Amis des maladies exotiques et du travail, bonsoir !

Comme, contrairement au Père, mes lecteurs semblent être totalement dénués de patience et d’humour : une autre !

Le Père, malgré un talent fou et un charisme à toute épreuve, doit étonnamment encore travailler pour gagner sa vie et surtout pour subvenir aux besoins divers, nombreux et variés des punks… Malgré les dons innombrables de fans (héritages, dons de domaines ou châteaux, dons récurrents en cash ou en pièces d’or, lingots, …) et les millions de promesses d’achat du livre que j’écrirai un jour, ma pauvreté crasse (je vis comme le peuple ou la classe moyenne, si vous préférez, c’est insupportable !) me pousse à poursuivre mon emploi ou à en chercher.

Une fois ce cadre posé, et ayant travaillé ces 15 dernières années dans une banque ou la finance, je me suis associé à un acolyte pour lancer une activité de gestion de fortune. Nous avons œuvré et préparé ce qui devait l’être, nous sommes associés à une structure existante sérieuse et à même de nous ouvrir des comptes auprès de n’importe quelle banque.

Or lundi, cette nouvelle entreprise, cette aventure, que dis-je, cette odyssée, a réellement débuté… Voici le récit de ce premier voyage…

Le Père n’a peur de rien et n’est pas du genre à tomber dans le cliché ou la paranoïa… C’est tout naturellement donc qu’il se voit, par avance, sur une belle plage de sable blanc du Sénégal, entouré de cadres de l’état islamique cagoulés, dans une vidéo youtubesque, avant sa décapitation ou son exécution par un enfant alors que ses dernières paroles d’invectives envers les terroristes résonnent dans l’arrière-plan. Un tel génie qui disparait, deuil national assuré et riposte sous la forme d’un mois de bombardement intensif en Syrie et dans la région. OK, en tant que citoyen Suisse, la riposte risque se limiter à un blâme moral soutenu et une privation de chocolat et fondue pendant 3 semaines… La vie est parfois mal faite…

L’associé du Père dans cette charmante entreprise est lui nettement plus aguerri, ayant parcouru le monde déjà dans tous les sens, malgré son adolescence à peine finie, n’ayant peur de rien, lui non plus. C’est donc avec beaucoup d’humour que nous nous asseyons dans notre vol de la Royal Air Maroc (RAM), ce lundi dans l’après-midi, en nous disant qu’en raison de notre crash à venir, Daesh ne nous aurait pas !

C’est mal connaitre la RAM… Dans un boeing plus vieux que Le Père (et oui, tas d’ignorants à l’humour douteux, Le Père est né après l’arrivée des premiers avions à réaction, contrairement à ce que d’aucuns voudraient laisser croire ! J’ai les noms des meneurs, ça va masser…), dont les anciens écrans cathodiques pendant au plafond au milieu du couloir ont bien failli décapiter Le Père (volant ainsi, une nouvelle fois, la priorité à Daesch), nous nous envolons pour près de 3h de vol pour rejoindre Casablanca.

La musique marocaine traditionnelle, en fin de journée, avec un avion assez vétuste et avec un service qui ne classe pas la compagnie parmi les meilleures est un peu en trop… C’est un peu comme le chanteur italien à la mode : si on n’adore pas, on a vite envie de tuer quelqu’un en partant dans un fou-rire malsain psychopathesque!

Nous arrivons, à notre immense surprise, sains et saufs à Casa pour une escale de quelques heures dans un confort qui, en France, aurait déclenché une mobilisation des Restos du Cœur, de la Croix Rouge ou tout au moins des services de l’hygiène… L’inconfort nous fait presque regretter la perte d’un réacteur avec 8 minutes de descente interminable vers une mort certaine.

Mon associé privé de drogue (pas de zone fumeur sur tout le terminal), la chaleur et la nourriture catastrophique rendent cette escale presque drôle. Après plus de 3 heures d’attente (oui, nous en sommes au début de notre aventure : non seulement nous voyageons avec le peuple et les compagnies les moins chères, mais en plus pour avoir les vols les plus avantageux, nous avons les pires horaires) nous réembarquons pour le dernier tronçon de vol.

Autre Boeing 737, toujours de la RAM, mais celui-ci semble plus récent (on n’ose tout de même pas prétendre qu’il est neuf, mais il comporte même des écrans plats, démontrant un saut générationnel important ! Le confort ne s’en trouve que partiellement amélioré : service toujours aussi hasardeux, espace entre les sièges beaucoup trop exigu pour Le Père ou même son associé qui n’est pourtant pas un géant !). Naturellement au moment où ils commencent à servir les repas, nous mangeons peu : autant attendre d’être au Sénégal à proprement parler pour choper une amibe ou autre tourista aiguë qui nous fera décéder dans d’atroces diarrhées hémorragiques !

Nous arrivons à Dakar à 1h40 du matin… nous n’avons pas tellement dormi durant les deux vols de l’aller. Je m’attends tout naturellement à voir un pick-up Toyota, ayant parcouru 7’000’000 de kilomètres et couvert de poussière, avec 4 cadres de Daesh armés de Kalash nous attendre à l’aéroport. Il n’en est rien, mais naturellement la navette devant nous conduire à l’hôtel est partie et il ne nous reste qu’à nous faire légèrement arnaquer par les taxis locaux qui nous conduisent à bon port.

Notre hôtel est sensé être le plus luxueux de Dakar et est plutôt très supérieur à nos attentes… Il faut dire que je m’attendais à un hôtel de la zone industrielle de Tashkent avec le réceptionniste qui écrase nonchalamment une blatte de la taille d’un rat suisse avec une chaussure crasse sur un comptoir sale. Et quand on n’a pas dormi, en ayant survécu au vol, sans crash et ayant échappé pour le moment à Daesch, on n’est moins regardant.

Quelques heures de repos nous redonnent un semblant d’apparence humaine. A mon immense surprise, RAM n’a pas non plus perdu nos bagages et nous prenons un petit déjeuner amplement mérité en attendant notre premier rendez-vous.

Premier meeting prometteur au bord de la piscine à débordement, le cadre est chouette, il fait 29 degrés, l’océan s’écrase contre les rochers un peu plus bas. Pour le deuxième meeting, notre contact vient nous prendre à l’hôtel et nous emmène chez un prospect. Nous arrivons dans un quartier de Dakar qui ressemble par endroit à une zone de guerre, mais est malgré tout la partie la plus chère de la ville…

Nous passons 4h20 à attendre notre client… Après les 29 degrés de l’extérieur, la climatisation réglée sur 18 degré fait mal. Malgré ma bonne éducation, je finis par la couper. Notre prospect nous rencontre, nous écoute et demande que nous revenions le lendemain avec une proposition… Retour à l’hôtel.

L’hôtel étant le Radisson Blu, la même chaîne d’hôtel dans laquelle une prise d’otage a eu lieu il y a quelques semaines au Mali, la sécurité est renforcée… 2-3 gardes armés sont postés à l’entrée pour le spectacle et ils contrôlent le dessous de chaque voiture. Nous ne mourrons peut-être pas des mains de l’état islamique, il faudra attendre la maladie ou intoxication alimentaire qui finira bien par nous avoir…

Nous organisons quelques rendez-vous pour le lendemain. Oui, c’est l’Afrique : ça fait des semaines qui nous essayons de tout organiser depuis la Suisse, mais ce n’est pas comme ça que ça se passe ! Tout se fait au dernier moment, avec plus ou moins de retard, mais les contacts sont bons, intéressants et bien au rendez-vous. Le voyage est déjà un succès !

Réveil et petit déjeuner, nous nous préparons pour revoir le prospect de la veille, celui qui nous a fait attendre 4h… Nous sommes conduits dans une salle de réunion et 5 personnes des différentes sociétés de notre prospect nous explique ce qu’il fait et comment. Pour quelqu’un qui ne paie pas de mine et semble calme, il possède un empire ! Suite à ce meeting fructueux, nous attendons à nouveau 2h30 et revoyons le chef pour un débriefing.

Retour à l’hôtel. Quelques meetings et un passage dans la piscine. Elle doit être au-dessus de 20 degrés, soit 10-12 degrés trop froide à mon goût, et nous sommes persuadés que nous allons choper une bilharziose (Schistosoma haematobium) ou un candiru… Ce genre de maladie ayant des symptômes proches des MST, nous imaginons déjà l’explication auprès de nos respectives, armées d’un rouleau à pate en marbre et de bien peu d’humour dans ce domaine.

Nous allons le soir manger à un restaurant qui nous a été recommandé comme étant l’un des meilleurs de la ville… Lecteur adoré et fidèle, tu vas encore me trouver difficile ou espiègle, mais je trouve quand-même que quand tu vois ce que tu manges dans le meilleur restau, ça donne presque envie de chercher le pire restau pour voir jusqu’où ils vont… Pas super cher, mais très moyen. Au moins, le cadre est beau !

Le lendemain matin, un meeting tombe. Nous avons un prospect qui envoie une voiture pour que nous allions le rencontrer à son bureau. Trajet en pick-up dans les bouchons. En montant dans le pick-up qui a l’air, lui aussi, beaucoup plus vieux que moi, je ne peux m’empêcher de nous voir morts dans un accident de la route sur une piste défoncée… Echapper à tout ce à quoi nous avons échappé pour finir sur une piste poudreuse, quelle tristesse ! Les routes sont plutôt de bonne facture et les dakariens ne roulent pas forcément comme des sociopathes sous crack… Nous finissons les derniers mètres à pied tellement il y a de bagnoles dans tous les sens.

Rendez-vous assez glacial, mais nous allons tout de même manger avec le prospect qui invite du monde au passage. Nous mangeons sur le port, à une table sur laquelle les gens vont et viennent, presque en famille. La nourriture est bien meilleure que la veille et pour une fraction du prix !

Retour à l’hôtel, nouveau rendez-vous et nous plions nos affaires et tentons encore de voir 1-2 personnes avant notre départ pour l’aéroport à 21h.

Le vol retour se fait avec Ibéria. Nous arrivons à l’aéroport, pour nous rendre compte que notre check-in en ligne a posé des problèmes : officiellement nous n’avons plus qu’un billet jusqu’à Madrid ! 45 minutes plus tard et grâce à trois interventions de son chef, l’hôtesse d’accueil finit par tout arranger, ou presque : mon associé doit refaire un check-in à Madrid pour confirmer son siège… confirmant sa haine pour Ibéria.

Nous sommes tout à l’arrière de l’avion et, malgré que personne n’occupe le siège entre nous deux, je n’arrive quasiment pas dormir pendant les 4h et quelque de vol. Trop mal à l’aise pour craindre le crash, une nouvelle fois, avec une nourriture pire que sur la RAM, j’attends la thrombose stoïquement !

Nous arrivons à Madrid et devons tuer 5h dans un terminal dans lequel le lounge auquel nous aurions pu accéder est en rénovation, toutes les boutiques sont fermées et les rares sièges déjà occupés… Nous allons prendre une sorte de petit déjeuner dans une chaîne de resto insipide, digne de l’autoroute du Tadjikistan. Ils ont même réussi à louper les churros !

Achats divers, passage au McDo pour un second petit déjeuner sain et équilibré et nous attendons l’embarquement, morts d’ennui.

Comme nous avons été positionnés aux sorties de secours, nous avons cette fois un peu plus de place pour les jambes. Je peux dormir un peu plus d’une heure et ce n’est pas du luxe : je vais arriver en fin de matinée à Genève et il y a spectacle de punk ce soir : numéros 1 et 2 chantent avec la chorale de l’école et nous y allons en famille !

Débarquement à Cointrin où, étonnamment, Iberia n’a pas non plus perdu nos bagages de soute, un miracle appréciable à cette heure et avec si peu de sommeil. Nous passons la douane sans contrôle sérieux, malgré un état de tension élevé à Genève ou 2-3 terroristes auraient été signalés… Il était temps qu’on rentre, ils font n’importe quoi quand nous ne sommes pas là !

Le Père n’a, et c’était prévisible, pas pu assister à toute la représentation de ses punks, numéro 3 et 4 commençant à manifester leur impatience après 2-3 chansons. Alors que numéro 4 râle et couine, numéro 3 donne des coups de pied dans le siège du vieux monsieur qui est devant… Il finit par changer de siège, pour ma plus grande gêne. Je prends les 3 plus jeunes et rentre à la maison, laissant Madame admirer ses enfants en compagnie de sa mère. Je repartirai plus tard chercher numéros 1 et 2, après le deuxième concert de la soirée.

Une semaine après ce concert, Le Père est à l’article de la mort… La fièvre le ronge, au moins 37,6, il tousse comme un tuberculeux cacochyme en fin de poumon… Stoïque, il résiste admirablement, sans une plainte…

OK, je passe trois jours au fond du lit, à gémir. Madame n’a même pas la condescendance de faire semblant de compatir ou de revêtir sa tenue d’infirmière… Le Père est seul face à la maladie… Mourir d’une crève autochtone, attrapée de numéro 2, après avoir échappé à Daesch, à 4 crash d’avions, à la Bilharziose, au Palud ou aux fièvres diverses ainsi qu’aux accidents de la route Sénégalais, quelle ironie !

Dormez bien et bon courage, c’est les vacances des enfants, restez au travail si vous le pouvez ! Bonnes fêtes et à bientôt, dans le cas improbable où Le Père survive !

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