Amis de la neige et des bosses, bonsoir !

Chronique sans humour, cette fois… De la sueur et des larmes… Enfin, surtout de la sueur… Ben quoi, c’est moi que j’écris, je peux faire ce que je veux, non !?

C’est les vacances, les punks se couchent plus tard (donc, si toi aussi tu vas courir après le coucher du punk, tu dois ressortir ta frontale, jeune père, quel bonheur, cette intimité avec la nuit te manquait !), sont bronzés comme des frites, à force de patauger dans ta piscine gonflable ou celle des voisins (en hurlant comme des putois, comme de bien entendu) et chauds bouillants, par manque de sommeil !

Oui, lecteur innocent, cela ne t’a pas échappé, le punk, quelle que soit l’heure de coucher, se réveille quasiment à la même heure toute l’année… Ce n’est pas juste pour te ruiner les vacances, mais ça assure qu’il soit d’humeur massacrante toute la journée ou presque !

Pour profiter du mauvais temps et calmer les punks qui sont intenables dès qu’ils sont coincés à l’intérieur et ne peuvent pas évacuer leur énergie débordante dans le jardin, la piscine ou sur la tronche d’un frère ou d’une soeur, j’emmène 1, 2, 3 et 4 au cinéma… Le budget pour une sortie cinéma, avec autant de punks, c’est le prix d’une voiture d’entrée de gamme et ça ne les occupe pas très longtemps.

Le monde de Dory, la suite de Nemo… Il me faut moins de 10 minutes (le temps des pubs et des présentations des prochains films) pour avoir envie de mourir… et ça dure ! Retour au bercail, j’ai survécu à mon ennui et mes pulsions suicidaires, numéro 4 montre des signes de fatigue et c’est tant mieux, il dormira peut-être plus vite ce soir !

Semaine simple : mercredi ma sœur m’apporte sa fille et repart avec numéro 2. J’emmène ma fille et sa cousine en Savoie (ok, je vais la refaire encore une fois, pour un de mes innombrables lecteurs, pétri d’humour et pas gonflant du tout : Savoie ou quoi ?) chez les grands-parents. Ma sœur nous rapporte numéro 2 en partant en Savoie d’où elle rentre le lendemain avec les nanas…

Pour rentabiliser le voyage, j’embarque numéro 3, nous mangeons avec les grands-parents, faisons des courses et nous arrêtons chez Decathlon à Albertville pour acheter un casque et des crampons pour le rugby de junior.

Un aller-retour, 4h de route, plus tard, Decathlon n’a naturellement pas de casque de rugby, nous avons trouvé tout le reste et plus, pas mal de courses nourriture et nous nous retrouvons à 5 à la maison… C’est dingue, la maison paraît presque vide ou calme !

Jeudi calme, Madame s’occupe des punks restant (elle n’en a plus que 3, j’hésite à lui donner des tâches diverses et variées pour l’occuper et éviter qu’elle ne s’ennuie !) et se promène en Suisse pour son site www.familles-nombreuses.ch; je profite d’une dernière séance de physio avant ma course et commence à préparer mon sac : vendredi je pars pour Grindelwald pour l’Ultra Trail de l’Eiger !

Fin de sacs, je prends de quoi habiller (pour courir) et nourrir un bataillon d’infanterie en détachement de longue durée et entasse tout dans la petite voiture de mes parents… Oui, lecteur avide, fidèle et si nombreux, Le Père a des parents ! Tu es mignon… En même temps, Apollon lui-même a des parents, il faut savoir faire comme tout le monde…

Le vendredi, j’ai promis de ne pas partir tard… Il y a plus de 2h de route et je dois aller chercher mon dossard, préparer tout pour la course, sachant que je ne sais pas encore ce que je vais mettre dans mon sac, ni ce qu’il faut prendre, que je dois être au briefing de 18h et me coucher vite après avoir mangé car le réveil sera matinal…

L’architecte passe nous voir en fin de matinée, suite à une lettre incisive (en temps normal, j’aurais parlé de lettre de djihadiste, mais compte tenu de l’actualité, je me bornerais à incendiaire, faute de mieux et par décence… en gros, l’architecte doit avoir les hémorroïdes qui piquent grâce à la prose Madamesque… Amis de la culture…) mais exacte de Madame décrivant par le menu tous les défauts encore en souffrance après 5 ans…

Je reste pour cette visite, pour m’assurer que Madame ne va pas commettre un architecticide, sans grand espoir d’amélioration : tout est normal, même des fissures plus grandes que moi apparues un peu partout, mais elle propose 2-3 pistes pour des améliorations et nous parle des travaux à venir… 4 villas de plus dans notre micro-quartier, va falloir se serrer et supporter des travaux le matin à 7h pendant plus d’une année !

Il va de soi que, pour Madame comme pour le Père, un bon architecte est un architecte mort, si possible dans d’atroces souffrances (forcé de regarder une semaine les Télétubbies en boucle, lui mettre les hurlements de junior à fond dans un casque avec les odeurs des 2-3 pires couches de la semaine, l’écarteler ou le rétamer méthodiquement à coup de Morgenstern… en ordre décroissant de douleur). Naturellement le règlement de PPE de notre quartier m’interdit de l’enterrer dans le jardin, qui est de toute façon trop petit pour ce genre de facétie, ce qui explique que le nôtre soit toujours vivant… Jusque-là !

Donc je pars après le repas des fauves, laissant les punks devant un dvd, chez le voisin ou en sieste, suivant leur âge. Personne ne prend la peine d’agiter un mouchoir à la fenêtre en pleurant mon départ à la Kim Jong-Un… Tout fout le camp !

Autoroute et arrivée sans histoire. Je checking, gare la bagnole, passe en chambre et pars chercher mon dossard… Je reviens en vitesse pour faire mon sac : il y a contrôle du contenu du sac et du matériel minimum à emporter avant qu’on nous donne le dossard…

Je me dépêche et retourne à l’endroit où ils distribuent les dossards… Le vieux Suisse Allemand tout pérave ne contrôle que 2-3 éléments du matériel obligatoire ! Je jure et hésite à lui coller un bon bourre-pif, pour le dérangement, ayant dû courir pour tout avoir dans mon sac exprès pour ce contrôle ! Pas le temps, l’heure du briefing approche et je n’ai pas encore obtenu mon dossard…

Numéro en poche, je suis juste à temps au briefing.

Avec l’Eiger en fond, le briefing n’apporte pas beaucoup de nouvelles, si ce n’est qu’il y a de la neige, beaucoup de neige, sur le haut du parcours… Ils recommandent de prévoir une paire de chaussures et de chaussettes de rechange au ravitaillement de mi-parcours, à 54km…

Je repense à la paire de chaussures commandées, il y ­a deux semaines, et qui n’est toujours pas arrivée et me fais une note pour plus tard : aller brûler un serveur de ce site web de merde et ne plus commander par ce biais !

Retour à l’hôtel pour une assiette de pâtes. Je refais 6 fois mon sac pour le lendemain, ai acheté ce qu’il faut pour mes sandwiches de milieu de course et suis fin prêt, ou autant que je puisse l’être. Je me couche tôt, 22h-22h30, pour être en forme pour le petit réveil à 3h-3h15…

Je me relève à 23h30, minuit, minuit et demi, 1h… Je n’arrive pas à dormir !!!!!!! Bon, il faut dire que j’ai dormi plus de 8h la nuit précédente et n’ai pas décalé mon réveil pour m’approcher de l’heure de réveil de la course la semaine précédente, très grave erreur de débutant… Je n’arrive pas à dormir !!!! Finalement, je m’endors après 2h22 et me réveille à 3h20.

Au petit déjeuner, nous ne sommes que 2… Forcément, à 3h35 du mat, ce n’est pas la foule des touristes qui nous gêne… L’autre concurrent m’ignore, alors que nous sommes tout seuls et à 2 mètres l’un de l’autre, il semble même me faire la gueule… Il doit savoir que je vais lui mettre la misère plus tard… ou pas !

Une aspirine plus tard, j’ai toujours les cheveux qui poussent et arrive dans l’aire de départ. Il fait nuit, nous avons nos frontales, j’ai la tête au fin fond du c…, un peu froid et de gros doutes… Je n’ai pas spécialement envie de courir, surtout pas une telle distance… L’appétit vient en mangeant qu’ils disent, ça viendra donc en courant !

Le coup de départ est tiré, sans blessés, il y a pas mal de coureurs devant moi, je suis trop en arrière une nouvelle fois… Ca part vite devant, probablement parce qu’ils connaissent le parcours : à moins de 10 minutes du départ, gros bouchon, nous sommes arrêtés pendant 15-20 minutes.

Je fais la connaissance d’Olivier et Jean-Claude, trailer parisiens (plus âgés que moi, ça veut dire qu’on doit pouvoir commencer à les dater au carbone 14 ou qu’un paléontologue compétent doit les connaître, mais ils sont plus en forme que la moitié de la planète, et d’ailleurs que votre serviteur, surtout à ce moment-là et avec si peu de sommeil). A eux deux, ils ont couru l’équivalent de plusieurs fois Berne-Paris, mais avec du dénivelé… Nous patientons dans la fraîcheur nocturne, cernés par les montagnes qu’on commence à pouvoir distinguer.

Nous continuons après cette longue pause et la montée commence, avec le chapelet de frontales qui dessine notre passage furtivement sur les coteaux… C’est beau !

Je reste avec Olivier et nous perdons Jean-Claude, un peu plus lent. Ca aide d’avoir quelqu’un qui donne le rythme et me tire un peu en avant. Dès que c’est plat ou ça descend, je prends de l’avance. Olivier me rattrape après le premier ravitaillement, au moment où j’évacue des cailloux de mes chaussures et en profite pour faire des photos des fabuleuses montagnes que le soleil commence à éclairer… Splendide ! Ca laissera une preuve que j’ai couru un peu si je ne devais pas finir ou mourir dans la montagne et qu’on ne retrouve que mon sac, mon téléphone et mes bâtons à côté de ma carcasse qu’une chèvre finit de ronger… Le génie disparaît parfois bien tragiquement !

Il fait frais, mais je ne mets pas mon coupe-vent, j’aurais trop chaud… Compliqué la course, enfin la marche : trop froid, trop chaud, trop pentu à la montée, trop pentu à la descente, trop de neige, trop chaud, fatigué, trop de boue !

Nous laissons la Gross Scheidegg, solide montée jusqu’à First, passage aérien avec la passerelle (pas trop prévue pour les grands, ni pour les vidophobes ou autre vertigineux, je dois à moitié ramper ou me plier en 28, ce qui n’est pas une mince affaire compte-tenu de ma souplesse légendaire !) qui nous amène au ravitaillement.

Partie pas super agréable : les coureurs du 51km nous rattrapent et sont plus frais que nous (ok, vu ma nuit, je suis frais comme un sürstromming d’entrée de gamme (pour mes lecteurs aventuriers, voici le lien… il paraît que l’odeur suffit à faire vomir les plus aguerris… )), j’en laisse passer pour ne pas ralentir tout le monde et recommencer à respirer… On perd beaucoup de temps à se mettre de côté, ce qui n’est pas très agréable…

Ravitaillement et ça redescend un peu. Montées, descentes, neige, boue, neige, neige et nous arrivons à Faulhorn, le point le plus haut de la course. Le ravitaillement est plein, nous attendons plus de 15 minutes encore pour atteindre les boissons, nous repartons sur une partie très casse-gueule : la neige est plus ou moins tassée (étonnamment, je ne suis pas parmi les premiers…) et glisse beaucoup. Je passe en poudreuse pour doubler et ne pas me casser la tronche, de toute façon on a les pieds mouillés depuis longtemps !

Les paysages sont vraiment à couper le souffle. Nous voyons les lacs de Thoune et de Brienz avec Interlaken depuis le sommet, tout est joli et donne envie de prendre plus de temps… En même temps, je ne vais pas super vite et il y a toujours des portions raides qui me ralentissent. Nous redescendons, passons enfin sous la partie neige, puis sous la partie boue.

Un dernier ravitaillement avant de retourner au fond de la vallée, au ravitaillement de mi-course, à 54km. Il ne reste que 9km jusqu’au bas de la pente, mais il y a encore des montées en cours de route et des sévères !

Bon je dois faire une pause culturelle à ce stade… Quand tu cours quelques heures, arrive un moment où tu dois aller te soulager… Les hommes sont naturellement avantagés par rapport à la gent féminine par leur capacité à arroser les arbres ou écrire leur nom dans la neige (toujours très classe !), sans que cela soit trop spectaculaire… J’ai toujours eu de la peine à comprendre d’ailleurs, le besoin d’uriner de certains de mes compagnons de course 300m après le départ… Je peux envisager qu’on n’ait pas tous une vessie de chameau malgache, mais 300 mètres, il faut penser à acheter une poche !?

Donc à ce ravitaillement, je vais au toilettes… Enfin… Vous voyez la Cabane au fond du jardin ? Ben, ça c’est la partie poétique et bucolique… La réalité : vous vous souvenez de la scène des toilettes dans le film Desperado ? La scène dans laquelle Tarantino doit passer par des toilettes hors services pour rejoindre une salle dissimulée pour discuter avec les méchants… Les toilettes ressemblent à des toilettes pas propres et hors d’âge au milieu desquels un tas de lisier aurait été disposé, éparpillé à l’aide d’un explosif assez conséquent pour en mettre quasiment jusqu’au plafond… En voyant le film, on a presque l’odeur…

Ben là, c’est le même genre, mais avec une planche en bois trouée comme WC et sans eau ou évacuation. J’attends que le précédent coureur sorte, laisse une abeille aller respirer plus loin, pose mon sac devant la porte, pour indiquer aux plus observateurs que le lieu est occupé, et entre tenir compagnie aux mouches et odeurs fétides… On se croirait dans un bouge peu fréquentable d’un coin reculé du Tadjikistan… Le luxe tient à peu de chose… Je frôle la mort par gazage ou de me noyer tant l’odeur est épaisse !

Repartant du ravitaillement, soulager de re-respirer librement, je suis pas mal et avance bien dans cette descente. Bien entendu, je ne suis pas en avance sur ce que je souhaiterais faire, mais après cette nuit ce n’est pas si mal. Nous passons dans des forêts très jolies, mais difficiles : ça glisse et descend très fort, il y a des parties avec des sortes d’escaliers, pas très agréables pour les genoux, mais nous sommes au moins à l’ombre et il fait moins chaud !

Quasiment au kilomètre 49, je double un coureur et pose la basket sur le bord du chemin. L’herbe a été coupée récemment. Je ne vois pas un trou. Je me retrouve 2 mètres plus bas dans le pré, la cheville droite a lâché… Je jure, essaie de me remettre dessus, mais ce n’est pas top…

Je réalise que la course est finie : je viens de me faire ma 18ème entorse (plus que 2 et j’en ai une gratos) ! Le poignet a morflé, mais je peux vivre et courir avec. Pour la cheville, c’est plus compliqué : dès que le sol n’est pas plat, en dévers, je ne peux pas courir…

Je marche et perds énormément de temps : entre l’entorse et laisser passer les coureurs innombrables, je dois bien perdre plus d’une heure pour arriver au ravitaillement. Tous ceux que j’ai doublé récemment ou dans les montées précédentes me reprennent… Ca pique !

Bitume, je peux courir pour passer la ligne d’arrivée au ravitaillement… Direction le poste de secours ! Le médecin local me demande ce qui s’est passé et je lui explique. Il regarde, met un bandage frais et un gel à la con et me prend ma puce : si je poursuis, je ne ferais que me blesser ailleurs ou aggraver mon entorse…

Arrêter comme ça fait très très mal au moral et est dur à accepter… Après 2-3 heures, je me dis que si ma cheville n’avait pas lâché à cet endroit, ça aurait été plus tard et aurait pu être pire… Je suis crevé, furieux, dégoûté… Je passe voir 2-3 candidats arriver (ils ont mis 12-13h pour faire la course complète, je les applaudis en les détestant copieusement !!!!) et boitille jusqu’à mon hôtel.

Passage en pharmacie après une douche bien méritée (je ne sentais quand même pas encore comme les toilettes du ravitaillement, il aurait fallu être décédé depuis plusieurs jours, mais une mouffette canadienne se serait spontanément approchée, par curiosité…). Gel à la con (encore) et de quoi essayer de réduire la superficie de ma cheville qui commence à menacer le village voisin…

Je finis mes sandwiches et m’endors vers 21h30, irrité par les applaudissements et encouragements du public pour les coureurs qui arrivent encore… et vont continuer à arriver jusque vers 6h30 demain matin !

Longue nuit, la première depuis fort longtemps… J’aurais tendance à dire depuis l’Ultraks ! Je plie mes affaires, paie l’hôtel et rentre.

Les punks sont contents de me revoir, à défaut d’avoir pleuré mon départ. Numéro 3 est en caleçon, sur le canapé, en train de lire une BD avec un bonnet de Père Noël… Rien d’exceptionnel, mais je commence à m’inquiéter de trouver ça normal !

Pour passer mes nerfs, et surtout nourrir les punks, je fais une ratatouille… Oui, la ratatouille passe les nerfs, c’est de notoriété internationale et démontrée par une récente étude du MIT de Boston… Nous faisons manger les punks, les soirées en mode vacances sont souvent compliquée et se termine assez tard…

La semaine se termine, les vacances sont encore longues, repose-toi jeune père sinon tu ne vas pas tenir jusqu’à la rentrée : tu as l’air fatigué !