Amis des biquettes et des bosses, bonsoir !

Je sais déjà ce que tu vas dire, lecteur fidèle et néanmoins attentif : tu as fini 3ème à l’Ultraks ????? Bravo Le Père !!!

Qu’est-ce que ça aurait de si surprenant !? Ton manque de confiance en mes capacités me fait une peine énorme…

Non, c’est ma 3ème participation ! Je suis quand même vexé que tu n’y aies pas cru 10 secondes…

Retour à Zermatt ! Ses chèvres bicolores, ses moutons, ses touristes japonais, chinois et autres trailers qui s’ébattent en toute liberté sur les coteaux pentus, mais c’est surtout le Cervin ! Zermatt où il fait tout le temps beau… sauf le jour de l’Ultraks en cette année de grâce 2016 !

Rappel des faits quant à l’Ultraks 46k : partant de Zermatt, cette délicieuse balade bucolique fait monter les coureurs (marcheurs, seuls les quelques premiers peuvent courir dans des montées pareilles !) au Görnergrat en passant par le sommet de la montagne (passage à plus de 3’100m, vue à couper le souffle sur les plus hauts sommets suisses), avant de redescendre presque jusqu’à Zermatt (Furi est à 1’880m)… Pour remonter à Schwarsee (2’600m) par une montée diabolique qui coupe les petites pattes arrières… pour redescendre à 2’200m, avant de remonter quasiment à 2’800m, avant de re-re-redescendre sur le dernier ravitaillement à Trift (2’337m), pour remonter une dernière fois de quelques mètres et descendre sur Zermatt, en passant au-dessus de la gare…

Les meilleurs ne mettent pas 5h, ils courent tous les jours, pèsent le poids d’une de mes jambes, courent à la vitesse d’une moto sur le plat, n’ont pas d’amis et je les déteste… Il faut finir en 11h maximum pour être classé, ce qui laisse peu de temps pour un pique-nique ou pour causer avec les biquettes… Après 11h, les passants jettent des cailloux sur les derniers participants en hurlant des insanités… Non, après tu n’es simplement plus qualifié, c’est comme si tu n’avais jamais fini, un DNF qui va hanter ton moral pendant des décennies…

Prenons un peu de recul, lecteur avide et cultivé, pour parler histoire… Lors de ma première participation à l’Ultraks, jeune et pimpant Père de 40 ans,, j’avais bouclé le tour en 10h46, finissant 80ème de ma catégorie… Ok sur 86 participants, dont les 6 derniers avaient abandonné ou été disqualifié (le fameux DNF : Did Not Finish)!

Je n’avais quasiment pas dormi la nuit précédente, pas pu manger le matin avant le départ et vraiment morflé dans les premières montées, me mettant tout de suite dans le rouge, pour morfler ma race pendant 10h46, shootant chaque pierre du parcours à partir de Schwarzee, saupoudrant alors mon parcours de jurons colorés… Trop fatigué, je n’avais même pas pensé à aller chercher mon tee-shirt finisher après avoir passé la ligne d’arrivée.

L’organisateur, dans son immense mansuétude, ou juste par pitié, avait bien voulu me l’envoyer plus tard, en rigolant de mon argutie quant à la taille du Père et son classement inéquitable, mais suggérant, déjà, d’envisager les 16k ou 33k… Je m’étais donc tout de suite inscrit pour le 46k de l’année suivante, par esprit de contradiction et montrer que, telle la biquette des montagne, je ne lâchais rien !

L’année dernière, suite à mes problèmes genouesques (voir l’exceptionnelle chronique de l’année dernière  http://lepereindigne.blogspot.ch/2015/08/ultraks-retour-de-course.html), j’avais mis 10h57, finissant 425 sur 434 qui avaient fini (565 inscrits) et 132ème de ma catégorie (171 inscrits, 134 finishers, tcheu la honte ! Jusqu’à chez moi dans le canton de Vaud, des gens me jetaient des emballages de gel vides ou autres résidus de ravitaillement)…

Avec un manque de confiance patent en mes capacités et une certaine effronterie, mais somme toute beaucoup de réalisme, l’organisateur me félicitait alors, sans rigoler ni me rappeler qu’il me l’avait dit (effort courtois), mais me rappelait qu’il n’y avait toujours aucune honte à courir le 33km ou moins…

Je m’étais donc immédiatement réinscrit pour le 46k, une fois de plus, par défi et pour montrer que Le Père peut faire montre d’une pugnacité hors norme, même dans la connerie !

Donc, Le Père a naturellement fait soigner ses genoux… En juin 2016 alors que cela durait depuis juillet 2015… S’est entraîné comme un fou… Enfin, 500km de moins que l’année précédente, du fait des genoux sus-mentionnés, des punks, du manque de motivation, du mauvais temps, de la position des étoiles et autres considérations importantes…

Je monte à Zermatt vendredi dans l’après-midi. En route, appel d’un copain pour me dire que nous mangeons à 19h au Gampi’s et que nous serons 8… Ca résout tout de suite un de mes problèmes, il ne me reste qu’à poser mes affaires à l’hôtel et aller chercher mon dossard !

Début de préparatif de sac et des affaires pour le lendemain… 14 configurations différentes sont réfléchies, étudiées, disséquées et je finis par partir pour la plus simple : sac, 2 bidons de 0,75l, ce qui est trop et mon sac va se balader, mais tant pis, bâtons, chaussettes, chaussures, manchons, montre à charger et tenue prête, de la bouffe (toujours trop, bien que moins que les autres fois)…

La météo annonce un ciel couvert, avec de la pluie en début d’après-midi… Comme je connais les météorologues, je ne me réjouis pas trop vite et prends un coupe-vent étanche, sans trop croire qu’il pleuvra. La première année, ils annonçaient de la pluie en fin de journée et j’avais souffert du temps (trop chaud à mon goût) et de pluie nous n’avions point eu !

 Le Cervin est légèrement couvert d’un bonnet de nuages quand je vais recevoir mon dossard. Je note qu’ils auraient au moins pu le découvrir le temps que je fasse une ou deux photo… Les Zermattiens n’ont pas le sens de l’accueil du touriste… Sans doute la renommée internationale leur sera-t-elle montée à la tête !

La ville pullule de coureurs. J’ai payé deux Tchétchènes (tueurs sociopathes de leur état, 228 kg combinés de méchanceté, de brutalité et mauvaise humeur…) pour qu’ils pètent les genoux de tous les gars ayant l’air un peu aiguisés ou avec des chaussures de course, avec une limite supérieure à 1,90m, pour être safe, au cas où ils me prendraient, par erreur, pour un gars affûté…

Ok, pendant la course, on doit être fair-play, aider son prochain, respecter les autres concurrents… Rien dans le règlement ne parle de la veille ou de l’avant-course !

Super repas avec des Fribourgeois dont la moitié court. Un autre coureur est inscrit pour le 46k et me dit que nous nous reverrons le lendemain… Comme il ne pèse que 85kg et court des marathons depuis pas mal de temps, je pense que nous allons surtout nous voir sur la ligne de départ… Nous nous quittons et je retourne à l’hôtel pour re-réfléchir et redémonter 3 fois mon sac, habité du secret espoir de me coucher tôt pour bien me reposer…

Naturellement, bien qu’étant crevé comme un sumo qui aurait monté les trois étages de la tour Eiffel par les escaliers au sprint, je n’arrive pas à dormir tout de suite, finissant par trouver le sommeil vers minuit 30, pour me réveiller 5h plus tard…

Je décide de couper au petit déjeuner et me concentre sur les bananes et autres casse-croûte prévus à cet effet. Je m’équipe lentement, me tartine de crème solaire (Mais, la météo annonce de la pluie !? Ahahahahahaha ! Petit scarabée… Je suis météosceptique de confession, ascendant douteux complotiste) et pars dans des effluves d’anti-tique… Ca sert probablement à rien, mais ça pue, c’est toujours ça de pris !

Tout semble prêt… Je pense avoir tout mon matos… Garmin m’a changé ma montre marseillaise (celle qui annonçait 3-5 km de plus que le vrai tracé), la nouvelle semble plus précise mais me laisse une trace rouge urticante à l’endroit de la ceinture et du capteur cardiaque, mes chaussures sont assez portées, mais pas trop vieilles, je n’ai plus mal au genou et ai dormi un peu plus que la première fois… Fin prêt !

Ok, j’ai une cheville qui sort d’une entorse (cheville droite, voir mon délectable, même si un brin humiliant, récit de l’Ultra de l’Eiger http://lepereindigne.blogspot.ch/2016/07/77-dnf-did-not-finish.html) et est équipée d’une atèle et je commence à être malade (diarrhée nasale et gorge en feu avec des ganglions de hamster ayant avalé deux melons…), je suis au top pour une nouvelle performance de folie ! Au moment de quitter mon hôtel, je me sens plutôt comme le fonds d’un WC sans lunette, dans la banlieue chaude d’Arkhangelsk…

Pour augmenter mes chance d’un classement favorable, en plus des Tchétchènes susmentionnés, j’ai versé un laxatif puissant dans les termos de café et de thé des différents hôtels de Zermatt… Désolé, à l’Ultraks comme à l’Ultraks ! Une course se prépare à l’avance et se gagne sur des détails, pas avec du fairplay…

7h15, arrivée dans la zone de départ… Étonnamment, aucun mouvement de foule ou de fan club scandant « Le Père !, Le Père !, Le Père ! »… Je suis un peu déçu et en parlerai à l’organisateur, cet anonymat ne peut plus durer ! Je retrouve Stephan dans la zone de départ, il est chaud et prêt pour une journée de folie !

Contrairement aux autres années, nous ne nous mettons pas tout à l’arrière… Départ ! Je suis tout de suite quelques mètres derrière mon collègue, qui ne boxe définitivement pas dans ma catégorie…

Alors autant je suis pétri d’humour et de bonnes intentions, autant dire que je suis trop gros ou lourd pour aller aussi vite que lui pourrait t’attirer une main sur la tronche, ou une rencontre privilégiée avec un Tchétchène, cher futur père… On ne peut pas forcément déconner avec tous les sujets non plus…

Je cours quasiment jusqu’à l’entrée dans la forêt, début de la première montée… Mon cœur bat trop vite, ce n’est pas terrible, je renifle comme un jeune môme en rupture d’éducation mais suis encore vivant… Je regrette de ne pas avoir pensé à emporter 2 tampons hygiéniques pour stopper un instant mes reniflades en me les fourrant dans les tuyaux à moque. Bien que dénué de toute éducation, ça me dérange un peu qu’on m’entende arriver au reniflement, plutôt qu’au bruit de mon pas altier et jovial…

La première montée pique… Surtout que, comme d’habitude, je double bêtement des coureurs plus lents, ce qui demande beaucoup trop d’énergie et risque me mettre dans le rouge… Enfin, le cramoisi, je suis rouge dès que je cours. On est aussi entraîné par le rythme et ça use alors qu’on est que dans les premiers kilomètres !

Premier ravitaillement, je rattrape Stephan qui a pris une pause plus longue et nous commençons la première descente… C’est par là que l’année dernière j’avais perdu mon genou droit et avais commencé à marcher… Là, ça va pas mal, je gère bien et trouve la descente agréable. Stephan m’a dépassé et avance vraiment bien, je le relaisse partir et me demande si je le reverrai avant l’arrivée !

La descente ne dure pas longtemps et… ça remonte ! 2’000m – 3’100m… autant la montée d’avant piquait, autant celle-là te fait te poser la question sur ta pratique sportive, ce que tu fous là et pourquoi tu ne fais pas du golf, avec des godasses et un pantalon ridicule, merde aussi !

Le Père fait moins le malinois, d’un seul coup… Trimbaler 100kg, même pour un demi-dieu, ça fait mal. Je me fais rattraper puis doubler par tout un aéropage de coureurs… Du jeune au vieux, puis à l’arthritique, aux gars avec les jambes cassées et les béquilles pour finir par des petites vieilles avec leur yorkshire… Toujours vivante, même après l’année dernière ? Il n’a vraiment pas fait assez chaud cette année…

Le temps est couvert, mais il y a trop de monde pour que je tende des croche-patte ou bouscule quelqu’un… Je fulmine intérieurement avec le peu d’énergie qui me reste. Dans le raidillon juste avant d’atteindre la crête qui conduit au Görnergrat, je suis dépassé par un fauteuil roulant électrique… Je m’écrie : « Stephen Hawking ?! Nice to meet you !!! ».

Regard de travers du gars surpris qu’on lui parle ou qu’on ose l’interpeller…

« Mais si, j’ai lu la moitié de tes bouquins, tu ne te souviens pas de moi ?! »

Il fait mine de ne pas me reconnaître – maudit British ! – et accélère. Je crache dans sa direction, atteins la batterie de son siège qui disjoncte. Il se met à dévaler la pente en marche arrière à toute allure en vociférant de manière inintelligible, emmenant quelques concurrents au passage… On est bien peu de chose, mais quelle perte pour la science ! Si je gagne, je dédierais ma victoire à l’astrophysique et ce grand homme parti trop tôt !

Je redépasse short moisi… Non, il n’a pas de trace fongique, mais je suis émerveillé qu’un designer, même dans le domaine du sport où ils osent tout en toute impunité depuis des années, ait pu commettre une horreur pareil… Il est encore plus impressionnant que quelqu’un ait pu vouloir l’acheter ou osé le vendre… N’est pas Wawrinka qui veut ! Ce n’est pas tout d’avoir un short improbable, encore faut-il les performances qui vont avec !

Arrivée au ravitaillement du Görnergrat ! Les montagnes sont couvertes, mais du coup il ne fait pas trop chaud. Je remplis à moitié mes bidons : il n’y a que de la descente jusqu’au ravito suivant, pas besoin d’être trop lourd ! Descente relax avec des pointes dans les parties pas trop raides. C’est assez agréable, mais avec la pluie qui a commencé à tomber, je passe en mode coupe-vent et essaie, étonnamment, de ne pas me péter la tronche.

N’ayant trouvé aucun sponsor intéressé par mes performances, hormis Pampers… Non, pas à cause de mes performances de merde ou de mes fuites gérontiques, jeune père arrogant (tu vas finir par le choper, le coup de tatanes que tu cherches depuis quelques remarques…)! A cause des 5 punks naturellement ! Il faut dire que nous avons lâché plus d’argent chez Pampers qu’Emmanuelle Béart en lifting ou que Ribéry en, comment dire…, nièces ?! Je me retrouve en coupe-vent rouge vif, short gris sombre, chaussures fluo et casquette avec protection pour la nuque…

Dans le meilleur des cas le photographe va me demander EUR 600 pour retoucher la photo, au pire il la jettera en pensant qu’elle est loupée, irrattrapable ou que sa balance des couleurs doit être plantée…

Rien ne m’arrête, pas même l’esthétique et je poursuis ma descente ! Arrivé au ravito, j’ai la dalle, je mange un peu, surtout des Tucs, qui sont pléthoriques, comme le bouillon et tant de choses ! Ami boulimique, si tu veux un buffet à volonté, c’est le bon endroit… Mais ça se paie : il faut l’atteindre !

Les bénévoles sont très sympas, bien qu’il pleuve et qu’ils doivent un peu se les peler… A leur place, j’aurais probablement fini la bouffe et plié depuis une heure, ou jeté des morceaux de bananes sur une partie des participants en les invectivant vertement ! Remplissage de gourde, mélange magique avec deux sachets isotoniques, je repars la bouche pleine et des tucs à la main, en marchant pour finir de manger…

Partie plus ou moins plate, nous longeons la montagne, il pleut. Je rattrape des gens, mais il y a moins de monde. Je m’aperçois qu’il y a des gens qui courent en équipe et qu’ils ne sont pas forcément en meilleur état que moi. Je suis vanné, mais j’arrive encore à courir sur les parties roulantes.

Nous arrivons au point que je redoute : nous sommes au pied du début de la montée de Schwarzsee ! 700m de dénivelé, même sans trop de soleil, ça fait très très très mal !

Le Père, bien qu’une force de la nature (par obligation et à force de traquer le punk), prend cher, comme la plupart des gens… Ca fait la 3ème fois que short moisi me redépasse… Il y a toujours trop de monde pour que je ne tente un coup de bâton ou que j’essaie de la pousser d’une falaise… De toute façon je n’ai pas assez d’énergie pour un coup bas !

Arrivée à Schwarzee et ravitaillement… Le Père revit ! Il faut dire que malgré le temps couvert, savoir qu’on a fait le pire aide… En plus il ne fait pas trop chaud et je peux manger un peu : Tucs à gogo, coca pour tout le monde (c’est ma tournée !) et je repars en direction de la descente en continuant de me baffrer de Tucs !

500m plus loin, j’arrête de me baffrer : entre la descente où j’essaie de courir et le Tuc, je n’ai plus de salive et quasiment plus d’humidité dans le corps ! Je bois un peu et repars de plus belle, bien décidé à courir dans chaque descente ! Descente rendue parfois un peu glissante par la pluie sur les cailloux.

Je dépasse quelques concurrents, pas toujours facile et petite perte de temps par endroit. Très casse-gueule à un passage entre pierres, boue et pente assez raide. Je demeure encore une fois étonnamment sur mes pieds, mais ce n’est que par hasard !

Fin de la rigolade, au fond de la vallée, nous rejoignons le pied d’une des dernières montées… Elle fait mal. Je suis crevé et ralentis pas mal… trop. Short moisi me re-re-re-re-rattrape. Alors que je regarde s’il n’est pas temps de l’envoyer bouler en bas d’un raidillon assassin, elle me salue et se présente. Tiffany est américaine, son mari court la semaine prochaine la CCC, rigolade de plus de 100km dans le cadre de l’UTMB… Trop fatigué pour lui dire que je déteste son mari, mais avoir quelqu’un qui essaie de nous causer aide un peu la tête.

Je la laisse partir et dépasse quelques coureurs décédés : assis sur un rocher, l’œil dans le vide, le poil terne, ils font peine à voir… Je propose mon aide, mais ils déclinent poliment. Ragaillardis par mon état qui ne me semble plus si désespéré, je me remets à l’attaque… Proche du sommet de cette côte, le Père traverse un troupeau de moutons blancs.

« Bêêêêêêêêeeeeeeeee ! » me lâche, mollement, le plus proche en me lançant un regard ovin.

« Gonfle-moi pas, la biquette, j’en bave… Je suis un trailer et là je suis chaud ! Tu me fatigues et je t’embroche avec mon bâton pour faire des Kebab ! ». Le mouton se dégonfle, comprenant instinctivement le danger qu’il y a à affronter un taré des montagnes d’humeur aqueuse…

Je cours un peu sur le plat descendant. Nous passons dans la brume et redescendons dessous. J’aperçois le ravitaillement de Trift, le dernier, précédé de la descente que je déteste et durant laquelle je m’étais cogné les pieds à chaque pierre lors de ma première course…

Là, je survole la descente, virevoltant tel l’orignal au moment du dégel, primesautier tel l’okapi dans sa forêt tropicale de l’Ituri. Dernier ravitaillement… Il ne reste que 8km, avec une petite montée raide et un long plat montant suivi de la descente (plutôt raide !) sur Zermatt. Je prends une décision totalement folle : je goûte 2-3 bouts de fromage ! J’avale deux sachet d’une poudre supposée anti-crampe et repars en mangeant unTuc ou deux…

La montée raide passe vite. Pas de Didier Defago pour me croiser, cette année, juste de la brume. La lente montée finit et je m’aperçois que je ne vais pas pouvoir être à Zermatt en 9h, mais décide de bombarder jusqu’à l’arrivée : de toute façon il ne reste que de la descente !

Je pars vite, en faisant toutefois gaffe où je pose les crampons et les bâtons : je me rappelle bien la vue depuis le train, avant la gare de Zermatt, avec cette falaise que je surplombe à quelques dizaines de mètres près… Je rattrape deux Français, dont un Marseillais déjà croisé plus tôt…

« Attention les jeunes, on s’écarte, c’est le podium qui se joue, là !!!! », rigolade et salutations, ils me laissent passer. Je double tous ceux que je vois. Personne ne me résiste. Je me dis que je vais me planter, bouffer de l’herbe ou de la poussière arrosée de cailloux… Mais ça tient !

Arrive le panneau que je préfère dans cette course : 2km to go !

Je cours toujours. Ca descend, sortie de la forêt. Course-marche-course dans la partie plate avec une petite montée à l’entrée de Zermatt. Je descends la petite rue pentue et prends le tournant sous les acclamations des fans en délire… enfin de la foule et des bénévoles compatissants ! Je rattrape un coureur et le dépasse, plus que quelques mètres avant la ligne…

JE ME FAIS REDOUBLER PAR LE COUREUR !!!!!! Le manouche m’a eu ! Je sprinte de toute la puissance qui reste dans mes petites pattes arrières, boosté par un brin de fierté écorchée vive, mais ne parviens pas à le redoubler avant la ligne !!!!!

Je fais semblant d’être bon joueur et lui sers la main, notant son numéro de dossard pour le retrouver plus tard et lui envoyer un Kirghiz ou deux… Ca ne me fera pas regagner les quelques millièmes qu’il m’a honteusement pris, mais ça me soulagera !

Ca pique, mais je suis plutôt content…

Le premier est peut-être déjà rentré chez lui, mais quel que soit son entraînement, quelle est la probabilité qu’il améliore son temps de 10 minutes ? 30 minutes ? 1h ? J’ai amélioré mon meilleur temps de plus d’1h37… Alors ok, je partais de loin, mais je suis content et me dis que je dois pouvoir améliorer mes montées et aller chercher encore quelques minutes…

Naturellement je remercie mon coach, ai un mot pour mes parents et les punks et naturellement pour Madame, sans qui rien ne serait possible… Enfin c’est ce que j’aurais dit si j’avais été interviewé… Je retrouve les copains qui sont contents, eux aussi.

Stephan s’est fait une balafre au menton et au nez en tombant sur la descente du Görnergrat, mais a fini sous les 9h, la classe !

Comme toute aventure d’Astérix, la journée se termine par un banquet… Enfin, par une douche et une raclette avec un copain qui monte, chaque année !, pour me voir. Il avait prévu que j’arriverais 30’ à 1h plus vite que l’année dernière et a donc raté mon arrivée triomphale, portée par la foule de fans et de naïades vêtues uniquement d’un tee-shirt à la gloire du Père… Je vais probablement être obligé de recourir l’année prochaine, pour qu’il ait le privilège de me voir encore une fois passer la ligne d’arrivée…

Si je reviens l’année prochaine, je demanderais à l’organisateur s’il peut m’avoir un dossard avec comme mention : Le Père Indigne !

Restez-forts et reposez-vous : avec la rentrée, les punks sont fatigués et vont être de mauvaise humeur…