Amis des fêtes et du gras, bonsoir !

Après ces périodes de fêtes, alors que tout le monde a pris une ou deux bonnes résolutions, sauf Le Père, naturellement (la perfection ne nécessite nulle amélioration… et plus de modestie, ce serait trop…), Le Père revient, bande de veinards !

A la surprise générale, et malgré les railleries d’un goût douteux de Madame, j’ai survécu à ma grave maladie foudroyante, bien que n’ayant pas totalement retrouvé ma voix (gênant, je peux moins hurler sur les punks !). Nous y reviendrons…

Du fait de la période, j’ai décidé, d’un commun accord avec les 2-3 lecteurs fidèles qui me suivent et m’envoient des lettres d’insultes ou des menaces de mort régulièrement (que je salue naturellement bien bas !), j’ai décidé d’observer, moi aussi, une sorte de trêve des confiseurs… Nulle méchanceté, mot grossier, animal torturé ou autre drôlerie dans cette chronique… Non, cette fois c’est sobriété, douceur et rigueur protestante mâtinée d’un classicisme austère !

Ce soir, lecteur adoré et assoiffé de chronique, je vais te parler de bébés… Quoi de plus beau qu’un bébé… ça sent bon, c’est tout doux, chaud, gazouillant, ça sourit (souvent bêtement, force m’est de le reconnaître) … Enfin, un petit moment…

Pour distraire les punks (donc éviter qu’ils ne se foutent sur la tronche ou détruisent un peu plus ce qui reste de notre maison), nous avons effectué des activités pendant ces vacances…

Passage à Urba Kids le 24 décembre, avec visite du père Noël, distribution de sachets surprise, crêpes pour tout le monde (l’équivalent du budget annuel du Pakistan est parti en quelques crêpes à une vitesse défiant la compréhension…) et surtout quasiment personne pendant l’après-midi ! En plus, dans un environnement sécurisé où seul numéro 3 parvient à se blesser (après maintes tentatives et beaucoup d’effort, il faut le reconnaître !).

Numéro 3 revient en courant vers Madame en disant : J’ai un peu mal au pied… Son ongle est cassé jusqu’au milieu et il saigne abondamment… Pas douillet le petit gars ! Madame hésite à le recoudre à froid sur place ou à cautériser la plaie au briquet (forcément, avec 5 punks on a des bases solides en médecine de guerre et plus trop peur de tailler dans le vif ou d’amputer, lorsque nécessaire !) mais finit par choisir la facilité : elle demande simplement la pharmacie de la caisse et lui fait un beau pansement / bandage… Il repart en courant essayer encore de se faire mal : la journée n’est pas finie !

Nous avons aussi fait la chasse au trésor du Mollendruz (avec moins d’intérêt quand numéro 2 a compris qu’au lieu de réfléchir 10 secondes, il lui suffisait de courir au poteau suivant pour trouver la bonne réponse aux questions…), avec 2 crayons perdus par numéro 2 (en perdre un, déjà ce n’est pas banal… mais 2, sans le poser et en marchant dans un pré !?) et une fondue au chocolat à l’arrivée.

Numéro 5, pas au top et sans sieste, est rapidement intenable : il renverse le verre de sa petite voisine de table qui ne s’y attendait pas (forcément, fille unique, ne connaissant pas encore les punks, elle n’est pas prête pour les dures réalités de la vie ! Elle croit encore que les autres enfants sont des camarades de jeu sympa… la pauvre, heureusement que nous sommes là !), arrache des sets de table en papier, essaie de tout mettre par terre (avec un succès relatif), mange un peu de set de table, avant que Madame ne décide d’aller l’aérer pour calmer Le Père qui commence à être un peu chaud et envisage d’aller l’abandonner dans un bois voisin…

Naturellement tous les punks, qui ont à peine mangé la moitié de la fondue au chocolat commandée, se lèvent et courent après leur mère. Seul moment de quiétude pour le père qui prend le temps de payer et de récupérer toutes les vestes et lunettes de soleil abandonnées par ses rejetons avant de partir.

Entre numéro 2 qui jette 70% des pierres qu’il rencontre (dans les bois, sans se soucier de l’endroit où elles vont retomber ou sur qui, bien entendu…) – vous vous êtes déjà amusés à compter les pierres lorsque vous vous baladez dans une forêt, sur un chemin de pierres… ça doit être fait exprès, il y en a beaucoup trop, c’est mal fait… – et numéro 3 et 4 qui veulent rapporter des bâtons allant de 10cm à 25 mètres, Le Père a du mal à rester zen : c’est un peu animé.

Numéro 4 annonce fièrement : y a le pipi, y a’’ive ! Je lui baisse le pantalon, face à un arbre, en lui recommandant de bien tenir la bête, histoire de préserver ses habits et chaussures… Il obéit, mais vise son pantalon et la culotte autour de ses chevilles !

Hurlements et râles paternels, râlement de numéro 4 : « e suis tout mougnillé mon pantalon ! »

Le jour tombe et on va finir dans la nuit, dans la forêt, hors du chemin, sans vivre, sans lumière et sans eau, Le Père en a un peu ras le bol, Madame en veut au Père qui n’est pas assez positif ou assez zen devant les punks, la balade est détendue jusqu’au parking. Embarquement de tout le monde et retour au bercail avec autant de punks qu’au départ, un véritable tour de force !

Comme chaque année, nous allons aussi aux Flottins. Les Flottins, c’est lorsque les artistes sont lâchés en ville d’Evian, une fois l’an, pour créer des sculptures avec les morceaux de bois recueillis toute l’année sur le Léman. C’est joli, mystérieux, drôle et occupe les punks. La tradition veut que l’on y aille chaque année et que, chaque année, il fasse super froid (ils font exprès de faire ça en décembre !). Il ne faut pas changer les traditions…

Après le petit-déjeuner, comme tout père modèle, je soulève numéro 5 pour aller le changer… Cela fait 15 minutes qu’une odeur diffuse suspecte se répand dans la pièce, comme si une remorque de lisier encore fumant avait été déversé au milieu de notre séjour… avec quelques carcasses de bêtes en décomposition pour ajouter du caractère !

Je constate, malheureusement un brin tardivement à mon goût – force m’est de le reconnaître – que la jambe de son pyjama est humide… Junior vient de réaliser, avec le sourire, un JGEP (Jambe Gauche Et Pied), variante subtile du NMDD (Nombril Milieu Du Dos)… D’où l’odeur !

Je le déshabille directement dans la baignoire, en essayant de mettre le moins possible les doigts dedans. Junior est tout content et patauge dans un mélange chaud d’eau et de… enfin vous avez compris, tout en essayant de se barrer ou de se rétamer dans la baignoire, histoire de s’en mettre encore plus partout…

Malgré son état peu de temps avant, il sort miraculeusement propre de la baignoire, humide mais sentant bon… J’ai une brève pensée pour l’inventeur du produit de douche mais pas de temps pour le sentimentalisme béat : junior m’a aspergé de flotte de la tête au pied et il risque aussi d’avoir froid bientôt… il faut vite le sécher et l’habiller.

Nous embarquons vers 12h sur le Léman, bateau battant pavillon français et suisse, après nous être fait remarquer quand les punks, toujours aussi calmes et discrets, sont entrés dans la salle d’attente.

Nous nous mettons tout à l’avant, il est 12h20, les punks n’ont pas mangé depuis le petit déjeuner, sauf numéro 3 et 4 qui n’ont rien voulu manger et crient famine depuis plus d’une heure.

Nous parvenons plus ou moins à faire assoir tout le monde, dans un calme relatif, avec des regards réprobateurs de quelques passagers. Je menace et jette des regards noirs aux punks dans l’espoir, totalement naïf, fort improbable, voire illusoire, de les garder calmes et de contenir le niveau sonore légèrement sous le vacarme d’un A380 au décollage…

Donc, disais-je, quoi de plus beau qu’un bébé ? Ca sent bon, c’est tout doux, chaud, gazouillant, souriant, … Comme numéro 5, si souriant, du haut de sa première année… Enfin souriant normalement, là il râle, pleure, hurle et semble mécontent… comme il ne parle bêtement pas (les bébés n’y mettent vraiment pas du leur !!!) nous ne savons pas bien ce qu’il peut avoir et, distraits par les autres punks, n’y prenons pas trop garde.

Parmi tous les passagers qui semblent gêner par notre présence, une dame se détache, à la rangée derrière nous. Elle m’aborde à un moment pour avouer qu’elle a aussi eu 5 enfants, comme nous, avec une fille aînée et que des mecs après, comme nous. Elle sourit, soit par sadisme (ahahahaaaaaaaaaaaAAAAAA ! Bien fait pour vous, moi j’ai déjà donné !!!), soit, plus probablement, il s’agit d’un sourire de compassion charitable, amplement méritée, que cette période est finie pour elle, son plus jeune ayant 19 ans, je la déteste secrètement, mais n’ai pas le temps de m’attarder sur son cas…

Alors que numéro 5 s’est remis à pleurer, pendant que les autres mangent un sandwich en réclamant des chips, faisant du bruit, Madame a cru bien faire en lui donnant quelques victuailles… Notre bébé si souriant fait la gueule et beugle à faire couler le frêle esquif… Avant de vomir, à défaut d’un naufrage, la vie est faite de petites victoires.

Pour ceux qui n’ont pas d’enfants, il faut savoir que junior trouve toujours moyen de vomir,

  1. En jet, histoire d’essayer d’en mettre aussi sur vous, pour que vous partagiez tout avec lui, même les meilleurs moments, en sachant que vous avez prévu de quoi le changer lui, mais que vous, vous vous baladerez avec une trace de vomi fort odorante toute la journée en vous pelant les noisettes dans des habits mouillés, vu qu’on est en décembre.
  2. Au pire moment possible, donc quand vous le portez, venez de le changer, êtes sur un bateau au milieu du Léman, n’avez rien pour le changer, pas assez de papier ménage ou, idéalement, une combinaison des points précédents …
  3. De préférence dans les pires endroits :

3.a. siège pour voiture, avec du vomi qui s’insinue partout dans les recoins de ces sièges de merde qui sont prévus pour tout, sauf pour qu’on y mette des êtres qui, par définition, seront sales et feront tout pour tout démonter dans les plus brefs délais quand ils auront bien tout sali ou fait couler leur biberon ou bouteille partout,

3.b. poussette, avec une chancelière fourrée et poilue, synthétique, dans laquelle le vomi colle à merveille, répandant un fumet subtil et agréable qui vous accompagnera d’autant plus longtemps que, pour fixer junior à la poussette, ladite chancelière comporte des ouvertures dessous pour passer les sangles, et surtout le vomi (c’est forcé que les concepteurs y ont pensé et ont fait exprès, vu comment les ouvertures sont disposées et que ce sont tous des sadiques psychopathes qui n’aiment pas les parents et cherchent à s’en venger par tous les moyens possibles !!!) qui finit sur le tissu de la poussette, ainsi que les sangles en tissu, tissu qui absorbe et va garder l’odeur et l’humidité pour longtemps, avec un rappel subtil dès qu’il pleut ou fait chaud…

Madame a eu 5 enfants et n’est pas une débutante. Elle évite la douche au vomi avec brio, pour cette fois.

Elle change le haut du monstre au toilette pendant que je menace tout le monde pour garder le calme, essuie comme elle peut le vomi sur la chancelière. Je donne un coup de main pour essayer de ravoir l’intérieur de la chancelière et la poussette, avec peu d’espoir : junior a très bien visé, ça force l’admiration !

Numéro 3, qui ne s’est pas encore fait assez remarqué phoniquement, profite de ce moment privilégié de convivialité familiale pour donner un coup de pied à son frère, qui avait naturellement commencé, qu’il loupe.

La béquille métallique qui tenait la table en équilibre (je vais dire une banalité : le design c’est un vrai métier, si on ne sait pas, le mieux, pour tout le monde, c’est de laisser faire des professionnels ou de confier à Ikea, au moins on sait que ça ne va pas tenir, il n’y a pas de surprise !), elle, est atteinte. La table se replie dans un claquement sec, renversant pique-nique et bouteille d’eau (ouverte, pour que ce soit plus drôle) …

Arrivée à Evian: je lis sur le visage de nombreux passagers le soulagement que le trajet avec nos punks soit enfin fini ! Je ne peux pas totalement leur en vouloir, j’ai plusieurs fois songé en balancer un par-dessus bord histoire de calmer les autres quelques instants !

flottins 3Les punks entreprennent de démonter chaque statue ou de se foutre sur la tronche cordialement pour savoir qui peut monter sur quelle statue en premier… Il fait déjà froid et il pleut un brin, je me demande brièvement si statistiquement j’aurais tort d’espérer choper une crise cardiaque à ce moment, pour abréger mes souffrances et me libérer de ce pensum…

Nous arrivons presque sans encombre à la place principale, les punks ont disparu, mais on devine leurs cris par-dessus le vacarme ambiant (nous ne sommes, heureusement ou malheureusement, pas les seuls à avoir des punks, personne ne nous regarde de travers !). J’ai remis en place la statue déplacée par numéro 3 et reposé le bout de bois arraché à une autre statue par numéro 2… C’est un peu fragile leur truc, c’est mal fait… ils devraient faire en fer ou en béton !

Nous nous caillons comme il faut, les punks courent et s’ébattent sur la grande place, se font des copains, se tapent dessus, mangent une gaufre ou une crêpe et nous reprenons la direction du port.

La traversée du retour ne change pas beaucoup de celle de l’aller : les punks prennent le goûter, courent partout, n’obéissent pas (ça doit venir du côté de Madame) et numéro 5 vomit sa compote. Nous n’avons plus de lingette ou papier ménage, je dois aller quémander auprès du personnel navigant, comme un pauvre mendiant.

Retour sans souci supplémentaire (ça fait déjà une belle journée !) au domicile.

A la suite de cet épisode, je me réjouissais déjà d’attraper la gastro de numéro 5, histoire de faire un peu disparaitre la bedaine qui cache le speedo, mais je n’ai presque pas été malade… Presque déçu, Le Père, mais c’est comme le loto : on ne gagne pas à tous les coups ! Et pourtant…

Je profite de cette tribune joyeuse, lecteur numismate ou mélomane, pour introduire un peu de philosophie et élever le débat dans ce monde de brute… La concomitance de la gastro et de la toux m’a permis de vérifier l’adage Coluchesque : que faire contre la toux ? Prendre un bon laxatif : après tu n’oses plus tousser ! Ces considérations culturelles étant entendues, poursuivons sur notre lancée…

Après quelques semaines à tousser, se moucher, râler à la limite de l’agonie, la situation semble s’améliorer enfin… Mais pas pour longtemps : à peine remis de cette terrible maladie et d’un bref épisode de gastro, je viens de rechoper le rhume !

Ami lecteur, d’où que tu viennes, quel que soit ton parcours, tu dois réaliser que l’heure est grave… à nouveau. Madame n’a pas pu s’empêcher de railler, avec une cruauté inimaginable… On croit connaî
tre les gens… Naturellement, passé les 36,7C et le premier râle de ma part, du fond du lit, Madame s’est sentie obligée de rappeler au Père qu’elle a subi 5 accouchements et que je pourrais au moins me montrer fort et garder mes petits bobos pour moi…

J’ai naturellement répondu que moi, quand j’avais une journée de merde, je n’en parlais pas pendant 9 ans et que, compte-tenu du fait que je lui avais déjà fait 5 enfants, elle pouvait bien supporter les grossesses et quelques accouchements vu que j’avais fait tout le boulot… En plus j’y étais, ce qui est plutôt sympa de ma part, et ça se passe un peu toujours pareil, donc pas de raison d’en faire tout un pâté ou de le remettre sur le tapis dès que je souffre !

Assez étonnamment, Madame est devenue très calme quand elle m’a annoncé que je pouvais dormir dans le clapier ou sur la terrasse pendant un mois ou deux… Elle a ajouté que je pourrais la retoucher lorsque numéro 5 serait majeur. Décidément, les femmes manquent cruellement d’humour et sont vraiment incompréhensibles !

Les vacances sont finies, reposez-vous, les punks retournent enfin à l’école !