Amis de la frontale et de la pluie, bonsoir !

Un samedi soir comme les autres dans la campagne vaudoise… il est 21h30 mais je n’ai pas d’ami, ce n’est donc pas un problème, je pars enfin courir, sous une pluie s’apparentant plus à une douche tropicale de niveau 12 sur 10 qu’à une petite pluie de mauviette (saleté de météo) ! A moins d’un kilomètre de chez moi, sur un chemin descendant, et alors que je notais que mon coupe-vent/k-way remplissait sa fonction de manière topissime, rendant la course presque supportable – à défaut d’être agréable – c’est là, dans la lueur de ma frontale, passablement diminuée par la pluie qui passe devant le faisceau, je m’aperçois que la route n’existe plus… Pour être exact, elle a été remplacée par un ruisseau, ou plutôt non, une rivière, que dis-je une rivière : un fleuve !!!

Mon coupe-vent est génial, il a la dimension parfaite, la coupe impeccable, les poches nécessaires (aucune), on peut l’employer avec une frontale sans souci, il est vraiment parfait… Enfin presque… Si je n’étais pas autant obnubilé par la haine – somme toute fort naturelle – des météorologues, je ferais un paragraphe spécial pour les « créatifs » qui choisissent les couleurs de habits de sport… Ok, si je ne mesurais pas 2m, avec un corps d’albâtre, on pourrait me prendre pour le chaperon rouge… avec une frontale (il ne me semble pas que la frontale était indiquée dans le conte…).

Vous avez remarqué ? Vous vous faites violence pour vous décider à perdre du poids… ou garder la forme… oui on appelle ça comme on veut. Donc vous vous rendez dans un magasin de sport pour choisir une tenue…

Dans le meilleur des cas, vous allez repartir avec une tenue qui n’irait pas à un(e) anorexique qui fait du sport depuis une vingtaine d’années, vous boudine, vous fait paraître plus petit(e), plus vieux(vieille) ou plus gros(se) que vous ne l’êtes vraiment, mais ce n’est pas grave car avec les couleurs choisies par les créatifs, même les gens hyper bien foutus (et Dieu sait qu’il n’y en a pas des masses !) ont l’air niais !!! En fait j’ai réalisé depuis longtemps que c’est volontaire ! Le créatif, socialiste et égalitariste dans l’âme, souhaite mettre tout le monde au même niveau ! Si tout le monde à l’air bête, être bien foutu ne sert plus à rien, fini les différences : tous l’air blet, ça réunit, c’est fédérateur ! Sans compter toutes les publicités mensongères : vous avez déjà vu Federer avec des couleurs vertes et violettes ? On ne sappe comme il faut que les pros, les demi-Dieux, pour nous faire bien sentir que nous ne sommes tous que de vils mortels, et bien je dis que c’est dégueulasse ! Mais je m’égare…

Un peu plus tard, mes baskets et le reste de mon équipement (hormis mon fantastique coupe-vent dont je suis très fier !) sont en train de sécher au coin du feu, comme le père, indigne certes, mais à ce moment-là, surtout humide.

Dans la nuit vaudoise, disais-je, une fenêtre reste éclairée… courbé sur un journal, le père découpe, colle, avec la concentration du punk en train de dessiner sur le canapé au marker mauve indélébile: langue sortie, filet de bave à la commissure des lèvres… Non il ne bricole pas une lettre de demande de rançon… mais c’est une idée à approfondir! J’ai toujours été fasciné par la capacité des parents à être prêts à payer pour libérer leur enfant en cas d’enlèvement… Même s’ils étaient prêts à le tuer eux-mêmes, de leurs propres mains ou avec ce qui serait à portée, peu de temps auparavant ! De là à dire que je serais prêt à payer pour qu’un ravisseur garde les punks, il n’y a qu’un pas que je ne franchirai pas ! Il y a des limites à « l’indignitude » !

Non lecteur vénéré, il ne s’agit pas d’une demande de rançon. En retirant mes habits trempés j’ai eu l’idée d’une lettre pour l’Etat Islamique leur faisant croire que je suis de la météo et que je déteste les islamistes en particulier et l’islam en général… Non je rigole ! Je n’ai pas l’adresse de l’état islamique…

Samedi, deuxième match de ma fille. Elle fait du basket ! Si je suis fier, comme Madame, ce n’est pas parce que nous étions tous les deux basketteurs plus jeunes, ni parce que nous nous sommes rencontrés sur les terrains du collège St-Michel (une plaque commémorant cette rencontre, ainsi que mes années studieuses, y figure toujours).

De manière plus pragmatique : j’avais un collègue qui passait chaque samedi matin au bord des terrains de foot, dans le froid la plupart du temps, avec des amateurs de bière et de foot, ce qu’il n’est pas, qui passait la durée du match à hurler contre ce con d’arbitre, bien que les mioches courant sous la pluie n’aient pas 10 ans, aucun talent et aucune velléité d’en avoir hormis le frêle espoir de satisfaire les frustrations paternelles et de lire un bref instant de l’approbation dans le regard paternel…

J’ai été attristé par ses SMS ternes, dépressifs presque, chaque samedi matin, pour rien (sans aucune méchanceté, il ne faut pas se voiler la face : la probabilité que son fils décroche un contrat à 60mn, sachant qu’il sait déjà lire et semble assez brillant, est inférieure à la probabilité de gagner à l’Euromillion chaque semaine pendant trois mois…). J’ai depuis décrété que j’assisterais aux matches de foot de numéro 2 lorsqu’il aura signé un contrat à plus de 50mn… Si un intellectuel comme Riberi y parvient, je ne vois pas pourquoi mon fils ne le pourrait pas aussi (surtout que lui est plutôt beau gosse – comme son paternel, of course ! – n’a pas plein de cicatrices et sait écrire son nom)! Mais je m’égare… encore…

Non ce matin je suis fier, non pas du fait de la qualité de jeu, il ne faut pas se leurrer : les enfants sont dans leurs première année de basket pour la plupart, les arbitres n’ont pas forcément une connaissance totale des règles, ou ne peuvent pas les appliquer strictement si l’on veut que le match ne s’arrête pas toutes les 4 secondes (et donc ne dure 8h, ce qui se rapprocherait de la torture footbalistique), et surtout (et là je vais vraiment élargir mon cercle d’admirateur (au cas où les lignes précédentes n’avaient pas déjà accompli des miracles pour ma popularité…)! Il y a déjà les météorologues qui m’ont toujours détesté, sans cause apparente, mais ce n’est qu’une minorité peu active…) le basket est un vrai sport, complexe, plein de subtilités et de techniques, contrairement aux sports au rabais (foot, curling, mini-golf, snooker, twirling, babyfoot, bowling…), demande du temps pour être pratiqué à un bon niveau…

Un lecteur effronté pourrait m’opposer l’argument que le tennis, autre vrai sport, a vu un Federer montrer des prédispositions dès le plus jeune âge…

Deux réponses aisées à cet argument :

  1. Je n’ai pas de lecteur effronté… Mes fans sont cultivés, calmes, malins, écoutent de la musique classique, boivent du thé avec le petit doigt relevé et vont à des expositions d’art moderne en trouvant ça beau (sans faire semblant), vouvoient leurs enfants, ont des maisons toutes rangées, n’ont jamais besoin d’élever la voix ou d’insulter leurs enfants qui obéissent au doigt et à l’œil et ne font jamais de conneries… Enfin des familles normales, quoi !
  2. On ne les met pas au basket pour qu’ils deviennent le prochain Michael (ou Micheline) Jordan… Juste pour qu’ils se défoulent, sans pour autant taper numéro 2, 3 ou 4, ni hurler, ni casser des lattes de lit, ni des meubles, ni peindre sur des murs, un frère ou un canapé… En plus ça les occupe et permet à Madame de rencontrer des gens et de sortir un peu : elle doit emmener numéro 1 au basket, rentrer à la maison, poser numéro 2 au judo, puis aller chercher numéro 1 au basket et retourner au judo… sans compter qu’il n’y en a que deux qui font du sport pour le moment !

Le sport est donc salutaire pour Madame et pour les punks… Comme numéro 2 fait du foot, la mère d’une connaissance de ma fille (elle n’aura le droit d’avoir des copains que vers 37 ans, si tout va bien, surtout avec 4 frères… eheheh !) a dû lui expliquer, qu’au basket, on ne hue pas l’adversaire lorsqu’il marque, en agitant un pouce pointé vers le bas et le traitant de nul… La mentalité du foot est parfois pesante à changer !

Clairement, pour une star du basket comme je l’ai été (le gros avantage des rubriques c’est que personne ne peut me contredire ou crier : quoi !? t’es un peu gonflé quand même !!!) assister à ces match est une punition… (Quand je pense que mes parents ne sont quasiment jamais venus voir leur fils dans ses œuvres… Je suis vraiment trop bon !), un déchirement. C’est un peu comme si Van Gogh avait vu son fils gribouiller le canapé en une fresque immonde et insipide… Ok, je me compare au Van Gogh, bien qu’en basket je sois allé beaucoup plus loin que lui ! L’indignité n’est pas incompatible avec la modestie.

Je sais que mes collègues de baskets sont soit décédés depuis longtemps, soit ont oublié mes piètres prestations, soit sont dans des maisons de retraites et ne sont plus pris au sérieux, heureusement, vieillir peut parfois avoir du bon… Il faut dire que je jouais à l’époque où Jordan officiait encore, certes avec nettement moins de classe que moi. Et, oui, pour le tas de cancrelats infâmes et malhonnêtes que sont mes jeunes lecteurs, le téléphone sans fil existait déjà à cette époque, ainsi que la télé en couleur… Merde à la fin, je ne suis pas si vieux !

Bon je ne veux pas paraitre rabat-joie, mais il est à peu près aussi probable que nous ayons le prochain Jordan au BBC Gland que l’équipe de France batte la Suisse à la coupe Davis ! Ça va, je rigole…

Si vous allez faire du sport durant la journée dans une tenue aux couleurs douteuses, pensez à moi, vous comprenez pourquoi ce n’est pas si mal de courir de nuit ? Bougez-vous ou dormez, vous en avez probablement bien besoin !

 

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