Amis de l’école et des punks, bonsoir !

L’école a repris et les réseaux sociaux fleurissent de photos de parents heureux, libérés, enfin débarrassés de leurs punks qui, eux, font la gueule en partant à l’école… Derrière cette photo d’Epinal, tu l’as bien compris futur père de famille nombreuse, la réalité s’avère tristement moins rose, hélas !

Une fois à l’école, tout va mieux, tout est plus simple, la maison est enfin calme, propre et rangée, non ?! Ahahahahah ! Non, je rigole…

Réalité : réveil au plus tard à 7h20 pour réveiller les punks… Les vacances étant finies, ils n’ont plus aucune raison de se réveiller trop tôt pour te pourrir ta grasse matinée de 8h45… Les punks font donc la tête, de bonne heure, systématiquement… Ils sont du matin, certes, mais que le weekend et pendant les vacances !

Tu cours dans tous les sens et commences à hurler dès 7h25, au premier accrochage (quand les deux premiers punks se croisent, tel le tétranitrate de pentaérythriol au premier choc), avec la voix froide, la tête au fin fond du c… (ça pique !), et stressent tout le monde pour que le départ se fasse dans les temps… Ce qui n’arrive jamais !

Numéro 2, en arrivant en bas, sans son tee-shirt ni ses chaussettes, s’assoie sur le canapé pour lire une BD, avec la vélocité de l’aï centenaire rhumatique, comme s’il avait toute la matinée devant lui. Numéro 3 arrive en boudant, pour une raison ou une autre, et s’assoit à table pour jouer avec un camion, du genre qui aurait dormi une semaine dans une rue chaude de Harlem : il manque une roue, la portière a été arrachée et le reste semble avoir parcouru 1’000’000 de kilomètres dans des pays émergents avant d’être brûlé par des manifestants français… Personne ne semble pressé de mettre la table. Numéro 2 dit tout de même, au bout d’un moment, toujours depuis le canapé, toujours en lisant : j’ai faim, c’est quand qu’on mange ?

Je regrette d’être pieds nus, saisi par une puissante envie de lui envoyer une godasse en 48 garçonnet à travers la tronche ! Je re-hurle, avant d’avoir la présence d’esprit de corriger sa prose écorchée, et tout le monde se met en mouvement… (Je n’ai pas dit rapidement…) le français progressera un autre jour !

Ma princesse descend, belle comme le jour, mais de la même humeur que le rugbyman Chabal sous crack qui serait très fâché et chargerait contre le 15 All Blacks au grand complet tel le rhinocéros laineux de mauvais poil (enfin de mauvaise laine !?)… 4 seconde de calme, puis elle décoche un missile à un de ses frère qui se lève pour aller lui taper dessus en couinant…

A ce moment-là, précisément, tu as une pensée, père idéaliste et jovial, pour ces familles qui déjeunent dans le calme, avec le sourire et dont les rares bruits sont couverts par la suite no1 en G de Bach jouée par Mischa Maisky. Ce n’est pas de la jalousie, juste de la haine noire et pure !

Je re re hurle et tout le monde boude ou fait la tronche : c’est trop tôt de toute façon, merde à la fin !

J’essaie de stresser tout le monde, une fois de plus. Entre les provocations, les punks font les singes : blagues, grimaces et cris dominent la maisonnée… Numéro 5 n’est pas encore tombé du plume, vaine tentative paternelle pour faire revenir le calme et faire partir ceux qui doivent pour l’école dans les temps…

Encore 17 ans et quelque à tenir ! Note pour plus tard : trouver un psy et/ou un antidépresseur en dose pour rorqual !

Je ne sais pas si tu as remarqué, jeune père insouciant et fashion victim, mais les punks, hormis ma fille, ont une approche personnelle de l’habillement… Madame sort religieusement des affaires pour chacun, chaque soir, les disposant chaque fois à la même place pour éviter tout malentendu ou de vexer le punk qui, nous ne saurions trop le répéter, n’est pas du matin…

La plupart du temps, les punks descendent : en culotte, en pyjama, habillés, mais pas complètement, habillés mais avec les mauvais habits, des habits sales ou dépareillés (en même temps, l’instruction : va mettre des chaussettes ne précise pas que les chaussettes devraient être assorties, si possible de la même couleur… et laisse donc place à l’interprétation ou la création artistique), sans pantalon ou sans pull, avec le pull d’un frère qui donc fait la tête ou veut le taper, …

Mais… Oui, lecteur attentif, tu as remarqué, la question te ronge… Pourquoi le Père se lèverait le matin tôt pour s’occuper des punks, c’est normalement à Madame que revient ce bonheur, cette joie, que dis-je, ce privilège !? Une nouvelle fois, à trop la soutenir, je risque en faire une assistée, pire, une mère oisive… Dieu nous garde !

Madame, donc, en plus de ses loisirs habituels, effectue de temps à autre des remplacements… Sorte de hobby rémunéré qu’elle accepte principalement pour se débarrasser des punks et abandonner lâchement son mari dans l’adversité crasse, sorte de vengeance féministe pour mère au foyer… Le tout avec la complicité de l’Etat qui la rémunère, trop peu fort heureusement !

Donc je suis d’astreinte, supposé en vacances, pour surveiller les punks… Ce n’est pas rentable, mais nous n’allons pas ergoter sur de basses considérations matérialistes ici… Pour une fois qu’un hobby de Madame est salarié, je ne vais pas l’accabler !

La rentrée, avec 4 punks qui débutent le même jour, à la même heure, est un brin sportive, surtout quand numéro 4 décide que, finalement, il n’a pas tellement envie d’y aller ! Le petit Pouillet, tout timide, va en classe avec sa mère, numéro 3 avec son Père et tout se passe bien pour la première matinée.

Moment de nostalgie du camp Kidsgame de cet été avec les grands qui n’étaient pas là pendant quasiment toute la semaine, y compris les midis (c’est mieux que l’école, même si cela implique de préparer des sandwiches, et ça dure plus longtemps dans la journée !)… L’apéro qui ponctuait la semaine, avec la perte de numéro 2 (retrouvé après plus d’une demi-heure de recherche…), la blague de numéro 4…

Je ne vous ai pas raconté ? Nous sommes à l’apéro, les gens et les enfants se ruent sur les différents buffets, jouent, font la queue pour des crêpes ou une barbe à papa, jouent et courent partout en fonction de l’âge et de l’état de chacun et se bâfrent avec la grâce et la légèreté du sarcophilus harrisii au moment du casse-croûte, ou la classe du jeune cul noir du limousin… Il y a naturellement barbecue et pas mal de confusion autour des tables de buffet, où chacun se sert de légumes crus, sandwiches et autres… Numéro 4 se retourne, sur la table une assiette avec deux saucisses semble irrésistible. Il prend une saucisse et croque un morceau…

Ma belle-mère lui dit vivement mais en chuchotant : « Non ! Ce n’est pas ton assiette ! C’est celle de la dame ! ». Numéro 4 repose le reste de saucisse aussi vite qu’il l’a prise, la dame n’a rien remarqué, le tout n’ayant pas duré 43 millièmes de seconde, et reprend son assiette avant de repartir pour une autre table… Junior est tout gêné, nous sommes morts de rire !

Les punks ont appris très jeunes à voler, surtout de la nourriture, pour survivre et pouvoir faire face dans ce monde de brute… Nous encourageons très tôt ces penchants, car cela permet d’être sûr qu’ils aient un vrai métier d’avenir et ne finissent pas dans une banque, prof ou je ne sais quelle fonction déshonorante ou honteuse…

Ca se retrouve à tous les âges, cette attitude de chapardise ou de racket : numéro 4 est à table, maculé de sauce tomate et fromage râpé jusque dans les cheveux… Soudain, il se lève et décrète : je vais faire pipi ! Départ en courant, (oui jeune père, c’est de là que vient l’expression : ça l’a pris comme une envie de pisser !) il a à peine fermé (pour une fois !) la porte des toilettes, quand numéro 5 escalade sa chaise et se met à manger l’assiette de son grand frère à pleines poignées avant de repartir jouer en criant : Iiiiiiistitiiiiiiiiiilllllleeeee !.

Quand numéro 4 revient des toilettes, il est très fâché : Il y a des sujets avec lesquels on ne peut pas plaisanter et son assiette de pâtes en fait partie ! Boudage et détestation fraternelle pendant 10 minutes… Il essaie même de faire les gros yeux à son petit frère en fronçant les sourcils… Le résultat semble plutôt drôle, surtout avec la bouche en cul de poule… S’il commence aussi à se faire brimer par son petit frère, où va-t-on !

Donc nostalgie des vacances, de ces moments sans plan ni obligation, ni activités… L’année repart avec son cortège de contraintes et ses journées blindées d’âneries à penser et faire : aller mettre les punks à l’école, aller les rechercher, sans en oublier un seul (Madame sait compter et s’en aperçoit assez vite lorsqu’il en manque un !), partir pour une activité, revenir à vide, en remmener un autre pour un entrainement, aller tous les rechercher, surveiller les devoirs, laver les punks de temps à autre…

Or, le remplacement de Madame au gymnase de Nyon commence naturellement le jour de la rentrée, compliquant quelque peu l’organisation quotidienne… Il coïncide, bien entendu, avec un cours d’une journée à Lausanne auquel je suis tenu d’aller. Je lui laisse ses loisirs mais suis un peu inquiet : aller s’occuper de 20 enfants pour échapper aux 5 tiens qui sont, de plus encore jeunes, ça m’inquiète un peu… En plus, comme ils sont de moi, ils sont forcément plus sympathiques et polis que ce que peuvent être ceux des autres… Dur à comprendre…

Qui dit rentrée, dit aussi réunion de profs… Le(a) maître(-sse) veut vous faire voir que, contrairement à ce que pourrait laisser penser la contemplation de son plan et de ses horaires de travail, ses vacances et le fait que nos enfants sont tous des génies qui n’ont besoin de rien et son sage en classe, elle bosse.

Tu te retrouves donc, cher jeune père placide et encore un tantinet enthousiaste, assis sur une chaise taille XXXXXS, confortable comme une selle de vélo en marbre, quand tu n’as jamais fait de vélo et que tu pars pour 350km au taquet (du genre ou il te faut 6 mois pour remarcher dignement, sans que tout le monde pense que tu sors d’une tournante musclée, dans une cave d’une banlieue peu fréquentable de Douchanbé…), à écouter la bonne parole, pendant beaucoup trop longtemps… Une fois par enfant !!!! Pour simplifier la vie des parents de familles nombreuses, il y a plusieurs réunions à la fois…

Cela a un effet extraordinaire à mes yeux : on ne doit pas se taper 4 fois les réunions et on est forcé de se les répartir… Les maîtresses des punks ont l’air, pour le moment et au premier abord (à part leur choix de profession qui soulève, pour le Père, beaucoup de questions…) normales et pas autrement méchantes. Comme elles n’ont pas l’air armées, je m’inquiète pour elles face à autant de punks, dont certains ne sont pas de nous rappelons-le et donc beaucoup plus difficile certainement, mais après tout je ne peux pas m’occuper de tout le monde !

Pendant que je regrette, pour une fois, de ne pas avoir 48kg de plus au niveau du postérieur pour adoucir ce moment fort peu confortable (ils font décidément tout pour décourager les enfants d’avoir envie d’aller à l’école !) et d’avoir des jambes non démontables, j’essaie de lire ce que mon fils a écrit dans ses cahiers jusqu’à maintenant… Son programme ne m’intéresse pas particulièrement, ni tout le blabla, mais je prends religieusement des notes, pour le cas où Madame ferait une inter surprise à mon retour… Un coup de rouleau à pâte en marbre est si vite arrivé…

Je vais parler 5 minutes avec la maîtresse, pour voir si junior menace aussi de se tuer ou de la tuer dès qu’elle lui dit non pour quelque chose ou lui demande de faire ce dont il n’a pas envie… Elle me dit que tout va bien pour le moment. J’hésite à lui dire que nous n’en sommes qu’à deux semaines et qu’il doit encore être un peu timide, qu’elle ne se réjouisse pas trop vite… Mais préfère lui laisser son illusion et donner la chance à un autre élève de faire pire que le mien avant que junior ne perde sa timidité.

La maîtresse me dit : Ah, oui ! Il est très demandeur et tactile, mais sinon je n’ai pas eu besoin de le cadrer trop… J’imagine déjà mon fils expulsé de l’école pour attouchement sur une petite collègue blonde à couettes, avec un scandale retentissant dans les journaux, mais elle voulait juste dire qu’il lui touchait le bras au lieu de lever la main… Jusqu’ici, tout va bien !

Elle ne doit pas avoir réalisé que, quand tu as 4 frères et sœurs, lever la main ne suffit pas… Si tu attends pour parler qu’on te donne la parole, tu finiras comme l’anachorète qui aurait corsé sa condition par un vœu de silence… Et tu mourras de faim en prime, si tu ne parviens pas à t’imposer, la vie dans une famille nombreuse est un monde cruel !

Les grands retrouvent vite leurs marques : numéro 2 recommence à oublier des choses à l’école dès la rentrée ou presque, numéro 1 travaille et lutte contre la dyslexie en ayant, normalement, des bonnes notes et numéro 3 est content d’aller à l’école quand il ne déteste pas et ne râle pas. Numéro 4 s’habitue rapidement à l’idée d’aller à l’école et trouve du plaisir à y retourner, passé les 3-4 premiers jours.

Madame n’étant pas là une bonne partie de la semaine, je profite de mon temps libre pour tester ses loisirs : amener les enfants au judo, basket, rugby, judo encore, lave-vaisselle et autres drôleries… Ca me permet de me rendre compte, une nouvelles fois, qu’elle ne fait finalement pas grand-chose quand je ne suis pas là ! En Chine, Le Père lui aurait donné des tee-shirts à coudre ou des nems à rouler pour arrondir les fins de mois, mon laxisme causera ma perte !

Après quelques jours, je descends à la cave, tourne et retourne dans le sous-sol… Il me faut moins de 25 minutes pour localiser une pièce bizarre, que je n’avais pas vraiment remarqué jusque-là…

C’est dingue ! La pièce est petite, assez mal foutue, trop chaude, sans ventilation, sans fenêtre… Je me demande pourquoi Madame y passe tant de temps, je pensais qu’elle avait meilleurs goûts (elle m’a choisi, tout de même, je m’attendais à mieux !)… Des machines plus menaçantes les unes que les autres remplissent la pièce trop exiguë… Des machines sont toutes blanches, avec trop de boutons et aucune ergonomie… Quel manque d’imagination ! J’espère que le designer n’en est pas fier et n’a pas été payé pour ça !

Je lance une lessive, un sèche-linge et repart… Je pars du principe que, dans le meilleur des cas, si je me plante d’une centaine de degrés pour une lessive ou met un habit au sèche-linge qui n’y va pas, les habits seront toujours assez grands pour habiller numéro 5… ou pour les poupées de ma fille… En même temps, si je fais ça trop bien, Madame va vouloir abuser et que je le fasse plus régulièrement, je la connais !

Je vais faire une pause, à ce stade, pour entretenir ma popularité, déjà immense … Oui, jeune père innocent et empoté, le Père est parfaitement capable de cuisiner, lancer une machine à laver et un sèche-linge… Progressiste ? Eheheheheh ! C’est surtout que si une femme y parvient… je dois pouvoir le faire au moins aussi bien !

Ca va, arrêtez de vous vexer, je ne suis pas vraiment comme ça, lecteurs et lecteuses assidues… Je suis bien pire !!!

Bon, donc pas de dégâts majeurs à la garde-robe des punks, quasiment aucun vêtement n’a perdu 6 tailles ou changé massivement de couleur, la situation est sous contrôle ! Au pire, en cas de bavure, je peux toujours jeter ledit vêtement : avec 5 punks, ils peuvent toujours l’avoir perdu et, à de rares exceptions près, ne s’apercevront pas de sa disparition…

Pour éviter de tuer un punk, de hurler trop et pour se détendre, le Père continue bêtement de courir… Ca tombe bien, il fait à nouveau nuit quand je peux quitter le domicile conjugal et punkif… Ca me manquait !

La frontal ressort, ainsi que les manches longues, les couches se rempilent et tout va bien…

Or un samedi, le Père court. Parti à 21h15, entre Gland et Rolle, comme un pauvre sans ami, le long de la route du lac… Dans la nuit, j’aperçois au loin un feu clignotant… Je n’y crois pas tout de suite : le Père n’est pas le seul à ne pas avoir d’ami et à courir bêtement le soir, un samedi, tout seul comme un con !?!?!

La personne doit avoir plus de 800m d’avance sur moi, et bien que progressant à la vitesse de la philomycus carolinianus le Père finit par rattraper une femme qui court avec sac à dos et frontale… Je lui souhaite bon courage et poursuis.

Plus loin en sortant de Rolle, un Range Rover venant en sens inverse s’arrête en plein milieu de la route du lac et le conducteur me crie par la fenêtre : Allez ! Courage ! Bravo !

Oh, il a quoi le Genevois !? Me nargue ? Vais lui faire le Range façon puzzle s’il continue ! L’alcool et la drogue n’excusent pas tout ! Il n’est pas sur Genève… Ici les gens disparaissent… Va falloir 7 ans pour qu’on retrouve son Range au fond du lac…

Je me calme et reprends le chemin de chez moi. Je vois arriver une coureuse accompagnée par une personne en vélo… La coureuse porte un dossard… Mais !? C’est quoi cette course de tarés que je ne connais pas encore !?

Au 4ème participant, seul dans la nuit (entre temps il est plus de 22h) un samedi soir, je m’arrête, éteins ma frontale et lui demande ce qu’ils font…

Ben c’est l’ultra tour du Léman ! On est parti ce matin de Villeneuve, on a fait plus de 105km, il ne reste que 70km environ…

Il a plu une partie de la journée… Le tour se fait quasiment exclusivement sur bitume, avec pas trop de ravitaillements, au bord de routes cantonales oscillant entre très fréquentées et blindées de monde… Le Père se dit que, finalement, il n’est pas si con que ça à la fin ! Ok, il court de nuit les ¾ de l’année, seul comme un niais, souvent le weekend… Mais au moins il ne fait pas 175km sur du bitume !

La semaine se termine, les punks sont crevés, les chambres éclatées, soyez forts et reposez-vous : les vacances approchent !