Amis des courbatures, des marmottes et du soleil, bonsoir !

Les beaux jours revenants, tu te réjouis, lecteur sportif et primesautier, de retourner risquer tes chevilles, coudes, genoux calleux, courbatures et ta santé chétive en générale sur les pentes abruptes de la région, et c’est bien normal ! Le Père aussi ! Mais contrairement à toi, qui n’est qu’oisiveté et perte de temps à longueur de journée, voire de semaine, Le Père a de quoi s’occuper : 6 punks et Madame essaie de remédier à toute velléité de calme, de quiétude ou de repos qu’il pourrait nourrir…

A cela s’ajoute la blessure au mollet qui a traîné plus d’un mois en début d’année, un manque de sommeil (endémique à la paternité, futur jeune père, fais-moi confiance, profite encore de cette liberté avant qu’elle ne cesse pour 35 ans !) crasse (pas une nuit de plus de 8h sur 2017 jusque-là ! – état au 10 juin 2017) et tu comprends que l’entrainement et la forme du Père sont à leurs paroxysme, le top de la performance, l’arme absolue contre le dénivelé, la montagne, le sentier, que même les cailloux craignent, il se sent d’attaque pour aller taquiner n’importe quel trailer professionnel sur n’importe quel terrain, difficile si possible !

Ok, à 2 semaines du premier trail de la saison pour Le Père, il peut courir toute une heure sans douleur à son petit mollet frêle et rachitique… Décompte du moment : la balance affiche 105kg, c’est probablement plus par jalousie qu’un reflet de la réalité, il va sans dire, le dénivelé de l’année est solidement scotché à 0m, à quelques décimètres près, et il y a près de 200km de moins au compteur qu’un an auparavant… Bref, Le Père est fin prêt !

Tout naturellement, quand le copain qui court la même course lui rappelle que c’est ce weekend et me fixe rendez-vous en milieu de nuit pour emmener Le Père en voiture à Saxon pour le Trail de la Pierre à Voir, il rétorque tout naturellement : Ok, pas de souci, à demain, je me réjouis !

S’en suit une soirée préparation de merdier de course… Le Père remplit un sac, qui aurait pu aisément contenir 1 punk ou 2 non froissés, de divers artifices ccensés aider lors d’une course, mais qui ne sont qu’autant d’attrape-nigauds destinés à masquer une triste réalité : une fois parti, dans une course, il faut courir, quel que soit le matos que tu as, car le matos ne va pas le faire à ta place, mais peut t’alourdir sensiblement !

La journée est splendide, il fait déjà trop chaud le matin. Nous nous arrêtons à la station-service et en profitons pour déjeuner (trop tard), et remarquer que le lac doit être bien frais, à cette époque et malgré le soleil. Bon, tu l’as compris lecteur montagnard, c’est du langage trail : bien frais signifie que même les poissons se pèlent les parties basses et qu’un phoque resterait prudemment à distance de ce liquide dont le seul contact pourrait te faire perdre un orteil…

Nous repartons un peu tard et peinons à nous garer, la ville de Saxon n’ayant de ville que le nom ! Le parking est toujours (depuis l’année dernière, je pensais que les Valaisans avaient fait un effort pour fêter la venue du Père ou pour le moins pour l’encourager à revenir dans une région aussi perdue !?) en bas du village et la marche toujours aussi longue…

Alors oui, je sais : en même temps, tu pars pour courir des dizaines de kilomètres et grimper 2-3 bosses, tu ne vas pas râler pour une petite montée dans un village ?! Eh bien si !

A l’arrivée, enfin au départ… Non, à l’arrivée dans l’aire de départ, nous allons choper nos dossards et Le Père, équipé d’une vessie de punk prépubère de petite taille, va faire la queue pour un passage aux toilettes… Lorsqu’il sort des toilettes, il reste 2 minutes avant le départ…

Remontant en courant vers l’aire de départ accompagné d’un « dedjudedjudedjudedju !!!! », Le Père finit de se préparer et rejoint l’arrière de la mêlée prête à se ruer sur la montagne innocente, bien que valaisanne…

C’est au moment où il rejoint les autres coureurs, qu’il réalise qu’il a omis de mettre ses manchons… Ok, lecteur technique et cultivé, tu vas me dire : bah les manchons ça ne sert pas des masses, et quand tu es plutôt dans la dernière moitié du classement, ça ne va pas faire une grosse différence…

Eh, oh ! Pipo mollo ! Un peu facile de critiquer du fonds de ton canapé, de ton fauteuil ministériel ou de ton jacuzzi avec vue sur le Cervin ! Et encore plus facile de se moquer !

Oh ! Le manchon, sur Le Père n’est pas nécessaire, il est obligatoire !!!! Oui, le manchon améliore massivement la performance du Père ! Comment ? Démonstration, car un exemple vaut bien 6’000 explications fumeuses…

Charles-Ludwig se promène dans la montagne valaisanne sans ses manchons, habillé d’un tee-shirt et short à carreaux. Marie-Caroline lui fait remarquer qu’il a omis de mettre de la crème solaire sur ses bras. Charles-Ludwig s’arrête, s’enduit de l’onguent mal odorant… Ca poisse, de l’herbe et un mouflon accompagné de ses mouches s’y collent, un nuage de coléoptères le suit à la trace et il faut répéter l’application toute les heures au maximum compte-tenu de sa sudation abondante… Au terme de sa petite randonnée de 11h, il aura passé 6h14 à tartiner ses parties exposées et commence à mieux saisir la raison qui pousse Le Père à s’enlaidir de tels appendices !

Toujours poursuivi par son « dedjudedjudedjudidjuuuuuuuu !!!!! », il retourne en courant dans la halle, rouvre son sac, celui qui est de la taille d’une localité valaisanne moyenne et plein de choses peu utiles, finit par localiser les susmentionnés manchons au moment où le coup de feu de départ retentit…

C’est donc à la course (normal), un peu après le dernier participant (toujours dans le domaine du possible), loin derrière son pote, que Le Père franchit la ligne de départ. Sac à dos pas mis, manchons pas mis, courant avec son matos dans les bras (blancs, nus et sans protection solaire).

Heureusement, c’est de la montagne : après 100m, ça commence à monter et il a le temps de commencer à s’habiller sérieusement. La foule en délire est déçue de ce strip-tease inversé, mais finit par se calmer, comprenant la raison de ce rhabillage…

Donc ça monte, en plein soleil, ou peu s’en faut. On part dans les abricotiers, mais ils offrent bien peu de protection, il y a de délicieux passages en forêt… Et ça monte !!!!!

Premier ravito, Le Père arrive dans un état proche de la mort clinique… Il trouve l’énergie de lancer aux bénévoles présents : on voit qu’on est en Valais : c’est pas 9h et il y a déjà un apéro !

Ayant pu manger un peu et boire quelques millilitres de coca, LA boisson du Père, il repart de plus belle. Il n’a pas fait 10km, ça monte toujours, mais pour le moment encore protégé par les arbres. Il n’y a plus des masses de coureurs, les premiers étant partis un peu avant Le Père et les plus lents étant à peu près aussi lents que lui qui, rappelons-le, n’est pas dans une forme stratosphérique…

Avant la course, Le Père a pris la parole sur Facebook, mentionnant ses projets à venir et demandant conseil, compte tenu de sa faible préparation cette année… L’accueil a été plutôt frais et critique, allant de la rigolade à l’agression, le facebookiste n’étant pas habitué au célèbre concept sparte du « ce n’est pas parce que c’est très con et que ça va piquer sa race que cela ne vaut pas la peine d’être tenté quand même ! ».

Donc en partant de 250m de dénivelé et en tenant une heure de course, l’idée est de faire le Trail de la Pierre Avoi (ou à voir, ce n’est pas clair et ça change d’un panneau à l’autre, ils sont fourbes les saxistes !), 2 semaines après l’Ultra Marathon de Zermatt, en courant si possible la veille et le lendemain, et 2 semaine après l’Ultra de l’Eiger, 101km, celui-là même sur lequel il a été éliminé l’année d’avant à la suite d’une entorse au 47ème km…

Ca monte, mais ça descend aussi de temps à autre… histoire de remonter après, ne te leurre pas, futur jeune père, à la base c’est mal plat tout le long ! Le Père est en communion avec la forêt et la montagne, dans une descente forestueuse et sympathique, et retrouve espoir : il se sent un peu moins comme le fond des toilettes sales d’une aire d’autoroute ouzbek et se dit que c’est finalement jouable. Regardant sa montre, il constate qu’il est à un peu plus de 12km/h, les premiers sont à portée et il va éclater tout le monde…

C’est heureusement sans témoin autre que les arbres et la mousse qu’il se fait satelliser par une saleté de jeune… Le gamin doit courir à près de 20km/h, Le Père en serait presque renversé ! Ok, il court sur la demi distance et est le premier… Mais merde à la fin, un peu de respect !!!!

10 minutes plus tard, Le Père est à nouveau à l’article de la mort, dans une montée ou un plat montant, en marche, toute velléité de podium l’ayant déserté, quand le 2ème de la course courte le dépasse en courant… Ok dans la descente, ça va… Mais courir dans les montées !? Franchement, les jeunes, faut vous acheter des potes, arrêter de courir tout le temps et aller fumer des joints avec vos chèvres, faut arrêter là !

Note pour le retour : insulter numéro 2 pour la simple raison qu’il est jeune, lui aussi !

Le 3ème de la course courte est 30 minutes derrière le premier ! La folie !

La montée dure et se poursuit… Je réalise vers 13km que je commence à avoir des crampes qui me tétanisent les jambes… Je me dis que je suis en train de faire l’équivalent d’un surentrainement… Malgré l’hydratation et le magnésium, ça ne passe pas. J’en bave et ça continue ! Je ne suis pas à la mi-course et trouve le temps vraiment long ! Je me demande s’il ne serait pas malin d’abandonner, à ce stade.

Ahahahaha ! Ok, j’y ai pensé, mais ne suis pas assez malin pour le faire, comme déjà mentionné ! Ca continue ! Très belle vue sur Verbier, avec les restes de l’incendie récent bien visibles. La montagne est splendide, mais même en haut il fait déjà presque chaud…

Le Père double quelques personnes, finalement, il ne sera peut-être pas dernier !!!! Il demande au passage à un parapentiste s’il ne prend pas les stoppeurs… La descente commence. Autant la montée piquait, autant la descente, avec les jambes tétanisées et qui commencent à ne plus très bien répondre ça fait mal !!!

Ce trail est une première pour Le Père, un dépucelage en règle… Non, il a toujours 6 punks, il n’est pas allé s’ébattre dans la nature avec un bouquetin, lecteur à l’imaginaire envahissant ! Il teste pour la première fois une courses sans ses Asics et avec ses récentes Hoka, reçues en fin d’année dernière et quasiment neuves (forcément, qui dit pas de dénivelé, dit pas de chemin et donc chaussures de route, pas besoin de crampon pour aller sur la route et à plat !)…

Comme beaucoup de ces nouvelles chaussures, et comme tout article de sport qui se respecte de nos jours, Le Père n’était pas fan du look… Une semelle épaisse qui lui rappelle les chaussures à plateau de Dédé la saumure, des couleurs à peu près correctes pour du matos de sport, bref, plus de craintes de nouvelles entorses que d’à priori positif !

Or, la Hoka Speed Goat est super confortable et donne envie de courir quand on l’enfile ! Je suis surpris, d’y être si bien et qu’elles ne soient pas lourdes… Elles semblent plus grosses qu’elles ne le sont vraiment !

Donc après une sortie près de chez moi (250m de d+ et autant de descente), je me dis qu’il faut les tester sérieusement, dans la vraie nature montagnarde !

Partie montée, rien à redire. La semelle en Vibram accroche grave et je ne la prends jamais en défaut… Faut dire qu’il fait beau et que le terrain est sec, mais je vois pas mal de coureurs patinant sur des racines ou des cailloux, mais Le Père passe sans encombre.

A la descente, pareil : rien à redire, une excellente accroche et pas de glissade, ça me change de mes anciennes Trabuco qui ont régulièrement des faiblesses sur certaines surfaces ! Malgré les chaussures et tout le reste, c’est la mort cette descente !!!! C’est raide, ça n’en finit pas, les crampes ne me lâchent plus.

C’est long une descente, quand ça ne va pas… T’as le temps de penser à la suite… je me dis que dans un mois je vais courir 100km et que ça va pas être possible… j’ai déjà de la peine à imaginer courir à Zermatt…

Bref, je finis ma course en mettant 40 minutes de plus que l’année d’avant… Je suis dans un état désastreux. J’ai du mal à marcher et, malgré les limites éloignées de ma tolérance à la connerie, me dis que les facebookers n’avaient peut-être éventuellement pas totalement tort dans leur analyse… Ok, ce constat ne dure pas longtemps et je n’avouerai jamais en avoir bavé autant sur une si petite distance…

Mon pote m’attend depuis 5 heures… Non, je rigole, il est bien meilleur, mais il en a bavé un peu aussi, bien que mieux préparé que moi. Nous buvons un coup sur une terrasse, avant de reprendre la route en direction de la civilisation… Enfin je veux dire le canton de Vaud !

Au retour nous faisons une pause sur l’aire d’autoroute du matin. Mon pote me suggère la baignade, Le Père scrute l’étendue liquide d’un œil peu convaincu… Elle a l’air froide, je ne suis pas motivé, mais me dit que cela fera peut-être taire mes douleurs… Ehehehehehehe !

Ok, ça rafraîchit ! On a l’impression de perdre le pied dès qu’on le met dans l’eau et on risque de le perdre sur les cailloux qui sont à quelques mètres du bord… Le Père parvient à se mouiller complètement, rassuré d’avoir déjà fait 6 punks : une eau aussi froide sur les parties basses ne doit laisser aucune chance à une descendance future !

Nous repartons assez vite. Le Père est dégoûté, sa première course de l’année est un désastre catastrophique d’ampleur nationale et il se demande ce qu’il doit faire pour la suite de sa saison ! Le doute profitant à l’accusé, il décide de laisser passer quelques jours avant de prendre quelque décision définitive…

En définitive, Le Père reste heureux de son choix de chaussures, ne souhaite pas revenir au Trail de la Pierre à Voir, malgré la beauté du site, a bien besoin de repos et rentre retrouver les punks… A mon retour, numéro 3 veut aller se balader… j’emmène aussi numéro 4 et 5, histoire de ne pas faire 3 balades. J’intériorise la douleur mais, malgré les tongs pour soulager les pieds et les punks motivés, Le Père a les jambes qui piquent et n’est pas très rapide !

Vient le moment tant attendu : la douche et le coucher… Les statistiques sont en forte hausse : dénivelé cette année 2’710m, poids toujours 105kg, +/- 10 litres de transpiration et une première nuit de plus de 8 heures, Le Père is back !!!

Dormez bien, la semaine n’est pas finie et la chaleur revient en force !