Ami du cochon, du gras et des corticoïdes, bonsoir !

Malgré le nombre élevé de punks que nous avons, un certain nombre d’amis continue à nous inviter de temps à autre… Mais dans l’ensemble, nettement moins qu’avant, il ne faut pas se plaindre… Or, samedi 12, nous allons aux 40 ans d’un ami, parrain de numéro 2 de son état, dans la campagne vers Fribourg.

Troupeau d’enfants divers et variés courant en tous sens, nourriture en abondance et copains pas revus depuis des lustres, bref les ingrédients d’une bonne journée sont réunis ! Dans un monde régi par les codes et apparences, les punks sont totalement conscients de l’image qu’ils véhiculent et ont à cœur de faire honneur à leurs parents par un comportement irréprochable… Ahahahahaaaaaaaa !

Ok, les nôtres sont les seuls qui : font plus de bruit que tous les autres réunis, enlèvent leurs chaussures, vont dans la maison alors que ce n’est pas autorisé, retournent dans la maison alors qu’on vient de les en sortir (ça vous embêterait d’obéir, une fois de temps à autre, merde à la fin ! Papa t’as dit merde ! Ne dis pas de gros mots, junior, ou je t’en colle une ! Fils d’andouille !), mangent le gazon (ok, ce n’est que numéro 5 qui s’adonne à cette passion, mais c’est toujours classe), ne finissent pas leur assiette (papa, c’est du pouillet ? Oui numéro 4. Je peux avoi du kessup avec mon pouillet ?), courent partout et se foutent dessus…

Les conversations sont calmes et ininterrompues : oui, les vacances se sont bien passées… Arrête de taper ton frère ! Mais c’était trop court. Et vous c’était comment ? Je t’ai dit de… ARRETE DE COURIR APRES TON FRERE AVEC CE MAILLET !!!!! Pardon…

En fin de journée, alors que nous allions prendre congé de nos hôtes, une belle averse s’invite à la fête… Vous avez bien deviné : c’est l’enfant de qui, à ton avis lecteur fidèle et jovial, qui court en rigolant sous l’averse sans manteau, kway ou chaussure ???

Menace, récupération des punk dans le désordre, comptage (oui, l’éducation la plus basique interdit d’abandonner des punks chez des amis, même si ce n’est pas l’envie qui manque ! De toute façon c’est des amis, ils nous les rapporteraient…) et retour en terres vaudoises…

Le lendemain : Bénichon ! Oui, c’est à nouveau en terres fribourgeoises, mais dormir avec 5 punks hors du foyer est un défi que nous préférons réserver pour les grandes occasions, donc quand nous n’avons plus d’autre choix et que le pronostique vital est engagé !

Le dimanche matin, donc, numéro 3 arrive chaud bouillant dans notre chambre… Non, il n’est pas tout excité, il est vraiment fiévreux : 38.7-39C… J’ai encore trop la tête au fin fond du c… pour réaliser qu’il y a quelque chose de pourri au royaume du canton de Vaud, mais j’aurais dû, tout de suite, prévoir la suite des événements : j’ai quand même 5 punks, je ne suis plus innocent !

Trop mangé, beaucoup trop, bien joué (pour les plus jeunes), bien bagarré (pour les punks), nous repartons avec quelques dizaines de kilos de bois… Ca me rappelle que le garage est rempli de bois et que je dois monter le deuxième abri à bois pour la terrasse, couper 2-3 stères de bois de tout format (de la planche au tronc de 1 mètre de long) pour qu’il ne mesure plus que 25-30cm… piece of cake comme disent les ricains !

Numéro 3, qui mange habituellement autant qu’un détachement de légionnaires après une semaine de survie, n’a quasiment pas touché au repas… Signe qui, cette fois, éveil mes sens de paternas paranoiakis : je pressens quelque couillonnades !

Retour au bercail, numéro 3 fait peine à voir, on dirait un réfugier syrien après la traversée en zodiac, mais avec fièvre, nez qui coule et toux de fumeur cacochyme après une trachéotomie en sus… Il ne parle presque plus, sa voix se cassant à chaque parole (ça l’énerve !), nous le couchons vite.

Guérilla du soir : les punks sont circonscrits (facile, il y en a plus que 4 en état de combattre, dont un qui ne fait que ramper et baver), puis repoussés vers les étages et enfin rangés pour la nuit. Numéro 3 tousse dans son sommeil, transpire abondamment, mais a l’air d’aller.

21h45, au bruit numéro 3 a déjà recraché un poumon ou deux, nous montons en courant. Il respire mal, semble s’étrangler et fait un bruit rauque quand il respire… il est toujours à 39C, nous décidons d’aller à l’hôpital de Nyon pour voir (naïvement) s’ils peuvent faire quelque chose.

22h10 arrivée à l’hôpital de Nyon sous une pluie battante. La place la plus proche de l’entrée est naturellement à 2 kilomètres de celle-ci, je porte junior, enroulé dans une couverture, qui est en pyjama, polaire et imperméable. Mon parapluie glisse, nous arrivons trempés devant le Securitas, qui devrait bien finir par m’appeler par mon prénom !

L’infirmière nous reçoit et prend la température de junior. Ca prend une demi-seconde et elle annonce 37,2C ! Junior respire mieux (exposition à l’humidité de dehors sous une pluie battante… je m’occuperais des météorologues un autre jour…) et semble aller moins mal. Nous patientons et sommes conduits dans une salle d’interrogatoire, je veux dire de consultation. La pédiatre n’est pas méchante, semble avoir tout juste l’âge d’acheter des cigarettes, au moins elle n’est pas désagréable avec junior, habituellement méfiant mais émoussé par la maladie.

Elle ausculte junior rapidement avant de me dire que c’est du faux-croup et qu’elle va lui donner un corticoïde et que ça va aller mieux rapidement. Elle me regarde comme si j’étais totalement débile de craindre pour mon enfant; je songe brièvement à lui péter un genou avant de lui éclater le bec de lièvre à coup de talon, mais junior passe avant mes envies personnelles pour le moment…

Le médicament est très mauvais, junior ne veut pas le boire, elle l’a dissous dans du sirop, délicate attention qui tombe à plat : junior ne boit pas de sirop… Lutte d’un quart d’heure, il boit courageusement et nous rentrons.

Je suis à 23h à la maison, junior est couché, je m’apprête à finir mon repas entamé plus tôt… 23h30 junior émet de drôles de bruits. Nous remontons en courant (note pour plus tard : tuer l’architecte qui a fait la maison avec deux étages et sans ascenseur… L’enterrer dans le jardin discrètement) junior est en crise, il tousse et a les lèvres bleues du fait de ses difficultés à respirer. Je ne prends pas le temps de me faire une note mentale d’aller choper une pédiatre de garde et de l’empailler pour mettre dans le salon ou dans la salle de jeu des punks, une fois dépecée, mais je suis un tantinet fâché !

Douche à fond avec de l’eau chaude, junior se calme grâce à l’humidité et une bonne dose d’Algifor (toutes mes pensées vont, une nouvelle fois, à feu Hector Algifor, l’inventeur du sirop qui, chaque année, sauve des millions de parents !). Pas trop rassurée par le bruit que fait encore junior une fois calmé, Madame décide de dormir à ses côtés pour le cas où…

Je regagne mes appartements seul donc, me disant que malgré un voyage aux urgences et un corticoïde, junior a été vraiment proche de la zone rouge. La médecine a, une nouvelle fois, montré son vrai visage : l’arrogance, face aux parents trop inquiets ou hypocondriaques, la sous-estimation de la gravité du cas, le traitement inapproprié dans le meilleur des cas, en bref : nous savions que ce n’est pas une science, je me demande maintenant sa réelle efficacité par rapport à un placebo !!! Heureusement que ça coûte très cher, sinon je ne suis pas sûr que l’on y irait encore…

Le Père y va un peu fort ? Ab esse ad posse valet, a posse ad esse non valet consequentia ! Ca ne veut rien dire dans ce contexte, mais je suis très fâché !

Sérieusement : ça ne doit pas être la première épidémie de laryngite virale aiguë de l’histoire, non ? Alors comment se fait-ce que ces prétendus soigneurs ne soient pas foutus d’avoir des médicaments qui agissent, des protocoles efficaces et de traiter les parents en connaissance de cause ? C’est bien qu’ils font exprès, je n’invente rien !

Numéro 3 passe avec Madame chez le vétérinaire le lendemain, il a une hypo laryngite virale, prend des corticoïdes (encore) et va mieux même si la respiration reste rauque et qu’il continue de tousser.

Quand un docteur, quelle que soit l’utilité de la branche ou son efficacité, parle de quelque chose de viral, instinctivement, Le Père, comme tout père de famille nombreuse ou pas, sent que ça va masser gravement et pendant des semaines… Bien qu’il ne dorme pas beaucoup déjà, et n’a donc plus beaucoup de sommeil à perdre, il est inquiet pour ses nuits !

La semaine se passe presque en douceur. Vendredi, je rejoins Madame en Savoie pour le week-end, jeûne fédéral oblige. Le plan est qu’elle descend avant moi et rentre lundi dans la journée avec les punks, moi la veille au soir.

J’arrive en début de soirée à 21h45 et à ma grande surprise numéro 2 et 3 dorment !!!! Mais heureusement ma fille n’est pas encore endormie… Numéro 5 tousse et pleure régulièrement et ça la gêne. Nous nous couchons vers minuit. A 3h, Madame décide de se sacrifier, Le Père étant indisponible à ce moment-là, en allant dormir seule avec numéro 5 dans une chambre au rez de chaussée… Numéro 5 tousse et pleure toute les 30 minutes au maximum, difficile de dormir !

Dans mon infinie bonté, je laisse dormir Madame le plus longtemps possible le lendemain matin : je commence le déjeuner avec les punks et elle finit par arriver vers 9h30, du fait des hurlements des casse-pieds occupés à se provoquer, jouer en faisant des bruits atroces et se taper dessus. Nous voulons voir du monde, donc des membres de ma famille, peut-être nous balader. Première balade : le marché !

Arrêt sur l’étal du fromager, on ne passe pas en Savoie sans prendre du Beaufort ou de la Tomme de Savoie, les punks sont encore plus ou moins tenables, du fait des morceaux de fromage goûtés, puis rayons fruits et légumes… Plus d’attente, donc ça se gâte… Numéro 2 touche des fruits, numéro 3 court de partout et numéro 1 a simplement disparu, attirée par l’étal d’un fabricant de paniers en osier : il faut à tous prix que nous en achetions un !

Nous tombons naturellement sur quelques membres de ma famille (normal, le village est quasiment uniquement peuplé de cousins plus ou moins éloignés, consanguinité oblige). Nous causons, les punks deviennent encore plus turbulents et nous finissons par partir pour passer à la pharmacie (numéro 5 respire toujours mal et la nuit n’a pas été bonne du tout !).

Nous sortons l’après-midi, seul moment de la journée durant lequel il pleut… Ce n’est pas violent, juste suffisant pour que les météorologues se rappellent à mon bon souvenir, mais casse-pieds tout de même. Nous faisons une balade dans le marais avec ma marraine pendant que les trois grands ruinent minutieusement leurs pantalons, bottes, chaussettes et le bas de leurs vestes… Etre punk n’est pas donné à tout le monde, d’autres enfants eussent été moins systématiques, c’est un idéal, un état d’esprit…

Retour à l’appartement, il fait maintenant beau, ou presque, en tous cas il ne pleut plus ! Changement d’habits pour les plus humides, repas et coucher des punks. Menaces et recouchages, la maisonnée se calme… Jusqu’à 21h 40…

Numéro 5 tousse et pleure de douleur… Vous me direz, rien d’anormal depuis quelques jours… Mais en plus il a vraiment du mal à respirer ! Je pars pour les urgences de l’hôpital local (ne forçons pas le trait, oui, il y a aussi des hôpitaux aussi loin de Paris !), que je n’avais plus visité depuis la naissance de ma petite sœur, à moins que cela soit ma fracture du bras…

Infirmière, puis médecin de garde, JE dois lui mettre sur le nez (essayer, junior ne se défend déjà pas mal du tout compte-tenu de sa taille, ou en tous cas rester le plus près possible de ses voies respiratoires) le masque qui fume d’un mélange d’adrénaline et de je ne sais quoi… c’est la France : le service, ils ne connaissent pas, il faut se débrouiller tout seul, même aux urgences ! Après un bon quart d’heure de lutte pour que junior respire cette saloperie de vapeur, il respire un petit peu mieux et est calme.

Je réalise que je suis parti trop vite pour avoir le temps d’enfiler mon tee-shirt : le 8ème jour, Dieu créa les Suisses, car même les Français ont besoin de héros… J’ai le droit, je suis né en Savoie ! Ca aurait probablement contribué à améliorer mes relations avec le personnel urgentiste…

J’aide à administrer le corticoïde à junior qui, à cette heure-là, manque un tantinet d’humour… En sortant, à plus de 23h, je croise un ami de mes parents sur le parking, probablement passé poser une connaissance… Le monde est vraiment petit !

Numéro 5 couché, la nuit peut vraiment commencer, avec Madame qui repart avec junior sur le coup des 3h du matin. A cette heure-là, c’est son bébé, pas le mien, il y a des limites à la paternité !

Le lendemain, nous voyons une tante ou deux et montons voir une autre tante plus profond dans les montagnes… Balade (1h de râler de punks), goûter (vous ne montez pas jouer, les enfants, il y a des escaliers dangereux ! Récupération de numéro 4 qui a descendu quelques barreaux d’échelle, sans les toucher, pour finir lamentablement sur la tronche et pleure…) nous redescendons, finissons rapidement de vider l’appartement et partons, Madame avec 1,2 4 et 5, moi avec 3.

Pour une fois, je déroge à la tradition familiale : il me semble, étonnamment, avoir évité de me faire choper par un radar, petit miracle… Le destin avait probablement décidé qu’avec quasiment 5 malades et deux passages aux urgences, j’avais assez ramassé pour la semaine !

J’arrive à plus de 20h30, rapide coucher des punks, dans le désordre le plus classique. Numéro 4 tousse et n’est pas à la fête. Nous sommes prêts à aller nous coucher quand il fait une crise : toux, grosse difficulté à respirer, les ailes du nez qui s’écartent, on est mal !

Douche, vapeur d’eau, Algifor et appel au médecin de garde… Je suis prêt au départ pour les urgences, me disant que je vais bientôt demander à ce qu’ils me gardent une place près de l’entrée ou tutoyer le Securitas qui est à l’accueil à cette heure-là… Après plus de 40 minutes, numéro 4 dort, en faisant beaucoup de bruits inquiétants pour des parents, mais il est calme. Madame décide de dormir avec lui pour surveiller son état.

Par soutien pour son effort, je décide de dormir rapidement et sur mes deux oreilles… Il faut bien que quelqu’un puisse assumer le lendemain matin !

WhatsApp de Madame, le lendemain, durant la matinée (malgré les nuits de merde et les événements récents, la vie continue autour de nous…), après un passage chez le vétérinaire : heureusement qu’on est tous rentrés avec toi dimanche !

Effectivement, le projet était initialement que Madame demeure en terres savoyardes lundi (jeûne Fédéral et donc congé sur Vaud) et rentre dans l’après-midi avec les punks, Le Père rentrant dimanche soir seul. Après deux nuits en morse, une crise avec éventuel passage aux urgences, en terre inconnue, sans personne sous la main pour garder les punks (réveiller des belles-tantes ou autres cousins, en pleine nuit… galère !), on a frôlé le désastre !

Une nouvelles semaine va commencer, nous sortons de : 5 malades, 6, si on compte Madame qui commence à morfler gravement (petite nature ou faible femme, au choix ! Probablement pour tenter de culpabiliser Le Père, même si ça risque ne pas être un franc succès…), 2 passages aux urgences (dans deux pays différents), et une crise qui a failli nous ramener aux urgences…

Dormez et surtout méfiez-vous des météorologues, des médecins, des urgentistes, des dentistes, des CFF et des radars !

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