Amis des montagnes, de l’altitude et de la transpiration, bonsoir !

Comme expliqué récemment, mon coach me prend pour quelqu’un que je ne suis pas… donc il m’a concocté un programme pour ce weekend… Récit d’un weekend de détente et de solitude à Zermatt…

Numéro 5, quasiment remis de sa stomatite aphteuse, commence à nous laisser un peu dormir… Et c’est tant mieux ! La nuit de jeudi à vendredi fut néanmoins courte, occupée par des loisirs paternels amusants : faire les paiements, jouer avec le lave-vaisselle, faire les exercices donnés par mon physio, …

Ok, mon physio du moment est sympa, semble très compétent (en un seul mot), est spécialiste de course et a tout de suite trouvé ce qui n’allait pas avec mes genoux… MAIS ! Je ne sais pas vous, mais quand on me donne des exercices à faire, j’essaie de m’y tenir religieusement. Je dois faire des exercices qui durent en moyenne 15 minutes, au minimum 2-3 fois par jour ! C’est un peu comme lorsqu’un docteur pour le dos m’a prescrit des exercices de la même durée… A faire tous les matins, toute l’année ! Oh, ça va les toubibs au rabais là, je sais que j’ai des enfants et donc plus de vie ou d’amis, mais ce n’est pas une raison pour en rajouter !

Donc, réveil tardif vendredi matin, vu que 4 des punks ont participé, avec brio comme à leur habitude, à la fête du chêne et qu’ils se sont tous couchés entre 21h30 et 22h et des patates. L’école les autorise à arriver un tantinet plus tard (en même temps, c’est le dernier jour avant les vacances et je pense que ça les arrange bien de ne pas avoir à s’occuper des sauvages toute la journée !) pour l’occasion.

J’aide Madame à préparer tout le monde (je sais, elle a un mari de rêve, elle ne se rend pas compte de la chance qu’elle a ! Je pourrais dormir plus longtemps au lieu de l’aider…), je les accompagne au Bus, pour être sûr qu’elle ne m’en laisse pas un, et rentre préparer mes affaires. Le plan est simple : préparation du sac, départ, arrivée à Zermatt en fin de matinée, début d’après-midi après un arrêt à St-Niklaus pour récupérer mon dossard, passage à l’hôtel, change et départ pour une session de course de 4-6h…

Bon, comme dans toute entreprise, il y a les plans… et la réalité !

Je prépare mon sac de course, remonte 63 fois pour tout ce que j’ai oublié, jure, peste, prépare une valise avec ce qu’il faut pour ma course, de quoi me changer, la nourriture et la boisson pour avant, pendant et après la course, prends deux paires de chaussures, remonte chercher mes bâtons et mon coupe-vent en jurant franchement (il n’y a pas les punks et, si, si, il m’arrive de m’emporter et de jurer très légèrement et de manière occasionnelle…). Rangé de lave-vaisselle, chargement de voiture, je sors du garage à 11h passées…

Après 60 mètres je réalise qu’il va falloir passer par une station d’essence, vu que je n’ai personne pour pousser en cas de panne. Je me prends aussi un sandwich en me disant qu’on court un peu mieux le ventre pas totalement vide. Je prends l’autoroute, passablement chargée (l’autoroute, pas moi ! Enfin, lecteur fidèle, je ne bois quasiment jamais, tu dois le savoir depuis toutes ces chroniques !) et entreprends d’aller de chez moi au fond du Valais en un temps record, sans payer d’amende… L’avenir nous dira si le policier valaisan est espiègle…

Passage à St-Niklaus, je perds pas mal de temps entre le parking et la récupération du sac avec le dossard, repars pour aller me garer à Täsch. J’ai tout naturellement loupé le train à quelques minutes prêt et poireaute en lisant en attendant le suivant.

Arrivée à Zermatt à quasiment 17h, passe acheter de l’eau et fonce à l’hôtel qui a le privilège de m’héberger… Je suis déjà venu 2 fois dans cet établissement pour l’Ultraks (voir la chronique http://lepereindigne.blogspot.ch/2015/08/ultraks-retour-de-course.html de l’époque), et il n’y a toujours pas une plaque ou une statue indiquant que le Père Indigne fréquente cet endroit ! Je vais en parler à la directrice… Ca doit être un regrettable oubli !

Passage en chambre, je me change et… le téléphone sonne ! Ok, je réponds à mon pote et essaie d’expédier la conversation le plus vite possible… 30 minutes plus tard, je peux enfin partir.

Pour nos amis lecteurs qui n’ont pas la chance de connaître Zermatt, laissez-moi vous en faire un bref descriptif : c’est mal plat, comme disent les Valaisans (ça veut dire qu’il fait nuit tôt, tellement les montagnes environnantes sont hautes), splendide, surplombé par le Cervin et c’est la patrie de l’Ultraks et du Zermatt Marathon (oui, il y a pas mal de Suisse-Allemands – nul n’est à l’abri… – et ils inversent la place des mots, en plus de s’obstiner à appeler le Cervin  “Matterhorn” !).

La vraie particularité, raison pour laquelle je me suis garé à Täsch, c’est qu’il n’y a pas de voiture ! A la place, il y a des taxis électriques rectangulaires, véritable insulte à l’esthétisme ou au design, qui font partie du décor depuis des siècles ou presque, bien que plus proches du dessin d’enfant que du véritable véhicule sérieux.

Donc je pars et, après 5 minutes, suis naturellement dans une montée qui devient encore plus pentue quand je sors de Zermatt et m’engage dans la forêt. 17h45, grand beau temps, il fait chaud, mais j’avais dit que je faisais une première sortie vendredi, il faut y aller.

Mon indicateur de forme indique sans surprise -12, si je fais encore le couillon avec mon sommeil, il va falloir que je fasse une mise à jour de ma montre pour qu’elle puisse descendre plus bas ! Comme il se doit, je l’ignore splendidement et poursuis ma montée… Ca monte, ça monte encore et ça monte ! Je croise 6 personnes au total, dont deux British qui ont loupé le dernier train pour redescendre de je ne sais où… Plaisanter avec la ponctualité locale des trains peut coûter cher !

Seul avec les écureuils, les marmottes et les chamois, dans des paysages de folie, je cours. Je renonce à courir après les marmottes, comme quand j’étais jeune, j’ai une course demain et quelqu’un pourrait me voir (si tant est que touristes ou autochtones soient assez timbrés pour s’aventurer à une heure aussi tardive dans la pampa Zermattoise…) et me faire interner prétéritant mon weekend et ma course de samedi…

Lors d’une pause, je sors mon smartphone pour quelques photos et selfies d’amour avec la montagne, et vois des messages de Madame. Elle est allée avec les punks au Swiss Vapeur Parc du Bouveret, partenaire de son site, et il n’y avait personne ! Les punks se sont éclatés et ont pris tous les trains. Je reçois la photo de numéro 5 qui s’est endormi dans les bras de sa grande sœur, sur un train… Touchant !

Sunnega, des lacs, des rivières et des forêts, j’arrive à Ryffelalp et, comme il est bientôt 20h et que je suis déjà dans l’ombre, je décide de ne pas faire plus le crétin que d’habitude et de rentrer. Arrivée à près de 20h30 dans Zermatt, je me douche et vais manger.

Retour à l’hôtel où je tourne en rond : dois-je prendre un sac pour le lendemain ? Un coupe-vent ? Une gourde ? Les bâtons étant proscrits par le règlement, je finis par décider d’y aller à la fraîche : une gourde souple à la main et rien du tout (tout nu, tout nu, comme disait junior… enfin habillé, pour éviter tout mouvement de foule, mais avec un minimum de matos…). Je prépare tout, passe 30 fois dans la salle de bain pour vérifier que le chauffe-serviette va sécher mes affaires, mais qu’il n’est pas trop chaud au point de faire fondre mes chaussettes fétiches ou mes manchons pour les bras ou foutre le feu à la chambre pendant mon sommeil bien mérité…

Couché à minuit, j’ai beaucoup de mal à dormir, me réveille 6 fois… Lorsque mon téléphone sonne, je suis décalqué, j’ai les cheveux qui poussent, l’impression de ne pas avoir dormi… Dire que je suis sans les punks pour pouvoir me reposer la veille de la course !

Une aspirine plus tard, je me dis qu’il faudrait être vraiment niais pour aller courir dans cet état… Je me prépare, donc, ressortant et rangeant encore 12 fois mon sac…

Petit déjeuner rapide, un bout d’omelette, qui aurait valu une exécution sommaire à n’importe quel candidat de Top Chef ou autre commis dans une cuisine de la banlieue de Bujumbura, et deux croissants avec du beurre… Oui, je vais cramer 7’000 calories dans la journée à faire le singe sur des chemins pas plats et je considère que le cholestérol est un complot des médecins et pharmaciens pour gagner leur vie quand on ne peut plus nous charger pour des maladies enfantines inventées de toute pièce…

Je monte dans le deuxième train, ayant encore loupé le premier à 20 secondes près (je me demande si les CFF ne m’ont pas aussi pris en grippe, depuis le temps que je leur fait des reproches…), et pars pour St-Niklaus. Dépose du sac, presque dans les temps, après avoir pris tout ce dont j’avais besoin, passage aux toilettes (des toilettes turques !!!! Je croyais qu’il n’en restait plus que sur certaines vieilles autoroutes françaises !!!) et je vais me mettre juste à temps dans le bloc de départ, tout à l’arrière (non, pas par modestie, tu es mignon, lecteur jovial !) pour éviter de me faire entraîner par ceux qui partent trop vite.

Coup de feu, les gens avancent peu, je me dis qu’il doit y avoir trop de monde… Mais non, je suis dans le bloc d’après ! Je viens de perdre 5 minutes sur le passage des barrières horaires ! Ok si j’en suis à 5 minutes près, je ferais un scandale, de mauvaise foi (je suis français, on apprend ça tout jeune, comme les footballeurs italiens apprennent à feindre ou tomber !).

Nous partons 5 minutes plus tard… D’abord en marchant, puis on peut enfin courir… Pas longtemps : le village comporte 2-3 passages qui se resserrent et nous sommes bloqués, marchons, recourons, remarchons… Misère, mes espoirs de podium s’envolent ! Ok, de toute façon je n’aurais pas gagné… Mais c’est le principe !

Plus loin, rebelote : première montée et premiers bouchons, nous remarchons et je double quelques personnes par le côté, sans vraiment gagner de place… Je ne me sens pas du tout au top, on va y aller doucement, comme disent les italiens (encore eux !) : qui va pipo va mollo…

Trottinade, marche rapide, doublage et autres drôleries… Je n’avance pas super vite et suis déjà fatigué, alors qu’on approche péniblement des 5 km… Juste avant un ravitaillement, je me fais rattraper par Jens. Je ne sais plus si c’est lui ou moi qui commence à causer, mais la conversation avec cet oncologue berlinois de 47 ans (bien qu’il en paraisse 25 !) me fait un peu oublier le temps… Je le tire et surtout il me tire, en courant dès que le terrain est plus ou moins plat. Il vient de Berlin pour courir et n’arrive pas à croire que j’ai été assez taré pour courir 18km la veille !

Venant de quelqu’un qui a fait des heures de voiture pour venir et qui est arrivé trop tard pour prendre une chambre d’hôtel et a dormi dans sa voiture, je trouve que traiter quelqu’un de taré relativise la chose…

Nous arrivons plus ou moins bien à Zermatt, en 2h30, ce qui est de loin mon temps le plus pourri au semi-marathon, mais il faut reconnaître que ça monte de 500m, ce qui n’aide pas. Je commence à regretter mon coupe-vent, vu que ça souffle assez fort (je réalise enfin pourquoi les bouquetins et chamois ont les cornes en arrière ! Avec un vent pareil, c’est déjà surprenant qu’ils aient encore des cornes…). Il pleut légèrement, pour nous faire remarquer que le couvert nuageux est bien là et que la météo a, une nouvelle fois, bousé dans la colle (pas de pluie avant 17h, qu’ils disaient) !

Longue boucle dans Zermatt, pas super utile, mais ça fait visiter. Dès qu’on sort de Zermatt, la vraie montée débute. Le parcours ne passe pas par où je suis monté la veille (fort heureusement, c’était super raide, vu que c’est le départ de l’Ultraks !), mais il y a clairement du dénivelé… J’ai perdu Jens à un ravitaillement et marche avec un autre Allemand… Ils sont partout ! Nous marchons, il fait chaud, ça monte. Je largue mon collègue de course du moment quand mon cœur le permet et prends un peu de distance…

Je rattrape et double quelques personnes, sans doute du public ou des touristes perdus. Alors que je râle et me plains, je suis abordé par un Jurassien (un bruntrutain, un vrai) avec qui je cause et cours un peu… Comme il a 4 enfants, je fais la promotion du site de Madame et, étant gynéco, il semble assez réceptif…

Au profit d’un plat descendant, je m’éloigne… Je ne sais pas ce qui se passe, mais malgré la fatigue, j’arrive pas mal à courir dans les descentes, surtout celles un peu techniques… Dans l’ensemble c’est peu pentu et avec des racines ou des cailloux, ça semble pas mal me convenir !

Je rejoins quelqu’un portant un tee-shirt du triathlon de Nyon… Et lui dis naturellement que les voisins sont nettement plus sympathiques que les Nyonnais… Ok, il vient de Morges et pas de Nyon, nous passons quelques kilomètres côte à côte. Après Ryffelalp, il prend le large, ça monte trop pour que je sois encore efficace ou que j’ai envie de le suivre !

Je reconnais Ryffelalp de la veille… et surtout de l’Ultraks ! C’est le bas de la première descente, l’endroit où j’avais fait une pause pour voir les soigneurs l’année dernière ! Ca descend vraiment fort depuis le Görnergrat et certains passages font mal… Ben pareil, mais à la montée c’est pire !

Je crois qu’il reste moins de 5km, mais il reste aussi 878m de dénivelé, dont 500m sur les derniers 3km… Sur le moment, ça ne m’aide pas à aller plus vite… Nous sommes le long du GGB, le train à crémaillère dont les passagers nous narguent ou nous encouragent, ça dépend de ton interprétation. Le Cervin est couvert, le ciel aussi, ça souffle toujours et on est plus haut mais je n’ai pas forcément froid… Juste envie de mourir, vomir, m’asseoir et arrêter de courir pour les 27 ans qui viennent…

Juste avant Ryffelberg, nous croisons la neige, et donc la boue, pour la première fois… Je vais de toute façon devoir brûler mes chaussettes et mes chaussures à la fin de la course et suis trop fatigué pour en avoir quoi que ce soit à faire !

Ravitaillement, les marathoniens nous quittent pour s’arrêter là… Je me redis qu’il faut que j’arrête les conneries et n’écoute plus mon coach : promis la prochaine fois je fais le petit parcours… Ou pas ! Je suis trop concentré pour faire attention à un immense panneau : Ziel 3’595m… Donc en plus de m’être niaisement inscrit pour la version la plus longue, j’ai arrondi le nombre de kilomètres… Vous allez me dire : tu ne vas pas chipoter pour 595m, après 45km !?

Ben si, pour le moral, c’est les 595m qui piquent le plus ! Deux ravitaillements avant le sommet, j’ai fait une pause et demandé un anti-crampe à des secouristes… J’en ai pris un de rab pour le reste de la montée et je ne regrette pas mon choix.

A 1km du sommet, je suis naturellement à bout depuis longtemps et me dis que je vais m’asseoir et mourir… Décision est prise, à l’unanimité, de ne pas craquer à 1’000m du bol de sangria ! Je serre ce qui peut encore l’être et y vais avec ce qui reste d’énergie. Je décide aussi, avec moi-même, que je ne vais pas me faire doubler jusqu’en haut et que je vais essayer de rattraper une ou deux personnes avant l’arrivée…

Les derniers mètres sont terribles. Nous passons au-dessus de la voie ferrée, par une passerelle aux escaliers assassins, puis une dernière petite montée sur des pavés… Tentative de sprint qui finit en course trottinante lamentable et je passe la ligne juste sous les 6h52…

Petit rappel simple : je mesure plus de 2m pour 100kg de modestie et de mauvaise humeur, je n’accepte les remarques et moqueries que de ceux qui ont fini cette course… de préférence avant moi !

Ma première pensée va pour mon coach et je me dis qu’il peut se brosser : demain je reste couché jusqu’à midi, de toute façon je ne pense pas pouvoir remarcher dignement avant un mois, et je ne serai pas assez crétin pour repartir courir, dans les montagnes, après avoir déjà parcouru plus de 63km en moins de 24h…

Je me traîne jusqu’au train, blindé de coureurs, protégé du froid et du vent par ma couverture de survie offerte (beau geste des organisateurs, je serais mort de froid sans ça !)… Je dois plus ressembler à un réfugié sauvé des eaux ou à un sdf qu’au Père d’exception que je suis… Sur le moment, mon apparence ne me pèse pas trop.

Nous prenons d’assaut le train qui doit nous descendre jusqu’à Ryffelberg où nos sacs nous attendent patiemment… En partant du sommet, nous croisons encore des coureurs qui continuent de souffrir… Pensée émue pour eux et les quelques mètres qu’il leur reste à parcourir !

Le train étant blindé de monde, je suis appuyé dos à la descente, aucun siège n’est disponible et je commence à me dire que je vais ressortir tout ce que j’ai ingurgité ces derniers mois ! Nous arrivons heureusement et le froid me remet tout de suite le bide en place…

Je reprends le train. Je propose ma place à 2-3 personnes âgées, par politesse mais sans conviction, et, personne n’étant preneur, je m’assois… Enfin je me laisse tomber comme une bouse sur le strapontin qui, bien que prévu initialement pour le quartier haute sécurité des prisons kirghizes bas de gamme, me semble le plus luxueux des conforts sur le moment. Une jeunette monte dans le train avec 2-3 personnes… Je demande à l’une des accompagnantes ce qu’elle a gagné, vu qu’elle porte un bouquet de fleurs…

Elle a fini 2ème du marathon, en 4h… Je ne commente pas sur le fait que j’ai passé l’arrivée du marathon à peu près 1h30 après qu’elle soit arrivée, inutile de se faire trop mal ! Elle a gagné un bouquet de fleurs et une meule de fromage à raclette… Je n’aurais pas été en état de la porter ou de la manger sur place de toute façon, alors je me dis que j’ai bien fait de ne pas gagner ! La voyant, fraîche et souriante, je repense au sketch des Inconnus (les plus vieux d’entre mes millions de lecteurs doivent se souvenir) dans lequel ils font une fausse interview de Leconte après un match face à Agassi… Leconte est défait, a de la terre battue jusque sur la tête et semble au bord de la crise cardiaque, tandis qu’Agassi est calme, pas même essoufflé…

Vu le temps qu’il faut pour redescendre en train, je suis content d’avoir aussi mis de côté mon second plan : redescendre en courant de Ryffelberg après avoir récupéré mon sac… Trop de course tue la course !

Heureusement, dans Zermatt le train s’arrête juste à côté de mon hôtel… J’essaie de ramper jusqu’à ma chambre dignement. Déséquipement, nettoyage complet du coureur et mise à sécher du matos, je ressors pour aller manger, me disant qu’après 8h de sommeil en deux nuits, 45,595km et 2’458m de dénivelé dans la journée, il n’y aurait pas besoin de me bercer longtemps…

Je trouve un restaurant qui veuille bien de moi, commence une mémorable et brillante chronique en attendant qu’il soit une heure décente pour manger. Je croise pas mal de coureurs, aisément reconnaissables…

Non, ils ne boitent pas tous… Beaucoup portent leur tee-shirt finisher vert fluo, nouvelle insulte au design et à la mode, ce que je peux concevoir, mais certains portent encore la médaille autour du cou, 4h après l’arrivée et bien qu’ils soient changés ! Je me dis que si nous venions de finir un ultra-trail, style une vraie distance de 70-100km, ils dormiraient avec la médaille et le tee-shirt pendant un an !

Je les laisse savourer leur accomplissement et me replonge dans ma chronique. Je commande à manger, me demandant si je vais pouvoir avaler quoi que ce soit… et je dévore ma salade et une platée (à tuer une anorexique !) de röstis qui n’avaient fait de mal à personne ! Je suis mort de faim et de fatigue, je ne finis pas ma chronique et retourne à l’hôtel, surpris de pouvoir encore marcher.

Le sommeil ne vient pas tout de suite et je sombre vers minuit… C’est bien la peine d’être débarrassé des punks si ne je me couche pas plus tôt !? Plusieurs réveils, mais je dors bien jusqu’à 9h… Ca ne m’est plus arrivé depuis près d’une année… probablement la nuit suivant l’Ultraks ! Je me dis que je ne vais pas aller courir, je ne suis pas frappé à ce point. Petit déjeuner et début de rangement des affaires…

A 11h, je commence à m’équiper pour aller faire une brève sortie : je suis resté à Zermatt, il faut amortir ! Je me dis qu’une petite sortie alibi me permettra d’éviter d’avoir mauvaise conscience…

Il fait beau et très chaud, cette fois. Je prends un peu d’eau (2 litres) et remplis mes deux bidons de boisson énergisante (2x 0,75l goût thé à la pêche, la folie !), prends mon sac à dos avec bâtons et coupe-vent et prépare toutes mes affaires pour pouvoir me changer rapidement en redescendant.

Après le check-out et avoir laissé mes bagages à la réception, je traverse Zermatt et commence à courir vers l’église. Il fait vraiment chaud et je regrette le petit vent et les nuages de la veille ! Je reprends le chemin de l’Ultra Marathon. A ma grande surprise, les panneaux sont toujours là !

Je suis le tracé en me disant que je vais aller jusqu’à Ryffelalp, maximum… Promis, après je redescends ! J’effraie quelques marmottes, mais comme il fait beau et qu’il y a pas mal de touristes, moins d’animaux que l’avant-veille sont visibles… Je fais une pause de mendiant pour demander de l’eau à un restaurant d’altitude…

Ok, ça va assez vite et je suis là pour faire du dénivelé, de toute façon… Je vais voir si je peux monter jusqu’à Ryffelberg… C’est rude, il fait chaud, je suis parmi les seuls à monter… Les touristes et randonneurs normaux sont montés en train et ne font « que » la descente… Je poursuis en me disant que, décidément, 3,595km ne peuvent plus trop faire de mal à ce stade !

Je morfle, perds pas mal de temps en photos de panorama (toujours splendide et majestueux… et avec les montagnes derrière, pas trop mal non plus, le Père paraît encore plus à son avantage), pause pour reprendre mon souffle et autres ralentissements de douleur ou fatigue. Je finis par arriver en haut. Grâce aux bâtons, probablement, et à une vraie nuit de sommeil, je gagne un peu plus de 10 minutes sur le parcours Zermatt-Görnergrat, bien qu’étant en autonomie totale et ayant fait plus de pauses.

Le temps d’acheter à boire, en attendant le train, je sors le coupe-vent : nous sommes tout de même à 3’089 mètres ! Message à Madame pour lui dire que je vais être très en retard, ce qu’elle avait déjà imaginé, et que je la préviens dès que je quitte Täsch… Le train descend lentement à mon goût mais, comme il n’est pas plein, je suis assis et presque bien. Des Ecossais montent avec des tee-shirts de finishers. Je les félicite et m’aperçois que l’un deux est arrivé quasiment la même minute que moi ! Il semble surpris que je sois monté une fois encore en courant…

Entre les Allemands, les Anglais, les Américains et autres Ecossais, il y avait vraiment beaucoup de pays à cette course ! Pas mal de gens viennent en vacances et profitent de l’occasion pour découvrir la région autrement… Tous ceux à qui j’ai parlé ont beaucoup apprécié l’organisation sans faille et les ravitaillements nombreux et bien fournis, même pour les derniers à passer !

Re-passage à l’hôtel, je peux employer une douche du sous-sol. Très propre et presque luxueuse, cette cabine de douche à la délicieuse caractéristique d’être munie d’un détecteur de mouvement pour gérer intelligemment la lumière et économiser ainsi l’électricité… C’est louable, mais lorsque la porte vitrée de la douche est fermée, ce qui est mieux si l’on souhaite éviter d’inonder ses bagages et le couloir, le détecteur ne me voit plus !

Jurons savonneux, ouverture de la porte de douche et geste pour réactiver le capteur… Pour refaire la même manipulation 2 minutes plus tard… Ne nous plaignons pas, sans ça je n’aurais pas eu de douche !

J’achète un bretzel pour Madame, espérant m’attirer sa clémence pour le retard, en attendant le train. Etant aussi affamé, j’en profite pour en prendre un aussi et complète ce repas sain et équilibré par un hotdog… Je pourrais bouffer une baleine farcie au thon, mais pour les 20 minutes de trajet, c’est exactement ce qu’il fallait !

Paiement du parking, je retrouve la voiture quasiment du premier coup. Mes parents ayant des plaques fribourgeoises, c’est mieux toléré en valais que les plaques vaudoises, ce n’est pas très compliqué de retrouver la petite citadine.

Retour long et fatiguant, je vais probablement louper les punks qui devraient être déjà couchés à mon arrivée à près de 22h… Mon weekend de détente et de solitude se termine, je suis reposé, ou presque, ai couru plus de 84km et +4’840m de dénivelé en 2,5 jours…

Reposez-vous, la semaine n’est pas finie, les vacances sont là et les punks débordent d’énergie !