, nous ne sommes pas fous, mais simplement parce que nous sommes déjà à Nyon pour le médecin de garde et nous y avons une carte platine, à force d’y passer avec numéro 4 pour ses détresses respiratoires, pour l’accouchement de numéro 5, la radio du ventre de ma princesse (lorsqu’elle avait avalé une pièce),… enfin on connaît bien quoi !

Je la laisse à l’hosto, part pour la maison voir si nous en avons toujours une (j’ai quand même laissé 4 punks en liberté dedans, ce qui est hasardeux, malgré le film !). Elle subit : prise de sang, scanner et autres drôleries médicales. Ils trouvent quelque chose dans son ventre, sans trop savoir quoi, une masse. Ils sont comme des médecins : soit ils ne donnent pas d’informations, soit ils ne savent pas et doivent faire des examens complémentaires… Madame me demande de lui apporter du matos pour passer la nuit.

Le lendemain, IRM et les médecins lui confirme qu’elle a une masse de 12-14 cm de diamètre dans le ventre. Elle va devoir subir une biopsie, sans savoir quand, ne peut pas sortir tant qu’elle a de la fièvre, est sous antidouleurs. Intervention de La Blonde qui vient garder les punks pendant que je vais voir Madame et lui apporte ce qui peut lui manquer.

1-2 visites sont organisées avec les punks, pas très longues, forcément : le bruit n’est pas idéal pour les hôpitaux, il y a pleins de machines avec pleins de boutons à toucher dans chaque chambre, il y a une colocataire dans la chambre de Madame,…

Entre temps, les docteurs se succèdent, tantôt alarmistes (il y a trois possibilités, deux graves et une potentiellement létale !), tantôt réconfortants (tant qu’on n’a pas les résultats de la biopsie, on ne sait pas ce que c’est…). Je demande à Madame de m’obtenir un entretien avec ses docteurs, histoire de me défouler un peu et de les insulter…

Elle est libérée avant que je ne puisse avoir mon entretien… Le résultat est : tumeur non cancéreuse, ce n’est pas malin, mais il faudra opérer. Elle va avoir un rendez-vous avec le chirurgien pour décider la date et tout organiser…  

Je prends congé pour ce rendez-vous et me réjouis de secouer le chirurgien ! Le rendez-vous est naturellement repoussé, le jour même, sans trop d’explication ni d’excuses…

Nous partons pour le CHUV quelques jours plus tard. Madame me laisse dans la file d’attente d’entrée au parking et va déjà s’annoncer, pendant que Le Père peste et jure en attendant impatiemment son tour… Il fait chaud et Le Père a peu d’humour.

A ma grande surprise, ce n’est pas le médecin stagiaire (ou en tout cas trop jeune pour avoir vraiment exercé et connu autre chose qu’une épidémie de rhume des foins ou la grippe saisonnière) que je me réjouissais de découper à coup de questions acerbes avant de l’enterrer dans le sous-sol du parking ou au détour du toit végétalisé…

Le chirurgien qui se présente est chef de clinique, accompagné de deux jeunes médecins. Il est clair et précis et nous indique tout ce qu’il sait et les démarches entreprises… La biopsie n’a pas été analysée par un laborantin boutonneux peu attentif regardant sa BD manga d’un œil torve au lieu de se concentrer sur son trvail, mais à deux reprises et par le CHUV… Pour plus de sécurité, il a envoyé un échantillon à un spécialiste européen qui lui a fourni les mêmes conclusions : ce n’est pas malin… enfin pas grave…

Donc une masse a poussé dans le vendre de Madame, poussant les organes de côté ou en haut, sans que ce soit trop grave. Elle n’est pas branchée sur un organe ou à un endroit qui rende l’opération particulièrement dangereuse, mais compte-tenu de sa taille, il va falloir opérer. Le chirurgien répond à nos questions et nous indique ce qui va se passer le jour j, nous donnant aussi une date probable pour l’opération… Enfin une semaine probable, une fois malade, personne n’a besoin de travailler ou de s’organiser pour faire garder les punks, c’est bien connu !

Rencontre avec une infirmière qui pose les questions habituelles à Madame et lui explique encore maints détails sur l’opération. Nous repartons un peu rassurés, surtout que mes contacts me confirment que le chirurgien qui s’occupe d’elle est le plus compétent qu’on puisse trouver en Suisse, à égalité avec un Zurichois…

Il va sans dire que la profession ressort grandie, dans l’esprit du Père : sur la douzaine de médecins rencontrés par Madame, il y en a finalement eu un de compétent, ce qui représente un de plus que ce que je pensais et quasiment un miracle… J’attends l’opération pour me prononcer, mais il se pourrait que je finisse par reconnaître éventuellement que certains médecins peuvent avoir une efficacité légèrement supérieure à celle des marabouts ou d’un placebo…

Il nous faut attendre encore plus de 2 semaines et harceler une assistante ou deux pour avoir la date officielle de l’opération. Ce sera pendant les vacances, nous allons donc pouvoir caser 6 punks chez les grands-parents pendant un moment, mais la gestion va être sportive : avec un job commencé il y a peu, je ne peux pas prendre une semaine de congé pour son opération et la période d’hosto, et un mois pour la période de rémission… Pas sûr aussi que Madame soit sur pied pour commencer son travail en août, il va y avoir encore sujet à chronique, lecteur avide !

Dormez, les vacances sont loin d’être finies et vous allez encore devoir garder les enfants un bon moment avant que l’école vous en libère !