Amis des plaies ouvertes et des entorses, bonsoir!

 

Pour vous distraire, et pour changer de la coupe du monde ou des punks, je vais vous parler d’un sujet passionnant et central… moi!

Quand je ne suis ni père, ni indigne, et que je ne travaille pas, ni ne rédige une incroyable rubrique, pour toi lecteur avide et assidu, ni n’entretiens mon égocentrisme délirant, je cours parfois.

La course détend, calme et aide à se changer les idées. Elle peut se pratiquer facilement et ne nécessite normalement pas beaucoup de matériel et est adaptée (quasiment) à tout le monde… sauf à moi!

Je crois avoir déjà expliqué que pour ma crise de la quarantaine, passage obligé chez le mâle, comme la crise – annuelle cette fois – du maillot de bain pour la gent féminine (que je salue respectueusement), je me suis inscrit à une course en montagne… Effectivement, faute du budget nécessaire à l’achat d’une Porsche, et Madame étant peu ouverte à ce que je la troque contre deux jeunettes, il ne restait que le défi sportif à la con. Quand à faire un truc à la con, autant sortir des sentiers battus et éviter les habituels marathons ou Ironmans… d’où course à la con en montagne.

Suis allé consulter… Pas un psy, restez concentrés, j’ai déjà dit que je ne crois pas aux psys et peine à les respecter! Suis allé consulter un jedi de la course, un coach, pour qu’il me fasse un programme d’entrainement…

Là, cher lecteur, je dois rétablir une triste vérité… Le but de mon plan d’entrainement n’a rien à voir avec la volonté de faire un « temps » ou un « chrono », mais simplement de finir dans le temps imparti… Ca casse un peu le mythe, mais il vaut mieux être clair et lucide: je suis trop grand, trop lourd et n’ai clairement rien dans ma physionomie qui me prédestine à pratiquer la course d’endurance. Donc mon coach, que j’écoute religieusement, me narre à quel point la course que j’ai choisie est belle, change de ce que je connais, est une expérience géniale… En langage clair, quand un coach vous dit, ça c’est que vous allez en chier votre race et ne survivrez sûrement pas. Après un moment il me lance, sérieux soudain: tu réalises que c’est l’équivalent de 75km au plat?

Silence, puis: ben non! Sinon je ne me serais pas inscrit, je ne suis pas totalement bête, non plus!?

Donc j’essaie plus ou moins de courir deux ou trois fois par semaine, histoire d’être plus ou moins en forme, tout en poursuivant mon régime habituel: mayonnaise, chocolat, glace Mars et lait froid. Plus la date fatidique approche, plus mes « sorties longues » une fois par semaine s’allongent. Récemment, j’ai commencé la phase « sorties montagne », une fois par semaine.

Je me lève vers 5h30 (dimanche matin, et pour courir… faut vraiment être fini à l’huile de morue…), pars de la maison à presque 6h et vais me garer à Genolier (altitude 500 et quelques mètres). De là je cours direction St-Cergue, par la forêt, suivant les chemin balisés de petits panneaux ou marques jaunes. Une fois à St-Cergue, je poursuis jusqu’à la Barillette, à plus de 1’500m.

En fait je cours, tant que mon rythme cardiaque reste raisonnable… La majeure partie de la montée est inaccessible pour la cardio-mobile, je préfère ne pas prendre trop de risque (oui, surtout à mon âge, très spirituel…)! Lorsque la pente est trop forte, je marche vite, aidé par des bâtons. Ces sorties sont plus ou moins agréables, durent près de 3h et sont l’occasion de se détendre, faire de l’exercice, se changer les idées et se défouler sans éclater un punk ou deux (pas que l’envie m’en manque parfois, force m’est de le constater) sans risquer la prison.

Après la première sortie longue, il m’a fallu 4 jours pour remarcher dignement… Sachant que le lendemain matin j’allais bêtement travailler, j’ai opté pour le trajet en bus, par rapport à la marche de 20 minutes, de la gare à mon bureau.

Arrivé – péniblement – au pied de mon immeuble, j’ai pris 5 à 8 minutes pour maudire le concierge, le fabricant d’ascenseur, le propriétaire de l’immeuble et tous le quartier ou quiconque pourrait être responsable de la panne d’ascenseur… Mon bureau se situe au 4ème étage et j’ai dû me taper 4 fois les escaliers dans la journée.

Ce qui m’a fait plaisir, c’est que ces douleurs ne sont survenues que la première fois, rien de tel lors de ma deuxième sortie.

Hors le weekend dernier, j’effectue ma troisième sortie. Je suis un peu fatigué de mon voyage à Paris, et parce que je me couche très tard durant la semaine, mais pas plus que d’habitude. La météo est bonne, mais je pars un peu tard de chez moi, après 6h, alors que je prévoyais de rallonger un peu mon parcours habituel en essayer d’aller en direction de la Dôle.

Montée pas trop mauvaise, ma montre bionique GPS/Cardio/entraîneur/psy et plus si affinités me dit que ma récupération est « passable ».

Là, comme tout adulte sérieux et conscient, je me dis que ce n’était pas une saloperie faite en Chine, qui me connait à peine de plus, qui va savoir dans quel état je me trouve, et comme je ne sais pas sur quoi elle se base pour son commentaire, il n’y a pas de raison d’en tenir trop compte… Déjà que je n’écoute ni ma femme, ni les punks, ni n’ai jamais trop écouté mes parents (ce qui pourrait expliquer bien des choses en fait) je ne vais pas écouter une montre!?

Après avoir atteint le sommet de la Barillette, je poursuis en direction de la Dôle… Comme c’est super bien indiqué (note pour le pète-bonbons qui a balisé ce chemin: un balisage plus clair n’aurait pas fait de mal, merde! En plus toute la Suisse est balisée, on n’est plus à un ou deux panneaux près!!!), je reste plutôt sur la route et ajoute 250-300m de dénivelé avant de rebrousser chemin : je n’ai pas l’habitude de croiser trop de gens quand je cours, normalement j’y vais assez tôt, ou trop tard, pour que personne ne me casse les parties basses.

Depuis le sommet de la Barillette, au retour, j’envoie un message à Madame pour lui dire qu’il y a bavure et que j’arrive passablement plus tard que prévu. Je lui donne une heure d’arrivée prévoyant 15 minutes de marge, pour arriver plus tôt que ce que je lui annonce: truc de vendeur – under promise, over deliver. Père indigne certes, mais mari modèle (comme c’est moi qui écris, je note ce que je veux!).

Je me remets en route rapidos, après avoir replié et rangé les bâtons, et redescends assez bien jusqu’à St-Cergue. Il y a de plus en plus de monde qui commence à monter.

La fatigue, la précipitation, faiblesse des chevilles… un peu sous St-Cergue, je vais assez vite (pour moi, donc marginalement plus vite qu’une vieille dame promenant son Yorkshire tremblotant) quand ma cheville droite lâche. J’ai le temps, dans l’ordre, de dire « non pas la cheville! », de poser l’autre pied en tentant de freiner (100 kg qui de déplacent assez vite, à freiner sur une demie foulée dans une forêt, ça s’annonce plutôt délicat), et de ma vautrer lamentablement.

Ca pique! Hormis ma cheville (entorse), j’ai perdu mon genou droit (un trou de près d’un mètre carré, à vue de nez), un peu de mon genou gauche, mon coude droit a morflé et j’ai un trou dans la main gauche…

Il me faut un petit moment pour me relever, vu que je ne peux pas m’appuyer sur ma cheville droite. J’essaie de courir, tant que c’est chaud c’est jouable, mais n’y parviens que quand le sol est vraiment plat… Retour à la caisse à une vitesse d’escargot la plupart du temps, les 5 derniers kilomètres passent plutôt lentement… Avec des regards inquiets des gens croisés, du fait de mes plaies et du sang qui coule de mes genoux, coude et main.

A noter que, bien que dans un état pitoyable, personne ne m’a proposé d’assistance ou simplement demandé si j’allais bien… belle solidarité!

A l’arrivée, les punks me regardent choqués, surtout avec les genoux en sang… Je ris et leur dis: et vos genoux, vous les avez vus? Ils ont tellement de bleus et coupures, que je ne saurais pas où mettre le pansement… Ils rigolent aussi, ma fille m’apporte un mouchoir et la pharmacie des punks: désinfectant et pansements Tom et Jerry, le drame est passé!

 

Du coup, dimanche foutu: je voulais aller faire une balade avec les punks pour que Madame puisse se reposer, cela n’arrivera pas! Je songe un instant à aller au cinéma, mais le tarif (3 punks plus moi) et un programme – comme d’habitude – affligeant me font opter pour Urba Kids, à Orbe. Grâce à un bon familles-nombreuses.ch, les punks ne paient que CHF 9.- pièce. Après moins d’une heure, ils sont tout rouges d’avoir couru, sauté, glissé, roulé… Je boîte derrière eux pour les surveiller. Nous prenons des crêpes pour le goûter (ça ne coûte pas toujours cher de passer pour une star auprès de ses enfants!), avec mes trois punks qui bombardent la jeune demoiselle à la manœuvre: Tu fais quoi? Tu t’appelles comment? Comment on fait les crêpes? Je les envoie à table pour épargner l’employée qui rigole de s’être faite draguer par un punk de 4.5 ans.

Plusieurs heures plus tard, nous repartons. Ca dure plus longtemps que le cinéma et surtout ils dormiront mieux ce soir! Rare silence dans le Bus au retour…

J’ai hâte qu’ils ouvrent le labyrinthe dans le maïs… Malheureusement, depuis le partenariat mis en place avec Urba Kids, je ne peux espérer aller les y perdre et m’en débarrasser: le patron nous connaissant, il nous les rapporterait sûrement! Non, je me demande comment ils s’en sortiraient et combien de temps cela les occuperait… Rendez-vous sur place pour la réponse!

Une nouvelle semaine commence, avec son lot de pansements, de compresse et de désinfectant… Je me couche à près d’une heure du matin, tout va bien!

Dormez, allez à Orbe avec vos petits ou courrez dans la montagne, comme vous préférez, mais reposez-vous: vous avez l’air fatigués!

 

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