Repose ton petit frère ! Arrête de te moucher dans mon pantalon ! Descends de cette banquette ! Ne mets pas les pieds sur cette banquette ! Et toi viens là, on va aux toilettes tout de suite !

Oui, vu de dehors cela peut sembler un brin chaotique, limite hystérique… Nous sommes à Evian, avec des copains qui ont aussi quatre enfants, total huit enfants pour les moins matheux parmi mes lecteurs, nous cherchons décidément les emme…

La tenancière du bar dans lequel nous nous sommes arrêtés pour nous réchauffer (c’est la deuxième fois que nous allons voir les flottins, et la deuxième fois que je me pèle les parties basses et regrette mon Odlo qui, lui, attend peinard au chaud à la maison…) me lance un regard où se mêle désespoir et un tout petit peu de compassion (je sens que la partie compassion arrive très très loin derrière le désespoir, la crainte pour sa banquette et la haine pour le bruit et nuisances que nous représentons pour les autres clients).

J’ai retrouvé temporairement l’usage de mes doigts, et quelques sensations (j’ai bien senti la brûlure au contact de ma tasse de chocolat trop chaud…), et en profite pour m’isoler avec numéro 3 dans un toilette qui serait déjà trop petit pour junior seul… alors pour y caser junior et moi, trouver une surface plane pour l’allonger le temps de lui enlever un slip qui aurait fait rire Coluche avec sa pub pour la lessive (… elle arrive avec un drap qui a une tache !!!! Un truc qui n’existe pas… ou alors ils ont une vieille grand-mère très très sale, je ne sais pas, ils ont torché un éléphant ou se sont mis à plusieurs…), et lui mettre la seule chose que j’ai pu trouver : une couche 4+…

Junior était passé aux couches 6 il y a près de deux ans… et n’a plus de couches depuis longtemps. Il pèse 22kg quand il est sec et les 4+ sont celles que nous mettons à numéro 4 qui ne pèse, lui pas 12kg… Sur lui, ça fait un peu string pour adolescente anorexique sur une américaine de 14 ans (130kg) ou sur un sumo. Mais bon il est au sec et propre, sauf son pantalon, mais là je ne peux pas faire de miracle.

Et là, je fais une pause, pour souligner un esprit de déduction qui défie le naturel, une sorte de sixième sens, un don de la nature, qui me fait réaliser qu’il doit être malade du bide…

Si je ne ris pas, c’est parce que je sais que je vais chopper quoi qu’il ait, dans les jours qui viennent. Il me semble que numéro 2 en sort et que 4 a du être le premier… En plus d’oreille-joue-papatte (pied-main-bouche ou une connerie du style, encore une maladie inventée par les pédiatres pour faire des ordonnances et faire raquer les parents… numéro 4 sera pédiatre !), qu’ils ont tous plus ou moins eue, et d’une jolie toux de fumeur cacochyme en fin de cancer des poumons.

Nos copains ne s’en sortent pas beaucoup mieux, leur troisième tousse tellement qu’elle vomit une ou deux fois pendant notre balade. Nous apprenons deux jours plus tard qu’elle a en fait une angine à streptocoques… J’espère que les punks ne l’ont pas chopée, ça pourrait compliquer la fin de mes vacances, et ça fait pas terrible d’être malade le lundi de la rentrée, surtout lorsqu’on a démissionné…

Lendemain de cette virée en France, nous sommes à la maison et tout le monde semble aller bien (avec 4 punks, quand on dit que tout va bien, cela signifie qu’il y a des nez qui coulent, des éternuements et quintes de toux, un peu de fièvre et des bleus et bosses, mais rien de grave…).

Le lendemain : Noël (le retour)… nous avons trois Noël cette année, comme d’habitude, et celui-là a lieux chez mon beau-père. Nous avons naturellement expliqué aux punks qu’il ne sied pas d’arriver et de réclamer des cadeaux, qu’il fallait être poli, ne pas se battre, dire « s’il te plaît » et « merci »,…

En entrant dans la maison la première question de numéro 2 ou 3 : « y sont où les cadeaux ??? »… Voilà pour la pédagogie et les pédopsychiatres… Je fulmine, mais intériorise : pas de violence, c’est les vacances…

Repas en pointillé, avec coupé de nourriture pour les punks, béquée pour numéro 4 et intervention de maintien de l’ordre, puis de la paix… Déballage de cadeaux… « A non, je voulais un IPod », « Non, tu voulais un Ipad, et tu vas prendre ma main sur la figure si tu continue à te plaindre au lieu d’apprécier tes cadeaux ! » Enfin la féérie de Noël et le bonheur d’être en famille, quoi !

Après les avoir anesthésiés en les mettant devant un DVD, nous décidons d’aller faire une balade pour les user un peu. Belle idée qui, étonnamment, ne rencontre pas autant d’enthousiasme auprès des plus jeunes.

Nous sommes à près d’un kilomètre de la maison lorsque numéro 3 veut aller aux toilettex… Je lui propose un arbre, mais il ne veut pas et préfère attendre. Je prends la clé et le ramène le plus vite possible, mais il se met à pleurer en disant qu’il va se retenir…

Nous arrivons bien avant les autres à la maison, le guide jusqu’aux WC et constate que nous nous sommes dépêchés pour rien : l’intérieur de son pantalon et son caleçon sont déjà perdus ! Il y en a naturellement de partout, je le déshabille donc directement dans la douche, le lave et lui remets (deuxième fois cette semaine !) une couche numéro 4+…

Pour ceux qui lisent cette rubrique à table… Je vais passer sous silence la partie nettoyage des toilettes, de la douche de beau-papa, de la tentative de nettoyage du pantalon ou du caleçon (désespéré dans les deux cas).

Les choses se sont améliorées lorsque madame s’est souvenue qu’elle avait des couches numéro 5 dans le bus, pour les situations d’extrême urgence… Je bénis son sens de la prévoyance et note d’ajouter des pantalons et caleçon de 17 mois à 18 ans pour le cas où…

Nous rentrons coucher tout le monde et nous préparer pour le réveillon : nous allons passer nouvel an à la montagne, avec des amis dans leur chalet… ça prend du temps de prévoir la liste d’affaires à embarquer…

 
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